"C'est au gouvernement de se positionner", répond l'opposition à Macron

"C'est au gouvernement de se positionner", répond l'opposition à Macron

PARIS, 22 juin (Reuters) - Plusieurs responsables de l'opposition ont dénoncé jeudi une intervention "à sens unique" d'Emmanuel Macron mercredi soir, refusant d'apporter un blanc seing à un gouvernement dont ils attendent désormais qu'il dise quelle politique il entend mener pour rassembler une majorité.

Sortant de son silence trois jours après avoir perdu la majorité absolue à l'Assemblée nationale à l'issue des élections législatives, Emmanuel Macron a demandé aux partis d'opposition de "dire jusqu'où ils sont prêts à aller" pour bâtir "des compromis nouveaux".

Cette déclaration a été très fraîchement accueillie par la plupart des opposants, qui ont renvoyé le chef de l'Etat à sa propre responsabilité de redéfinir et de présenter clairement son projet de gouvernement.

"L'intervention du président de la République était à sens unique", a souligné la socialiste Valérie Rabault sur France Inter. "S'il reste sur son projet, il n'a pas de majorité absolue et c'est lui qui va être coincé, c'est lui qui va bloquer la France, ce n'est pas nous", a-t-elle ajouté.

"Il n'a pas fait une proposition, il a posé un ultimatum", a renchéri le député de la France insoumise (LFI) Manuel Bompard, qui a lui aussi reproché au chef de l'Etat de vouloir tordre le bras aux groupes parlementaires de l'opposition pour qu'ils soutiennent le programme sur lequel il a été élu à l'Elysée il y a deux mois.

"Sur cette base-là, il est évident que pour notre groupe, qui a mené deux campagnes électorales en opposition à ce projet, il est évidemment impossible que nous participions à sa mise en oeuvre", a-t-il poursuivi sur RTL.

Estimant qu'Emmanuel Macron "n'a pas eu de majorité d'adhésion à son projet ni à l'élection présidentielle ni aux élections législatives", Manuel Bompard a appelé le président à le modifier et la Première ministre Elisabeth Borne à venir le présenter devant l'Assemblée nationale et se soumettre à un vote de confiance.

"C'est comme ça qu'on fait dans une démocratie", a-t-il insisté.

DÉFINIR LES "LIGNES ROUGES"

Dès mercredi soir, le nouveau président du groupe parlementaire des Républicains (LR) à l'Assemblée, Olivier Marleix, avait affiché lui aussi son refus de donner un "chèque en blanc" à Emmanuel Macron, "de surcroît sur un projet peu clair".

Face à cette fronde qui n'augure pas de compromis faciles pour le pouvoir, alors qu'il lui manque 44 sièges pour atteindre la majorité absolue, la porte-parole du gouvernement, Olivia Grégoire a nié toute idée d'ultimatum lancé à l'opposition et assuré qu'Emmanuel Macron avait au contraire "tendu la main" et "enclenché un dialogue".

"Il a ouvert le début des négociations, le début du consensus et des compromis, on parle de plusieurs jours, peut-être même de plusieurs semaines", a-t-elle dit sur franceinfo.

"On attend des oppositions qu'elles se positionnent très clairement en disant 'ça on veut, ça on ne veut pas'", a ajouté Olivia Grégoire, selon laquelle Emmanuel Macron espère avoir de premières indications sur les "lignes rouges" et les "lignes vertes" des uns et des autres à son retour du Conseil européen qui se tient jusqu'à vendredi à Bruxelles.

"Le blocage n'est pas tenable pour les Français et on doit tous le débloquer. Ça n'est pas uniquement à la majorité présidentielle de le débloquer, c'est aussi à l'ensemble des forces politiques", a insisté a porte-parole du gouvernement.

Conscients du piège que pourrait leur tendre le pouvoir en les faisant passer pour ceux qui "empêchent le pays d'avancer", notamment sur la question urgente des mesures d'aide au pouvoir d'achat, les partis d'opposition promettent tous, de l'extrême gauche à l'extrême droite, de faire des propositions de lois ou d'amendements dans les jours qui viennent.

"Ce n'est pas de la guérilla parlementaire, c'est le débat démocratique", a souligné Manuel Bompard. "S'il y a des choses qui vont dans le bon sens, nous les voterons, s'il y a des choses qui vont dans le mauvais sens, nous voterons contre." (Avec la contribution de Myriam Rivet et Benoît Van Overstraeten, rédigé par Tangi Salaün, édité par Jean-Michel Bélot)

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