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Jean-Pierre Valensi, Associé KPMG Capital Market

Jean-Pierre Valensi Associé KPMG Capital Market

Les facteurs économiques et réglementaires demeurent très favorables aux introduction en Bourse

Boursier.com : Après l'excellent premier trimestre en matière d'introductions en Bourse, avez-vous le sentiment que les opérations vont continuer sur le même rythme au deuxième trimestre, et pourquoi pas sur le deuxième semestre ?

J-P.V. : Des facteurs économiques et réglementaires jouent en faveur de la poursuite de la bonne tendance. Il faut y ajouter une gestion de portefeuille, de la part de gérants, qui veulent aussi faire tourner leurs lignes. De l'autre côté de la barrière, un certain nombre d'entreprises souhaitent financer leurs projets de développement, des sociétés de toute taille. La conjonction des deux phénomènes doit permettre la poursuite des introductions. Mais comme toujours, en Bourse, les choses peuvent rapidement se gripper...

Boursier.com : Du point de vue réglementaire, en quoi y a-t-il désormais une facilitation des démarches pour les candidats à l'introduction ?

J-P.V. : L'AMF a pris le taureau par les cornes et a mis en place un plan pour faciliter la vie des valeurs moyennes. Le régulateur a en effet pris acte qu'une valeur moyenne, jusqu'à 1 MdE de capitalisation, ce n'est pas une grande entreprise et il faut lui faciliter la vie boursière. La règlementation donc a évolué favorablement, en faveur des sociétés. L'élaboration des documents de base a ainsi été simplifiée, pour permettre à l'entreprise de communiquer sur les éléments significatifs la concernant, sans la noyer dans un inventaire à la Prévert... Des travaux sont en cours pour poursuivre la rationalisation des démarches et rendre plus lisibles les recommandations de l'AMF. Un exemple, l'AMF demande 11 tableaux concernant les rémunérations des dirigeants et des mandataires sociaux. Simplifier cela irait dans le bon sens.

Boursier.com : La place parisienne sera-t-elle plus compétitive après ces simplifications ?

J-P.V. : L'AMF s'était aussi rendu compte que par rapport aux pratiques de marché d'autres bourses, certains freins rendaient la place de Paris moins compétitive. Suite à une consultation sur le sujet, un certain nombre de mesures pourraient être prises comme l'utilisation de la langue anglaise. Au lieu des deux documents en Français et Anglais, qui sont demandés aujourd'hui dans le cadre d'un placement en France et à l'étranger, l'AMF réfléchit à mettre la langue anglaise comme la langue unique.

Boursier.com : 2014 avait aussi un bon cru en termes d'introductions et de levées de fonds associées, mais les parcours boursiers des titres, dans la foulée, avaient été assez délicats, en raison sans doute de prix d'introduction trop élevés. Les dirigeants sont-ils plus raisonnables en 2015 ?

J-P.V. : Il faut que les investisseurs se fassent une conviction par rapport à leur achat et évitent d'être trop enthousiastes sur toutes les introductions en Bourse. C'est comme ça que le marché devient raisonnable ! Les vendeurs font évoluer leur comportement en fonction des acheteurs. Si toutes les entreprises trouvent preneur lors d'une introduction, les valorisations ne peuvent pas s'assagir... C'est une question de maturité des investisseurs particuliers. D'après notre étude, 60% des titres évoluent dans une fourchette -20% / +20%, 12 mois après l'introduction. Mais 30% sont en dessous de plus de 20%... Et ce malgré l'évolution favorable de la Bourse...

Boursier.com : Les sociétés biotechnologiques nombreuses à se financer en Bourse ont trouvé leur place à Paris, mais cette catégorie, à risque, n'est-elle pas porteuse de futures déceptions ?

J-P.V. : C'est très positif que la bourse parisienne puisse afficher un secteur d'activité biotech et medtech et que ces dernières puissent financer leurs projets. Il est évident que dans le lot de ces sociétés, certaines verront leur projet aboutir, d'autres ne rencontreront pas le succès. Et plus le segment, qui n'existait pas il y a 10 ans, se densifie en Bourse de Paris, plus il y a de chances d'en voir certaines réussir dans leurs projets et de risque que d'autres échouent...

Boursier.com : Il y a eu certes des introductions d'envergure comme Elis, Coface, Euronext, Worldline, ou même Viadeo, mais aucune opération n'a dépassé le Milliard d'Euro. Les grandes opérations semblent ne plus se faire à Paris, qui se spécialise en biotechs/medtechs...

J-P.V. : Il y a eu de grosses opérations d'entreprises chinoises aux Etats-Unis. Il y a une cohérence recherchée entre les marchés commerciaux et les marchés d'introduction en Bourse. Le Français Criteo a fait le choix de New York, son marché de référence étant les Etats-Unis. En outre, le marché américain valorise mieux les sociétés technologiques que le marché parisien. D'où la logique de redéploiement d'Euronext vers le segment technologique...

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