Afghanistan : Le co-fondateur des taliban va diriger le gouvernement

Afghanistan : Le co-fondateur des taliban va diriger le gouvernement
Afghanistan : Le co-fondateur des taliban va diriger le gouvernement
Crédit photo © Reuters

(Reuters) - Le mollah Abdoul Ghani Baradar, co-fondateur des taliban, va prendre la direction du nouveau gouvernement afghan dont la composition devrait être prochainement dévoilée, a-t-on appris vendredi de sources au sein du mouvement islamiste.

L'annonce devrait intervenir alors que les taliban ont lancé une offensive pour prendre la dernière poche de résistance à leur pouvoir dans la vallée du Panshir, au nord de Kaboul, où quelques milliers de combattants se sont rassemblés sous les ordres d'Ahmad Massoud, le fils du commandant Ahmad Shah Massoud, mort assassiné en 2001.

La priorité du nouveau gouvernement devrait cependant être d'éviter l'effondrement de l'économie, alors que l'Afghanistan est confronté à une grave crise humanitaire provoquée par la sécheresse et 20 années d'une guerre civile qui a fait quelque 240.000 morts, et de donner pour cela des gages aux donateurs internationaux.

Cette tâche incombera au mollah Baradar, qui dirige le bureau politique des taliban. Le futur chef du gouvernement sera notamment épaulé par le mollah Mohammad Yaqoub, fils du mollah Omar, fondateur des taliban, mort en 2013, et par Sher Mohammad Abbas Stanekzai, un autre dirigeant du mouvement, promis à des ministères clés, ont précisé trois sources au sein du mouvement islamiste.

"Tous les hauts dirigeants sont arrivés à Kaboul, où se déroulent les derniers préparatifs avant d'annoncer le nouveau gouvernement", a déclaré un responsable taliban à Reuters.

Le guide spirituel des taliban, Haibatullah Akhunzada, se concentrera de son côté sur les questions religieuses et la gouvernance dans le respect des valeurs de l'islam, a indiqué une autre source.

"LOYA JIRGA" DANS SIX MOIS ?

Bien que les taliban aient exprimé le souhait de former un gouvernement "inclusif" des autres sensibilités politiques afghanes, le premier cabinet sera composé exclusivement de membres issus du mouvement islamiste, a-t-on appris de source au fait des préparatifs.

Ce gouvernement "intérimaire" devrait comprendre 25 ministres, assistés par un Conseil religieux de 12 membres, appelé choura.

Les taliban prévoient ensuite d'organiser d'ici six à huit mois une "loya jirga", une assemblée de hauts dignitaires communautaires et religieux qui devra débattre de la rédaction d'une Constitution et de l'organisation du futur gouvernement, a ajouté cette source.

La légitimité du nouveau gouvernement sera essentielle pour surmonter la défiance des donateurs et des investisseurs, alors que l'Afghanistan dépend très largement de l'aide internationale.

"La crise s'est accélérée et intensifiée depuis le 15 août, et un effondrement économique imminent se profile", a déclaré à Reuters Mary-Ellen McGroarty, la directrice pour l'Afghanistan du Programme alimentaire mondial, qui est toujours à Kaboul.

Le président américain Joe Biden n'a manifesté aucune intention de débloquer l'accès aux milliards de dollars de réserves afghanes d'or et de devises étrangères entreposées aux Etats-Unis, gelées depuis la chute de Kaboul, tout en promettant de faciliter la fourniture d'aide humanitaire.

Malgré les incertitudes sur la nature du nouveau régime, de nombreux pays se disent en revanche prêts à discuter avec les taliban pour éviter une catastrophe.

Le chef de la diplomatie britannique, Dominic Raab, a ainsi réinsisté vendredi sur la nécessité d'avoir des "lignes de communication" ouvertes avec les dirigeants afghans, tout en assurant que Londres ne reconnaîtrait pas le nouveau régime.

"JUGÉS SUR LES ACTES"

De manière plus attendue, le président russe Vladimir Poutine a estimé qu'il était nécessaire que la communauté internationale s'entende sur une "légalisation" des forces politiques afghanes, y compris les taliban qui sont toujours classés sur la liste russe des organisations terroristes.

L'ambassadeur de Russie à Kaboul a précisé que Moscou était en contact avec de potentiels ministres du gouvernement afghan, selon des propos rapportés par l'agence de presse russe Ria.

Pour les pays occidentaux, la nature des relations avec les nouveaux taliban dépendra notamment du mode de gouvernance adopté par le mouvement islamiste, qui assure vouloir respecter les droits des femmes et des minorités, après avoir imposé une lecture rigoriste de la charia, la loi islamique, entre 1996 et 2001.

Elle sera aussi conditionnée au respect de la promesse formulée par les taliban de laisser partir à l'étranger les Afghans qui n'ont pu profiter du gigantesque pont aérien mis en place par les Etats-Unis et leurs alliés après la chute de Kaboul le 15 août.

Le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg, a redit vendredi son espoir de pouvoir mener de nouvelles évacuations de personnes "vulnérables", parmi lesquelles 250 femmes juges qui craignent les représailles des combattants taliban qu'elles avaient jetés en prison.

"Nous jugerons les taliban sur leurs actes, pas sur les paroles", a-t-il insisté.

Alors que des milliers d'Afghans ont pris la direction des frontières du pays, ou se terrent chez eux, la Turquie et le Qatar discutent avec les taliban et ont commencé à fournir un support technique en vue d'une réouverture de l'aéroport de Kaboul. Le chef de la diplomatie qatarie est arrivé vendredi dans la capitale afghane à cet effet, selon la chaîne Al Jazira.

(Bureaux de Reuters, écrit par Lincoln Feast, version française Tangi Salaün, édité par Blandine Hénault et Sophie Louet)

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