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Philippe Lepinay, Président de la Fédération française des Associations d'Actionnaires Salariés et Anciens Salariés

Philippe Lepinay Président de la Fédération française des Associations d'Actionnaires Salariés et Anciens Salariés

Presque autant d'actionnaires salariés que d'actionnaires individuels en France...

Boursier.com : Combien de français ont des actions et combien étaient-ils dans un passé récent ?

P.L. : On dénombre aujourd'hui 4,1 millions d'actionnaires individuels et 3,7 millions d'actionnaires salariés. Il est intéressant de noter qu'avec la diminution importante du nombre d'actionnaires individuels depuis 2008, il y a désormais presque autant d'actionnaires salariés que d'actionnaires individuels en France - certains Français étant à la fois l'un et l'autre.

Boursier.com : Pourraient-ils l'être davantage ?

P.L. : Les résultats de l'Observatoire des Actionnaires d'Avenir nous révèlent que le potentiel est considérable : trois français sur cinq expriment très clairement l'intention de s'engager ! L'investissement en actions est un sujet fédérateur, susceptible de rassembler un grand nombre de citoyens - ce que nous constatons déjà aujourd'hui dans les entreprises françaises dont les salariés détiennent une part significative du capital. Nous devons désormais nous mobiliser, avec les entreprises, les pouvoirs publics et l'ensemble de la Place de Paris pour comprendre pourquoi l'écart entre l'intention et le passage à l'acte est aussi important et lever les freins à l'investissement.

Boursier.com : Quels seraient leurs critères d'investissement ?

P.L. : Outre les critères "classiques" tels que la qualité de la gestion ou les résultats financiers, on constate que l'attachement du salarié à son entreprise constitue un élément de motivation très fort pour investir, c'est-à-dire prendre la décision d'accompagner son entreprise au delà de son statut de salarié, en tant qu'actionnaire, sur le long terme. L'abondement de l'entreprise lors d'un plan d'actionnariat salarié - par décote ou distribution d'actions gratuites, par exemple - et le niveau de la fiscalité constituent également des critères décisifs en matière d'investissement. C'est la combinaison de ces trois facteurs qui a permis à la France d'être no1 en Europe pour l''actionnariat salarié. En 2013, le pourcentage du capital détenu par les salariés dans les 338 plus grandes entreprises françaises (représentant 7,9 millions d'emplois) était de 5,15 %, loin devant les 29 autres pays d'Europe, selon les chiffres de la Fédération Européenne de l'Actionnariat Salarié (FAS). Au cours des 20 dernières années, notre pays a notamment su mettre en place une fiscalité très attractive pour encourager l'investissement. Malheureusement, cette fiscalité s'est largement alourdie depuis quelques années, notamment avec l'augmentation du forfait social de 8% à 20%, au point de constituer un frein pour le développement du modèle français. L'un des objectifs que poursuit la FAS est d'expliquer aux pouvoirs publics qu'il est nécessaire d'alléger la fiscalité des actions pour les durées de détention longue afin de continuer à développer l'actionnariat salarié dans notre pays. C'est un enjeu qui nous paraît essentiel.

Boursier.com : Les candidats éventuels sont-ils prêts à s'engager sur la durée ?

P.L. : Bien sûr ! L'actionnariat salarié est un actionnariat de long terme : la durée moyenne d'investissement d'un actionnaire salarié à l'égard de son entreprise est de huit ans - une durée de détention qui est largement supérieure aux autres profils d'actionnaires.

Boursier.com : Le PEA-PME est-il une réponse adaptée ?

P.L. : L'actionnariat salarié est très significatif dans les grandes sociétés cotées mais également dans certains groupes non-cotés - c'est le cas du Groupe familial Mulliez, de la société Sonepar ou du Groupe pharmaceutique Pierre Fabre qui ont développé un actionnariat salarié fort au coté de l'actionnariat familial classique. Les dirigeants de ces entreprises sont en effet convaincus que l'intéressement des salariés au capital constitue un levier de performance important et un gage de pérennité pour l'entreprise. Notre objectif à la FAS est également de développer l'actionnariat salarié dans les ETI et les PME où il y a un fort potentiel : les sociétés de cette taille manquent souvent de fonds propres et elles ont tout à gagner à ouvrir leur capital. Le PEA PME est un moteur pour y parvenir - mais il ne constitue qu'un élément de réponse ! Dans la mesure où l'essentiel des possibilités d'investissement se trouvaient déjà dans le PEA " classique ", la création du PEA-PME a abouti pour une large part à relever de 75 000 EUR le plafond du PEA, lui-même augmenté de 18 000EUR en 2013, ce qui ne présente un intérêt que pour les investisseurs individuels à fort patrimoine. Par ailleurs, il faut être prudent : si l'on sollicite les salariés d'une ETI ou d'une PME pour investir dans leur entreprise, il faut mettre en place des outils qui permettent de leur apporter une liquidité suffisante mais aussi de pouvoir protéger leur épargne sur le long terme. C'est la raison pour laquelle les investisseurs particuliers privilégient aujourd'hui les valeurs cotées au détriment des valeurs non-cotées et des PME-ETI.

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