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Patrick Mange, Stratégiste marchés émergents chez BNP Paribas IP

Patrick Mange Stratégiste marchés émergents chez BNP Paribas IP

Les valorisations relatives sont toujours plus favorables sur les marchés émergents

Boursier.com : Quelles ont été les conséquences de la victoire de Donald Trump sur les pays émergents?

P.M. : La victoire de Donald Trump a cassé la dynamique positive sur les émergents, du fait notamment des ambitions en matière de protectionnisme qu'il a mis en avant lors de sa campagne. L'idée que la croissance allait être plus rapide dans les pays émergents est remise en question par l'effet Trump et les investisseurs se font à l'idée d'un possible rétablissement d'un différentiel de croissance plus faible entre économies matures et économies émergentes... Même si nous pensons que la dynamique économique des pays émergents restera supérieure à celle des pays développés dans un avenir prévisible, les anticipations des marchés à cet égard sont certainement partiellement justifiées.

Boursier.com : Quels pays sont spécifiquement concernés?

P.M. : Au premier rang : le Mexique. Un tiers du PIB du Mexique est lié aux exportations vers les Etats-Unis. Par ricochet, le risque de contagion peut concerner l'Amérique latine... Concernant la Chine, si l'administration Trump met en place des mesures protectionnistes, l'impact peut être significatif sur l'économie chinoise et sur l'ensemble du commerce international...

Boursier.com : Le rebond des prix du pétrole n'est-il pas un soutien pour les économies émergentes?

P.M. : Le point bas a sans doute été atteint sur les matières premières et le pétrole. Un baril de pétrole entre 50$ et 60$ l'année prochaine est un facteur de soutien pour les économies émergentes... Mais il faut aussi relativiser le phénomène : par exemple la surperformance des actions russes ne résulte pas seulement de la remontée du baril de pétrole, mais aussi de raisons économiques et politiques. La Russie sort de récession, son inflation s'infléchit, ce qui élargit les marges de manoeuvre de la banque centrale Russe, et est de surcroit un grand marché domestique, ce qui la protège plus des risques " protectionnistes ". Du point de vue politique, il semblerait que la future administration américaine pourrait avoir une approche plus souple pragmatique ou plus nuancée avec la Russie ce qui devrait permettre de réduire la prime de risque de ce pays.

Boursier.com : Etes-vous à l'achat sur les actions émergentes?

P.M. : Les valorisations relatives sont toujours plus favorables sur les marchés émergents que sur les marchés matures. La conjoncture mondiale semble mieux s'orienter et la liquidité devrait rester abondante. Autant d'éléments qui vont soutenir cette classe d'actifs... Toutefois nous restons "neutres" sur les émergents, en attendant de voir comment les premières mesures de la nouvelle administration Trump se déclineront par rapport au discours de campagne de ce dernier avant de prendre des paris plus forts sur la classe d'actifs ou sur certains des marchés la composant. Aujourd'hui, nous préférons des marchés plus défensifs par rapport à un risque politique accru et plus à même de bénéficier du programme Trump. Nous privilégions ainsi par exemple la Chine, l'Inde, la Russie au Brésil, Mexique ou Turquie...

Boursier.com : Quelles conséquences peuvent avoir sur les émergents le prolongement du "QE" de la BCE et l'annonce de 3 hausses de taux par la Fed en 2017?

P.M. : Le prolongement du "QE" de la BCE est une bonne nouvelle pour les actifs émergents et les actifs risqués en général, du moins à court/moyen terme. Car même si le montant du sous-jacent acheté par le QE est rétabli à son niveau antérieur de 60 MdsE, la liquidité continuera d'augmenter. Autre point positif le calendrier du QE est bien défini, ce qui permet de stabiliser les anticipations des acteurs de marchés. Toutes choses étant égales par ailleurs, les trois hausses de taux annoncées par la Fed pour 2017, et d'ailleurs deux hausses supplémentaires en 2018, vont augmenter le coût du financement de la dette externe en Dollars, surtout si ce dernier continue de se renforcer. En soit, ceci représente bien un frein pour les actifs émergents, surtout pour les plus fragiles d'entre eux. Nous avions déjà reflété cela dans nos portefeuilles avant la réunion de la Fed mi-décembre par, entre autres, notre sous pondération sur la Turquie, le Brésil ou le Mexique. Cela étant, quelques éléments de réflexion nous laissent penser que les choses pourraient ne pas se passer comme le marché l'anticipe actuellement. D'abord, les fragilités externes des marchés émergents se sont passablement réduites, depuis l'épisode du "tapering" de mai 2013. Les devises sont bien meilleures marché qu'elles ne l'étaient alors, les déficits courants se sont contractés en général et les émissions en Dollars sont pour beaucoup couvertes du risque de change. Ensuite, la Fed justifie sa hausse des taux, par ailleurs graduelle, par un renforcement de la croissance américaine. Ceci a dans le passé favorisé les actifs émergents lorsque ces derniers étaient en "discount" par rapport aux développés. C'est le cas aujourd'hui. Enfin, la Fed peut se tromper. Il est par exemple notable qu'elle justifie le durcissement de la politique monétaire par des prévisions de croissance et d'inflation très peu modifiées par rapport à celles de ses réunions précédentes, ou les taux ont été maintenus !

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