Accueil
»
Bourse
»
Interviews
»
Consultation
Philippe Leroy, Président du Groupe Associés en Finance

Philippe Leroy Président du Groupe Associés en Finance

L'actionnaire particulier bénéficie d'une transparence accrue grâce à Mifid 2
Philippe Leroy, Président du Groupe Associés en Finance

Boursier.com : Pouvez-vous rappeler tout d'abord ce qu'a été Mifid 1 ?

P.L. : Mifid est une directive adoptée le 21 avril 2004 et entrée en vigueur le 1er novembre 2007. L'objectif premier était de créer un marché européen unique des services financiers, permettant aux prestataires de services d'investissements agréés par les Etats membres d'opérer dans tout l'Union. Apparait alors la notion de passeport européen. Cette directive abroge la règle de centralisation des ordres sur les marchés réglementés, et met ainsi fin au monopole des Bourses historiques, permettant l'arrivée des plateformes alternatives (MTF). Des règles d'organisation et de bonne conduite sont mises en place pour prévenir les conflits d'intérêts et améliorer la protection des investisseurs (ex : obligation d'exécution des ordres aux conditions les plus favorables pour le client -best execution-) et des règles de transparence avant et après la négociation des ordres. Pour finir, la directive MIF a renforcé le devoir de classification et d'information des clients pour les prestataires de services d'investissement, considérant que moins les clients sont expérimentés, plus le niveau de protection doit être important. Trois classes de clients émergent alors : les contreparties éligibles (banques et établissements financiers). Les professionnels (entreprises). Les non professionnels (particuliers).

Boursier.com : Pourquoi le législateur décide-t-il de passer à Mifid 2 ?

P.L. : Plusieurs facteurs ont poussé le législateur à faire passer Mifid 2. D'abord, des facteurs conjoncturels comme la mise en évidence, après la crise de 2008, d'une opacité sur certains segments de marché (dérivés, obligation). Ensuite, des facteurs de fond comme la fragmentation du marché ou encore la prépondérance de l'OTC et de la négociation à travers des plateformes non régulées. L'ensemble de ces facteurs ont un impact négatif sur la lisibilité du marché et limite aussi le processus de formation des prix. La mise en place de Mifid 2 a donc pour objectif d'encadrer les acteurs et les pratiques de marché, d'assurer une meilleure transparence pour les acteurs et les régulateurs et, enfin, de clarifier les liens entre les marchés OTC et les plateformes de négociation.

Boursier.com : Tous les marchés sont-ils concernés ?

P.L. :La mise ne place des directives de Mifid 2 ont, entre autre, pour objectif d'élargir le spectre de la régulation à la quasi-totalité des instruments financiers. De ce fait, un plus vaste pool d'acteurs seront impactés comme les banques, les intermédiaires financiers ou encore les sociétés de gestion. Mifid 2 restreint également le périmètre de négociation de gré à gré, en imposant une obligation de négociation des actions et produits dérivés éligibles à la compensation uniquement sur des lieux d'exécution organisés et règlementés. Dans ce cadre une nouvelle catégorie de plateforme, dite OTF (Organised Trading Facilities) est introduite. Des opérations de gré à gré seront cependant encore possibles sur des produits jugés non-liquide.

Boursier.com : Quelles sont les conséquences pour les intermédiaires financiers ?

P.L. : Les directives de Mifid 2 sont très contraignantes pour les intermédiaires financiers et ont plusieurs conséquences sur le marché. Sur le fonctionnement même du marché, les intermédiaires doivent désormais réaliser la majeure partie des opérations sur des plateformes multilatérales (MTF), ce qui limite leur pouvoir de négociation. Les intermédiaires financiers doivent également répondre à des exigences de transparence notamment en matière de reporting des transactions et des négociations. Ils doivent notamment conserver une trace de l'ensemble des échanges qu'ils ont entretenu avec leurs clients. Ces agents doivent aussi mettre à disposition les données pré- et post- négociation. Concernant la recherche et la mise à disposition de l'information produite par la recherche actions au sein des banques d'investissement. Jusqu'à présent, les investisseurs institutionnels recevaient de sources multiples des études sur les sociétés et les secteurs souvent redondantes, et de qualité très inégale. La mise ne place de Mifid 2 impose la tarification de la recherche actions. Les investisseurs seront à coup sûr beaucoup plus attentifs quant à la qualité de ce qu'ils reçoivent. Mifid 2 aura pour conséquence de réduire drastiquement le volume de la recherche perçue comme médiocre. L'information produite sera donc de meilleure qualité. En revanche, Mifid 2 provoquera une augmentation du nombre de sociétés insuffisamment suivies par la recherche actions des analystes.

Boursier.com : L'actionnaire particulier est-il concerné ?

P.L. : L'objectif principal de Mifid 2 est d'élargir le périmètre d'action de Mifid 1 à un ensemble plus global d'instruments financiers (actions, obligations, produits financiers structurés, instruments dérivés et quotas d'émission). L'actionnaire particulier non professionnel bénéficiera ainsi d'une transparence accrue, notamment sur les conseils en investissement donnés par les intermédiaires financiers. En parallèle, et toujours dans le cadre de la protection des investisseurs, Mifid 2 prévoit la mise en oeuvre du principe de meilleure exécution. Ce principe concernera aussi bien les plateformes d'exécution, que les sociétés de gestion.

©2018-2021,