Etats-Unis : le débat s'échauffe sur la hausse des taux

Etats-Unis : le débat s'échauffe sur la hausse des taux

Deux anciens responsables de la Fed sont montés au créneau pour appeler la Fed à remonter ses taux directeurs face à la flambée actuelle d'inflation. "Je crois qu'ils sont en route pour commettre une grosse bourde", selon l'un d'entre eux.

Etats-Unis : le débat s'échauffe sur la hausse des taux
Crédit photo © Reuters

(Boursier.com) — Alors que les principaux dirigeants de la Réserve fédérale continuent de minimiser les risques liés à l'inflation, jugée transitoire, des voix s'élèvent pour critiquer la banque centrale américaine, et la mettre en garde contre un manque de réactivité face à la hausse des prix, qui pourrait rendre très difficile de maîtriser la situation par la suite, si les prix continuent de flamber.

Ainsi, deux anciens responsables de la Fed sont montés au créneau lundi soir pour critiquer le manque d'empressement de la Fed à agir contre la hausse des prix. Dans des interviews à Bloomberg, l'ancien président de la Fed de New York, William Dudley, et celui de la Fed de Richmond Jeffrey Lacker, ont tous deux estimé que la Fed serait amenée à remonter ses taux directeurs assez haut, entre 3 et 4% pour juguler l'inflation. Ils ont critiqué l'attentisme actuel de l'institution, M. Dudley la jugeant "très en retard" et M. Lacker la trouvant "très loin du compte" dans ses réactions.

"Je crois qu'ils sont en route pour commettre une grosse bourde de politique monétaire", a ajouté M. Lacker.

Les marchés obligataires semblent partager les craintes des deux anciens responsables de la Fed, si l'on en croit la forte hausse des taux des emprunts d'Etat américains ces derniers mois. Mardi soir, le rendement du T-Bond à 10 ans campait à 1,63%, contre 1,25% il y a trois mois et 0,9% fin décembre 2020, et le taux à 30 ans a retrouvé le seuil psychologique des 2% contre 1,64% fin décembre.

Nouvelle stratégie de la Fed

Face à une inflation très faible depuis une décennie, largement inférieure à son objectif de 2%, la Fed a modifié sa stratégie en août 2020, annonçant qu'elle ne procéderait plus systématiquement à des hausses de taux préventives si l'inflation remontait temporairement au-dessus de son objectif. Cependant, ces derniers mois, les prix se sont envolés pour atteindre 6,2% sur un an en octobre aux Etats-Unis, forçant la Fed a reconnaître que la hausse des prix s'avérait plus forte et plus durable qu'attendu, tout en prévoyant un recul des tensions à partir de la mi-2022.

La banque centrale américaine a commencé à réduire la voilure en annonçant le 3 novembre le coup d'envoi de la réduction de son programme d'achats d'actifs mis en place pendant la pandémie de Covid, un "tapering" qui devrait s'achever à la mi-2022. Mais le patron de la Fed Jerome Powell a indiqué à plusieurs reprises que l'institution ne comptait pas relever ses taux directeurs avant d'avoir mis fin à son programme d'achat d'actifs. La Fed avait abaissé le taux des fed funds près de zéro en 2020 pour lutter contre la crise pandémique.

Le "tapering" en marche, l'inflation toujours jugée transitoire

Restant sur cette ligne, l'actuel président de la Fed de Richmond, Tom Barkin a répété lundi soir qu'il serait satisfait de patienter encore "quelques mois" avant d'évaluer la "réalité" du phénomène inflationniste, que la Fed considère comme un phénomène transitoire, lié aux problèmes de chaîne d'approvisionnement dus à la crise du coronavirus. La question centrale sera de mesurer si davantage de salariés reviennent sur le marché du travail, atténuant la pénurie de main d'oeuvre, a jugé M. Barkin. Malgré la reprise économique dynamique, l'économie américaine compte en effet toujours 4 millions d'emplois de moins qu'avant la crise sanitaire.

Dans un entretien avec Yahoo Finance, M. Barkin a estimé qu'il est "utile de se donner du temps pour mesurer la réalité des phénomènes économiques, et s'avoir s'il y a besoin d'agir. Nous ferons ce que nous devons faire", a-t-il ajouté, précisant que les entreprises disent ne pas s'attendre à ce que la hausse des prix actuelle se poursuive à long terme.

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