Afghanistan : Les taliban autorisent des évacuations d'étrangers

Afghanistan : Les taliban autorisent des évacuations d'étrangers
Afghanistan : Les taliban autorisent des évacuations d'étrangers
Crédit photo © Reuters

(Reuters) - Le premier vol commercial international depuis la fin de l'évacuation de Kaboul a décollé jeudi de l'aéroport de la capitale afghane à destination de Doha, a annoncé le ministre qatari des Affaires étrangères.

Un nombre important de ressortissants étrangers avait pris place à bord de l'appareil de Qatar Airways, a rapporté la chaîne Al Djazira. L'avion avait atterri en début de journée avec de l'aide humanitaire à son bord.

Même si des vols internationaux ont décollé ou atterri ces derniers jours de et à Kaboul, ils transportaient des officiels, des techniciens et de l'aide et aucun groupe de civils aussi important n'avait quitté la capitale afghane depuis l'évacuation de la ville à la suite de sa conquête par les taliban le 15 août.

Le Qatar a assuré qu'il s'agissait d'un vol régulier et qu'un autre était programmé vendredi.

"Nous avons réussi à faire voler le premier avion de passagers il y a seulement une heure", s'est félicité le chef de la diplomatie qatarie, cheikh Mohamed ben Abdoulrahman al Thani, à Islamabad, en remerciant les taliban d'avoir contribué à la réouverture de l'aéroport, gérée par le Qatar et la Turquie.

Un responsable américain avait indiqué avant lui que quelque 200 ressortissants étrangers toujours présents en Afghanistan dix jours après le départ des troupes américaines devaient quitter le pays ce jeudi à bord de vols réguliers au départ de Kaboul, le gouvernement intérimaire taliban ayant autorisé leur évacuation.

Ces vols à bord desquels devaient embarquer ces civils, des Américains et des ressortissants de pays tiers, figurent parmi les premières liaisons internationales à partir de l'aéroport de Kaboul depuis la conquête de la capitale afghane par la milice islamiste.

Cette prise de pouvoir a précipité le retrait programmé des troupes américaines et déclenché de vastes opérations militaires d'évacuations ayant permis à 124.000 ressortissants étrangers et afghans à risque de quitter l'Afghanistan.

RÉTICENCES DE LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE

Sur le plan politique, le gouvernement intérimaire présenté par les taliban il y a deux jours suscite les réticences de la communauté internationale.

S'ils avaient fait part de leur intention d'inclure d'autres sensibilités politiques dans leur équipe gouvernementale, les taliban n'ont retenu que des membres issus de leurs rangs, majoritairement issus de leur ethnie pachtoune, qui domine le sud du pays mais représente moins de la moitié de la population afghane.

Les principaux portefeuilles ont été confiés à des tenants d'une ligne dure et plusieurs ministres figurent sur les listes noires des personnes considérées comme des terroristes par les puissances occidentales.

Avec cette annonce, les taliban, qui avaient tenté de présenter un visage moins radical depuis leur conquête du pays mi-août, ont douché le peu d'espoir de la communauté internationale de les voir mettre sur pied une administration plus modérée et les réactions internationales ont oscillé entre prudence et consternation.

La porte-parole de la Maison blanche Jen Psaki a déclaré mercredi que personne dans l'administration Biden ne pourrait "suggérer que les taliban sont des membres respectés et reconnus de la communauté internationale".

L'Union européenne (UE) a déploré par la voix d'un porte-parole de ses services des Affaires étrangères que le gouvernement "ne ressemblait en rien à l'équipe inclusive et représentative de la riche diversité ethnique et religieuse de l'Afghanistan espérée (par les Européens) et promise par les taliban ces dernières semaines".

Le vice-président de la Commission européenne Maroš Šefcovic a précisé que l'UE était prête à continuer de fournir une aide humanitaire mais que l'aide économique à plus long terme restait conditionnée au respect des libertés et droits essentiels par les taliban.

MANIFESTATIONS DE FEMMES À KABOUL

Pour les analystes, la composition du gouvernement intérimaire risque d'entraver sa reconnaissance par les puissances occidentales et donc l'aide économique qu'elles sont susceptibles de fournir à l'Afghanistan, confronté à une grave crise humanitaire provoquée par la sécheresse alors que l'économie du pays est déjà exsangue après des décennies de guerres civiles et d'occupations internationales.

A Kaboul, des dizaines de femmes ont à nouveau manifesté mercredi contre les taliban. "Un gouvernement sans femmes est un échec", pouvait-on lire sur une pancarte.

Une femme a témoigné dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux que "les quelques journalistes venus couvrir cette manifestation avaient tous été arrêtés et conduits au poste de police".

La veille, d'autres manifestations s'étaient dispersées lorsque des combattants taliban ont commencé à tirer en l'air.

Deux journalistes ont été frappés cette semaine avoir été interpellés par des taliban alors qu'ils suivaient une manifestation de femmes dans la capitale, a déclaré leur rédacteur en chef, fondateur du journal Etilaat Roz.

"Cinq collègues ont été maintenus en détention pendant plus de quatre heures et deux d'entre eux ont été battus et torturés brutalement", a déclaré Zaki Daryabi. Des photos montrant de larges marques rouges sur le bas du dos et les jambes d'un des deux hommes, sur une épaule et le bras d'un autre, ont été diffusées sur les réseaux sociaux. Leurs visages portent également des traces de coups.

Le ministère de l'Intérieur des taliban a annoncé dans un communiqué que pour éviter tout désordre ou problème de sécurité, tous les organisateurs de manifestations devraient demander une autorisation 24 heures avant.

De nombreux Afghans, en particulier les femmes, craignent que les taliban ne restaurent une version rigoriste de la charia, la loi canonique islamique, comme c'était le cas lorsqu'ils étaient au pouvoir de 1996 à 2001 avant d'être évincés par l'intervention américaine dans le sillage des attentats du 11 septembre 2001.

Pendant cette période, les femmes ne pouvaient pas travailler, les filles ne pouvaient pas aller à l'école et les infractions pouvaient être punies par des coups de fouets, des lapidations ou des exécutions publiques.

Une responsable d'Onu Femmes, Alison Davidian, représentante adjointe de l'agence onusienne en Afghanistan, en poste à Kaboul, a déclaré mercredi que des atteintes aux droits des femmes étaient signalées quotidiennement dans le pays.

(Reportage bureaux de Reuters, rédigé par Stephen Coates; version française Myriam Rivet et Jean-Stéphane Brosse, édité par Blandine Hénault et Bertrand Boucey)

click here for restriction
©2021 Reuters
Reuters

Nombre de caractères autorisés : 500

Déjà inscrit ? Connectez-vous

Pas encore inscrit? Inscrivez-vous en quelques secondes !