Pourquoi le prix du gaz flambe

Pourquoi le prix du gaz flambe

La reprise économique s'accompagne d'une forte demande mondiale d'énergie, faisant exploser les prix du pétrole et du gaz. A l'approche de l'hiver, les gouvernements s'efforcent d'en réduire l'impact sur les ménages. Mais comment en est-on arrivé là?

Pourquoi le prix du gaz flambe
Crédit photo © Reuters

(Boursier.com) — Après la brutale récession de 2020 liée à la crise du coronavirus, la reprise économique mondiale observée en 2021 a surpris les économistes par sa vigueur... La forte demande mondiale a entraîné une flambée des cours des matières premières, à commencer par le pétrole et le gaz, qui font désormais craindre le retour de l'inflation, qui était restée sage depuis des décennies...

Dans des marchés mondiaux interconnectés, des phénomènes lointains, comme le manque de charbon en Chine, ont accru la demande d'autres sources d'énergie, comme le pétrole et de gaz, alimentant la flambée des cours. Et alors que l'hiver approche, de nombreux pays craignent les conséquences sociales de cette envolée des prix, et mettent en place des mesures d'aide, en tablant sur une accalmie anticipée par les experts au printemps prochain...

Le gaz bat des records, le pétrole au plus haut depuis 2014

Ainsi, les prix du gaz en Europe ont plus que quadruplé depuis le début de l'année 2021, atteignant des record historiques ces derniers jours. Ils sont ainsi passés de 19,12 euros par megawattheure à 83,70$ vendredi 8 octobre pour le cours européen de référence, le TTF néerlandais, qui a même dépassé brièvement les... 160$ le 6 octobre en séance, avant de retomber.

Aux Etats-Unis, la hausse est moins spectaculaire, mais les cours ont tout de même plus que doublé depuis le 1er janvier pour atteindre vendredi soir 5,6$ par million de BTU (British Thermal Unit) pour le contrat à terme d'octobre sur le Nymex, au plus haut depuis décembre 2008.

Quant au pétrole, le Brent de la Mer du Nord comme le brut léger américain WTI ont grimpé de plus de 60% depuis le début 2021, et pointent respectivement au plus haut depuis trois ans pour le Brent à plus de 83$ le baril, et depuis 7 ans pour le WTI qui a fini la semaine passée à 79,35$ le baril (contrat à terme de novembre sur le Nymex).

Pour les consommateurs, la hausse des prix de l'énergie a été spectaculaire... Les factures d'électricité ont ainsi explosé de plus de 35% en un an en Espagne, et l'Italie a augmenté ses tarifs pour le gaz de 30% et de 40% pour l'électricité, d'un semestre sur l'autre. En France, le tarif réglementé du gaz a flambé de 76% depuis le 1er janvier 2021, en comptant la hausse de 12,6% survenue le 1er octobre...

Une demande mondiale en nette hausse et des stocks bas

La reprise plus vigoureuse que prévu, après la paralysie provoquée en 2020 par la crise du coronavirus, a entraîné un rapide recul des stocks mondiaux de pétrole et de gaz, alors que dans le même temps, la production a augmenté plus lentement, en partie pour des raisons politiques, les grands pays producteurs d'énergie ayant souffert pendant des années du bas niveaux des prix...

Ces prix bas ont contribué à un net recul des investissements, aggravé par un contexte mondial où certains pays ont entamé une transition pour sortir progressivement des énergies fossiles.

Sur les marchés mondiaux, la très forte demande d'énergie de la Chine a entraîné ces derniers mois une pénurie d'électricité, aggravée par un approvisionnement en charbon insuffisant et le durcissement de la réglementation anti-pollution. Conséquence : les centrales électriques se sont tournées vers des alternatives aux charbon, à commencer par le gaz, contribuant à faire grimper les prix. A l'approche de l'hiver, Pékin a demandé la semaine dernière aux groupes nationaux de gaz et d'électricité de constituer "à tout prix" des stocks pour l'hiver. Le vice-Premier ministre, Han Zheng, leur a même enjoint d'augmenter les importations de gaz naturel liquéfié... une denrée également très demandée en Europe.

