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Jean-Louis Mourier, Economiste chez Aurel BGC

Jean-Louis Mourier Economiste chez Aurel BGC

Le pays émergent le plus fragile du point de vue du risque crédit est probablement le Brésil

Boursier.com : Comment comprenez-vous l'angoisse actuelle des investisseurs... ?

J-L.M. : Ces inquiétudes sont causées par des craintes venues de Chine. Le dernier indice PMI manufacturier a déçu avec de nouveaux doutes quant à l'évolution de la croissance dans le pays... Par ricochet, l'évolution de l'activité dans les autres pays d'Asie tourmente aussi les opérateurs. Ces nouvelles interviennent alors que nombreux investisseurs considèrent que Wall Street est bien valorisé avec une correction qui commence à apparaître...

Boursier.com : La situation en Chine est-elle vraiment alarmante selon vous ?

J-L.M. : La croissance du PIB chinois sur l'année 2015 est ressortie en ligne, voire un peu au-dessus des attentes du FMI. Les ventes au détail ont également été en ligne avec les prévisions. En revanche, la production industrielle est apparue légèrement en-dessous des anticipations... Cette faiblesse de l'industrie en Chine porte sur la composante de l'économie la plus ouverte sur l'extérieur.

Boursier.com : Les prix du pétrole sont aussi devenus un problème...

J-L.M. : L'indicateur privilégié des risques existants sur les marchés financiers est constitué aujourd'hui par les cours du pétrole. Le niveau extrêmement bas des prix est lié à la rigidité de l'offre sur le court terme et à une demande qui reste molle. Le secteur de l'énergie occupe un poids important au sein des grands indices boursiers. Il y a un an, les analystes considéraient que la faiblesse des prix de l'or noir était un atout. La perception de ce phénomène a été radicalement modifiée depuis lors... La crise dans le secteur énergétique a des effets négatifs sur l'industrie américaine.

Boursier.com : Quels sont les autres impacts de la baisse des cours de l'or noir ?

J-L.M. : On a un risque financier qui s'exprime avec cette chute des cours... Les sociétés américaines spécialisées dans les huiles non conventionnelles ont été financées par le crédit "high yield". La baisse des prix pèse sur la rentabilité de ces entreprises avec des craintes d'assister à de fortes tensions. Quelques incidents sont déjà à signaler parmi ces sociétés appartenant au segment high yield...

Boursier.com : Quel est le prix d'équilibre du pétrole selon vous ?

J-L.M. : Ce prix d'équilibre est très difficile à estimer... Il repose sur l'évolution de la croissance mondiale, alors que plusieurs grandes économies traversent aujourd'hui une période compliquée. L'arrivée sur le marché des pétroles non conventionnels a contribué à bouleverser les anciens équilibres. Les sociétés américaines concernées ont réalisé de gros efforts pour réduire leur prix de revient, ce qui explique en partie pourquoi la production US de pétrole baisse relativement peu...

Boursier.com : Doit-on craindre un défaut sur un pays émergent ?

J-L.M. : Un risque de défaut sur un pays émergent est aujourd'hui relativement limité dans la mesure où la dette souveraine est majoritairement libellée en devise locale. Le pays émergent le plus fragile du point de vue du risque crédit est probablement le Brésil qui a d'ailleurs été dégradé en catégorie spéculative par les agences de notation. Les excédents que les pays producteurs de matières premières arrivaient à dégager du fait des prix élevés étaient placés sur les marchés financiers. Le déficit affiché par ces pays en raison de la baisse des cours des matières premières risque de les forcer à vendre des actifs avec un impact négatif supplémentaire sur les places boursières...

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