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Philippe Ithurbide, Directeur recherche stratégie et analyse d'Amundi

Philippe Ithurbide Directeur recherche stratégie et analyse d'Amundi

Le point extrême de décote est atteint sur les Marchés émergents

Boursier.com : Quels éléments vous font penser que les marchés émergents devraient mieux se comporter en 2016 ?

P.I. : Les marchés émergents constituent la plus grande désillusion des 4 dernières années... Aujourd'hui, ils sont sous-pondérés dans les portefeuilles internationaux et présentent des points d'entrée très intéressants. Les classes d'actifs des émergents sont largement ignorées depuis 3 ans et demi et elles affichent une décote proche de plus hauts historiques de 98. Nous pensons que le point extrême de décote est atteint... Elle atteint 33% pour les actions émergentes, avec un rendement supérieur de 14%, à 3,1%, contre 2,4%. Du côté de la dette des pays émergents, les spreads et les rendements sont attractifs, avantage non négligeable dans un monde de taux faibles ou négatifs... D'autre part les devises locales sont bon marché, parfois même nettement sous-évaluées. Concernant l'endettement de ces pays, il n'est plus dépendant du Dollar comme par le passé et l'appréciation du billet vert n'est donc plus aussi néfaste...

Boursier.com : Y a-t-il des freins à ce retour en grâce des émergents ?

P.I. : Un retour en grâce des émergents, actions comme dette, suppose un certain nombre de prérequis... Tout d'abord le maintien de la politique accommodante de la FED : les marchés émergents dépendent grandement des taux américains. Le mouvement baissier sur ces pays a commencé par les rumeurs de fin de la politique de "Quantitative Easing" et l'annonce d'un changement de cap dans l'orientation des taux d'intérêt... Aujourd'hui, la Fed est appelée à poursuivre sur la voie d'une politique accommodante, avec un "QE4" si besoin. Autre prérequis : que les marchés considèrent que les craintes concernant la croissance chinoise et le yuan sont exagérées. Or, aucun "hard landing" n'est à craindre pour l'instant... Enfin, que les prix pétroliers et des matières premières repartent à la hausse et que la croissance mondiale ne ralentisse pas davantage. Au regard de ces quatre éléments, les marchés émergents, devraient pouvoir se redresser en 2016 selon nous...

Boursier.com : Faut-il revenir en bloc sur les émergents ?

P.I. : Nous privilégions une approche diversifiée des émergents qui ne constituent pas un univers homogène. Nous sommes très sélectifs et réactifs, certains pays véhiculant toujours des risques spécifiques comme le Brésil... Il faut noter que les flux de capitaux reviennent progressivement en direction des émergents et cela peut prendre des proportions importantes étant donné la sous-pondération massive de portefeuilles internationaux en classes d'actifs émergents.

Boursier.com : Concrètement quels pays ont vos faveurs ?

P.I. : Nous surpondérons la Russie, où les ajustements macro-économiques sont terminés et qui doit sortir de récession cette année. La Thaïlande, la Hongrie, les Philippines et le Pérou. A l'inverse, nous préférons sous-pondérer Taïwan, la Malaisie, l'Afrique du Sud, l'Indonésie et la Chine...

Boursier.com : Pourquoi pas la Chine ?

P.I. : Elle présente toujours peu de visibilité sur la mise en place des réformes et l'endettement continue de progresser. De nombreux secteurs comme les banques sont confrontés à des problèmes structurels en raison de la décélération de l'économie chinoise. Toutefois, des opportunités demeurent en Chine, comme le secteur de la Santé où les dépenses augmentent fortement. Le vieillissement et l'évolution du mode de vie des chinois devraient se traduire par une augmentation des maladies chroniques. Dans l'Internet aussi, le pays constituant le plus grand marché de cybercommerce du monde... L'évolution vers le mobile au détriment des PC aura un impact sur les moteurs de recherche, les jeux, les paiements en ligne...

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