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Consultation
Anton Brender, Chef économiste chez Candriam

Anton Brender Chef économiste chez Candriam

Le conflit commercial va rester longtemps sur le devant de la scène!

Boursier.com : Faut-il avoir des craintes concernant la croissance économique mondiale ?

A.B. : Pour la première fois depuis des années, le FMI a révisé en baisse la croissance mondiale, notamment en raison des pays émergents dans lesquels la croissance a cessé d'accélérer. Les révisions concernent les économies dépendant le plus de l'épargne du reste du monde et celles connaissant des problèmes d'ordre politique : Iran, Argentine, Turquie... Il faut relativiser les conséquences sur l'économie mondiale puisque le poids des économies les plus vulnérables reste faible dans l'économie mondiale et parler d'un risque de crise des émergents est prématuré...

Boursier.com : Comment voyez-vous évoluer le conflit commercial Etats-Unis/Chine ?

A.B. : Le conflit commercial va longtemps rester sur le devant de la scène, même si une trêve de 90 jours vient d'être annoncée, ce qui va dans le bons sens. Mais plus que la réduction du déficit commercial américain, ce qui est en jeu, c'est le risque de dislocation des chaînes de production mises en place au fil des années et dont a bénéficié l'Asie... Il sera coûteux de rompre cette organisation économique de la production. La Chine a supplanté de nombreux pays exportateurs de biens intermédiaires aux Etats-Unis qui se retrouvent de facto dans une dépendance plus importante à la valeur ajoutée chinoise incorporée...

Boursier.com : La Chine ne va-t-elle pas souffrir de ce conflit ?

A.B. : La Chine est touchée au pire moment, alors qu'elle a freiné le phénomène de shadow banking... Elle va devoir faire face à la diminution des exportations et déjà on constate un début d'affaissement des indicateurs avancés de l'économie chinoise. Pour soutenir la croissance proche des 6%, les autorités vont devoir stimuler l'endettement des PME et des ménages par le déficit public.

Boursier.com : Et quid de la croissance des Etats-Unis... Y a-t-il un risque de récession?

A.B. : Il n'y a aucune raison de s'attendre à une récession à court terme, 2019 ou 2020. Sauf choc de confiance, la croissance devrait atteindre 3% en 2018 et 2,6% en 2019. Etant donné la surchauffe que connaît l'économie américaine, et les difficultés sur le marché de l'emploi, la Fed va poursuivre la remontée de ses taux d'intérêt, jusqu'à ce que l'économie freine. Le signal proviendra du ralentissement des créations d'emploi.

Boursier.com : Qu'attendre de l'économie de la zone Euro dans ce contexte ?

A.B. : La zone Euro est extrêmement vulnérable au ralentissement du commerce extérieur. L'incertitude liée à cette guerre commerciale et la Chine qui pourrait consommer plus de produits américains la fragilisent. On a pu en avoir un aperçu avec le décrochage des ventes de véhicules en Chine... En outre, au sein de la zone Euro, les problèmes de divergences de croissance entre les différentes économies vont se poser à moyen terme.

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