L'ouverture du marché européen du gaz à la concurrence

Si la hausse des prix du gaz est mondiale, ce marché est très segmenté selon les régions du monde. L'Europe est ainsi passée en quelques années d'un système fondé sur des contrats de long terme (jusqu'à 25 ans) passés de gré à gré entre les grandes sociétés importatrices (souvent des monopoles nationaux) à un système de marché ouvert à la concurrence. Ainsi, le gaz s'échange désormais à la fois sur des marchés "spot" (c'est à dire pour livraison immédiate) et des marchés dérivés avec des contrats à terme, dont le principal est le TTF (Title Transfer Facility) aux Pays-Bas, qui sert de référence.

Cette évolution a permis à de nombreux acteurs de l'énergie d'acheter ou de vendre du gaz, mais elle accroît l'instabilité des cours, qui se répercute sur le marché international et européen.

Contrairement aux Etats-Unis, l'Europe importe la quasi-totalité de ses besoins en gaz, dont la moitié provient de la Russie (où la société d'Etat Gazprom détient le monopole), une autre partie de l'Algérie et de Libye. Mais un tiers de ses importations est acheté sur le marché mondial sous la forme de GNL (gaz naturel liquéfié), qu'il faut ensuite regazéifier pour le mettre dans les réseaux, avec à la clé un coût supplémentaire.

Le rôle prépondérant du gaz russe en Europe

La géopolitique joue un rôle non négligeable sur les cours du gaz en Europe, où la moitié des importations provient du monopole d'Etat russe Gazprom, dont le dirigeant est un proche du président russe Vladimir Poutine. Ces dernières années, la construction du gazoduc Nord Stream 2, qui relie la Russie à l'Allemagne via la mer Baltique (et non via l'Ukraine) a été l'objet de vives tensions diplomatiques entre l'Europe, l'Ukraine, la Russie et les Etats-Unis, qui ont retardé le projet en sanctionnant les entreprises qui collaboraient avec la Russie à la fabrication du nouveau gazoduc. "Nord Stream 2" a été finalement terminé il y a quelques semaines mais il n'est pas encore opérationnel.

Accusée d'aggraver la crise du gaz en refusant d'alimenter les marchés "spot", la Russie réfute tout responsabilité et renvoie la balle dans le camps des Européens... Le 6 octobre, Vladimir Poutine a ainsi jugé que l'Europe était responsable de la situation, actuelle, car elle n'avait pas conclu suffisamment de contrats de livraison à long terme avec Moscou, favorisant ainsi l'envolée record des prix.

De fait, les Russes ont honoré leurs contrats puisque "Gazprom a fourni les grandes sociétés importatrices en Europe en gaz naturel. Par contre, Gazprom n'a pas alimenté le marché spot et c'est sur ce marché qu'ont eu lieu les tensions sur les prix", a relevé Philippe Chalmin, économiste et spécialiste des marchés de matières premières, dans un entretien fin septembre avec la chaîne 'TV5 Monde'.

Le 7 octobre, le vice-Premier ministre russe, Alexandre Novak, a souligné que la mise en service de Nordstream 2 pourrait réduire les tensions sur les prix du gaz en Europe, et a souligné que cette ouverture dépendait du feu vert des autorités de régulation allemandes.

L'Europe à la recherche de solutions

Face à la flambée des prix de l'énergie, une vingtaine de pays de l'Union européenne ont pris des mesures pour réduire l'impact pour leur population de ces hausses. En France notamment, le Premier ministre Jean Castex a annoncé la mise en place d'un "bouclier tarifaire" visant à lisser la hausse des prix jusqu'au printemps 2022, date à laquelle les cours devraient connaître une détente, selon les experts.

Lors d'un sommet européen prévu les 21 et 22 octobre, les dirigeants des 27 pays de l'UE devraient notamment discuter de la possibilité d'acheter du gaz en commun à l'échelle de plusieurs pays européens, selon des informations publiées vendredi par 'Bloomberg'.

La Commission européenne plancherait aussi sur une "boîte à outil" pour empêcher une crise énergétique de faire dérailler la reprise économique, incluant des baisses de taxes, des soutiens directs aux ménages les plus vulnérables ainsi que des aides aux entreprises, selon des sources citées par l'agence de presse. La Commission encouragera aussi les Etats membres à soutenir une accélération de la transition de leurs économies vers les énergies renouvelables.

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