»
»
»
Consultation

Aquarius: Macron invoque le droit international, étrille Rome

Aquarius: Macron invoque le droit international, étrille Rome

Crédit photo © Reuters

PARIS (Reuters) - Emmanuel Macron a dénoncé mardi l'attitude "cynique" et "irresponsable" de l'Italie, qui refuse d'accueillir le navire Aquarius et ses 629 migrants, invoquant le droit pour justifier la décision de la France de ne pas le laisser accoster.

L'exécutif français est sous pression depuis 24 heures d'une partie de l'opposition de gauche, d'élus de la majorité et d'associations humanitaires pour faire un geste en faveur des 629 migrants dont 123 mineurs non accompagnés, 11 autres enfants et sept femmes enceintes qui se trouvent à bord de l'Aquarius.

Le navire, qui est actuellement dans les eaux internationales entre l'Italie et Malte, s'est vu opposer une fin de non-recevoir du gouvernement italien et de Malte.

L'Espagne est le seul pays à ce stade à avoir proposé de le recevoir, à Valence, mais ce port est jugé trop éloigné par certains observateurs. Partageant le même constat, les dirigeants nationalistes corses ont proposé mardi matin d'accueillir l'Aquarius dans un des ports de l'île.

Une proposition rejetée par le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux, à l'issue du conseil des ministres.

"C'est un sujet de droit international, il n'est pas question de créer un précédent qui permettrait demain à des pays européens de se défausser de leur propres responsabilités sur leurs partenaires", a-t-il dit à la presse.

"CYNISME" ET "IRRESPONSABILITÉ"

Lors du conseil des ministres, Emmanuel Macron "a tenu à rappeler le droit international maritime qui veut que dans ces cas-là de détresse, ce soit la côte la plus proche qui assume la responsabilité de l'accueil".

"Il y a une forme de cynisme et d'irresponsabilité du gouvernement italien face à cette situation humanitaire dramatique", a rapporté Benjamin Griveaux, à trois jours d'une rencontre entre Emmanuel Macron et le nouveau président du conseil italien Giuseppe Conte.

"C'est l'Italie qui devrait, en la matière, assurer cette responsabilité, elle a choisi de ne pas le faire et de méconnaître les obligations internationales", a renchéri le Premier ministre Edouard Philippe à l'Assemblée nationale.

De source française, on souligne que le nouveau ministre italien de l'Intérieur, Matteo Salvini, membre de la Ligue (extrême droite), a choisi de faire un "coup" pour montrer à sa population que le gouvernement change les choses.

"Il y aura d'autre coups", ajoute-t-on de même source pour justifier le refus français de déroger au droit maritime.

Au ministère de l'Intérieur, on prévient que la proposition espagnole fait courir aux réfugiés des risques supplémentaires en raison de l'éloignement de ce port et on estime qu'il ne peut s'agir d'une "solution durable" puisqu'en cas de nouveau refus italien il faudra attendre qu'un pays "lève la main".

Paris est prêt à envoyer sur place des personnels de l'Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides) "pour traiter les situations le plus efficacement possible".

Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a demandé mercredi à Rome de revenir sur sa décision en raison de la distance qui sépare le bateau des côtes espagnoles.

ENTRE INDIGNATION ET APPELS À LA FERMETÉ

La question sera abordée dans l'après-midi par Emmanuel Macron qui s'entretiendra avec les autorités maltaises italiennes et espagnoles. Selon une source gouvernementale française, cette affaire "est la preuve qu'il faut continuer à travailler à une stabilisation de la Libye pour endiguer ces situations de détresse".

En France, l'affaire de l'Aquarius a provoqué un vif débat au sein de la classe politique.

Le député La République en Marche (LaRem) François-Michel Lambert, plutôt classé à gauche, a ainsi déclaré à la presse qu'il était favorable à l'accueil des migrants de l'Aquarius et qu'il soutenait la proposition des nationalistes corses.

"Je ne vois pas où est la difficulté", a-t-il ajouté. Un avis partagé par d'autres députés LaRem.

A droite et à l'extrême droite, la tonalité reste au refus ferme d'accueillir ces migrants sur le territoire français.

Sur CNews, le député Les Républicains Eric Ciotti a ainsi souhaité une "extrême fermeté des autorités françaises".

"L'Aquarius a une destination toute trouvée, c'est qu'il retourne vers les côtes libyennes", a-t-il dit.

Quant à la présidente du Rassemblement national Marine Le Pen, elle a dénoncé dans un tweet l'attitude des dirigeants nationalistes corses.

"La population corse (...) pensait voter autonomiste pour défendre son identité et se retrouve avec des dirigeants qui veulent faire de l’île un nouveau Lampedusa", a-t-elle dit.

(Marine Pennetier, Emmanuel Jarry et Jean-Baptiste Vey, avec Elizabeth Pineau et Yann Le Guernigou, édité par Yves Clarisse)


click here for restriction
©2018 Reuters

Reuters

Nombre de caractères autorisé : 500

Déjà inscrit ? Connectez-vous

Pas encore inscrit? Inscrivez-vous en quelques secondes !

Partenaires de Boursier.com