»
»
Consultation

Taux souverains négatifs et profils de crédit des Etats en question

Taux souverains négatifs et profils de crédit des Etats en question
Taux souverains négatifs et profils de crédit des Etats en question
Crédit photo © Reuters

(Boursier.com) — Les rendements négatifs des obligations d'État de long terme reflètent davantage des conditions de marché faussées que des profils de crédit souverains plus solides, affirme Fitch Ratings. La baisse du coût du service des intérêts favorise la solvabilité des États mais elle doit être mise en balance avec les facteurs de la conjoncture économique qui ont entraîné une baisse des rendements et des niveaux d'endettement public historiquement élevés dans un certain nombre de pays.

Le stock nominal de dette publique présentant aujourd'hui rendements négatifs est d'environ 15.000 milliards de dollars au niveau mondial. La semaine dernière, le rendement de l'obligation allemande à 30 ans est devenu négatif pour la première fois et le taux à 10 ans est tombé en dessous de -0,60%.

Le reflux des rendements reflète divers facteurs connexes, notamment les baisses de taux directeurs des banques centrales à la suite de la première réduction des taux directeurs de la Réserve fédérale depuis plus d'une décennie le mois dernier, les inquiétudes des investisseurs au sujet de la croissance mondiale et une "fuite vers la sécurité" sur les marchés financiers après l'annonce par le président Trump de droits de douane additionnels sur les importations chinoises aux Etats-Unis.

Néanmoins, l'agence estime que l'une des raisons de la persistance de rendements faibles ou négatifs est le rôle continu des banques centrales sur le marché obligataire. La Banque du Japon continue d'acheter des titres d'Etat dans le cadre de son contrôle de la courbe des rendements et Fitch pense que les faibles croissance et inflation inciteront la BCE à relancer ses achats nets d'actifs au quatrième trimestre, bien qu'à un rythme relativement modeste. La Fed a pour sa part déclaré en juillet qu'elle mettrait fin à son processus de réduction du bilan deux mois plus tôt que prévu.

Alors que la baisse des taux des obligations d'État est généralement associée à un profil de crédit souverain plus solide, Fitch pense que les dernières évolutions sont en partie la continuation de la distorsion créée par l'assouplissement quantitatif (QE) au cours des dernières années. Par exemple, les notations des pays membres de la zone euro en 2007 ont été abaissées de 68 crans entre 2008 et 2013, la région ayant été touchée par la crise financière mondiale et l'augmentation de la dette publique qui en a résulté. Dans le même laps de temps, seuls six relèvements de note ont eu lieu... Les rendements obligataires et les écarts de rendement ont divergé des notations à la mi-2012, après que le président de la BCE, Mario Draghi, eut déclaré que la banque centrale ferait "tout ce qu'il faudra pour préserver l'euro".

Une baisse des rendements des obligations souveraines peut certainement soutenir la solvabilité des États puisqu'elle réduit le fardeau du service de la dette, note l'agence. Cet effet se fait toutefois sentir au fil du temps car la durée moyenne de la dette des administrations publiques des pays développés est généralement relativement longue, de sorte que le taux d'intérêt effectif et le service annuel de la dette ne changent que progressivement. Dans la zone euro, par exemple, la durée résiduelle moyenne est de 7,4 ans. De plus, la marge de manoeuvre budgétaire créée par la baisse des taux d'intérêt a, dans bien des cas, déjà été absorbée par l'augmentation des dépenses non liées aux intérêts.

Enfin, les conditions économiques qui entraînent une baisse structurelle des rendements pourraient ne pas être aussi favorables que cela au crédit souverain. La baisse des taux d'intérêt reflète dans une certaine mesure le ralentissement de la croissance potentielle du PIB découlant du ralentissement d'une moindre progression de la productivité et des changements démographiques. Ces facteurs, conjugués à une faible inflation, auront une incidence négative sur la croissance des recettes publiques et exerceront des pressions à la hausse sur les dépenses liées au vieillissement de la population, ce qui aggravera les difficultés budgétaires. Les distorsions du marché dues à l'assouplissement quantitatif impliquent également que l'écart entre les taux d'intérêt et la croissance, qui a été favorable à la dynamique de la dette publique, finira par s'accentuer à long terme, ce qui fera de la réduction de la dette un défi politique plus aigu.

©2019,

Nombre de caractères autorisé : 500

Déjà inscrit ? Connectez-vous

Pas encore inscrit? Inscrivez-vous en quelques secondes !

Partenaires de Boursier.com