Pourquoi la France pratique moins le télétravail que ses voisins européens

Pourquoi la France pratique moins le télétravail que ses voisins européens

C'est en Allemagne et en Italie que les adeptes sont les plus nombreux (respectivement 61% et 56% des actifs), selon une étude.

Pourquoi la France pratique moins le télétravail que ses voisins européens
Crédit photo © Reuters

(Boursier.com) — Le recours au télétravail s'est fortement accéléré depuis le début de la crise sanitaire. Début janvier, face à une cinquième vague particulièrement agressive de contaminations au coronavirus, le gouvernement a annoncé l'obligation de porter le télétravail à trois ou quatre jours par semaine dans les entreprises qui le peuvent.

Pourtant, les Français ont moins recours au télétravail que leurs voisins européens, selon une étude de l'Ifop pour la Fondation Jean Jaurès publiée mercredi et menée en Allemagne, Espagne, France, Italie et au Royaume-Uni. "C'est en Allemagne et en Italie que cette organisation est le plus pratiquée par une majorité d'actifs (respectivement 61% et 56%). Cet étiage atteint 50% au Royaume-Uni tandis qu'il devient minoritaire en Espagne (43%) et surtout en France (34%)", peut-on lire dans ce document.

En France, la fréquence de pratique est également "moindre". Alors que dans les autres pays européens, la proportion de télétravailleurs quatre à cinq jours par semaine est supérieure à celle y ayant recours deux à trois jours, c'est l'inverse dans l'Hexagone (11% le font quatre à cinq jours par semaine, et 14% deux à trois fois). Aux deux extrémités, en Italie, 30% des actifs en poste y ont recours quatre à cinq jours par semaine et 17%, deux à trois fois...

Clivage entre les catégories socio-professionnelles

Dans les cinq pays, les catégories supérieures ont davantage accès au télétravail au moins un jour par semaine que les catégories populaires. C'est en France que le clivage est le plus fort. Alors que l'écart entre les deux catégories n'est "que" de 8 points en Italie, pays où l'accès au télétravail est donc le plus homogène socialement (avec des taux hebdomadaires qui concernent 56% des CSP+ et 48% des CSP-), il atteint, à l'autre extrémité, 39 points en France (56% des CSP+ et 17% des CSP-).

L'âge constitue l'autre grande variable discriminante dans la pratique du télétravail... La France se distingue encore une fois avec, cette fois-ci, une plus grande homogénéité de pratique selon l'âge. 31% des moins de trente-cinq ans travaillent à distance au moins une fois par semaine contre 28% des cinquante ans et plus.

A contrario, cette différence est plus forte ailleurs et particulièrement au Royaume-Uni où 58% des moins de trente-cinq ans y ont recours au moins une fois par semaine contre 31% des cinquante ans et plus, soit une différence de 27 points.

Frustration

Interrogés sur le nombre de jours souhaité dans l'idéal, une proportion importante des interviewés des cinq pays souhaiterait le pratiquer au moins une journée par semaine : 80% en Espagne (+44 points par rapport à la pratique réelle), 74% en Italie (+24 points), 62% au Royaume-Uni (+20 points), 69% en Allemagne (+18 points) et 69% également en France (+40 points).

Il ressort de la comparaison entre fréquence idéale et fréquence réelle de télétravail que les frustrations sont surtout exacerbées en France et en Espagne avec des différentiels moyens respectifs de 0,9 et 1,3 jour. En Italie, l'écart n'est que de 0,5 jour entre la fréquence réelle et la fréquence désirée, tandis qu'au Royaume-Uni et en Allemagne, il est de 0,4 jour.

Désir d'équilibre

La fréquence moyenne idéale de télétravail souhaité oscille ainsi entre 1,8 jour par semaine en France, et 2,7 en Espagne. Au milieu, elle est de 2 jours par semaine au Royaume-Uni, 2,2 jours en Allemagne et 2,4 jours en Italie.

"C'est donc en France que le nombre de jours de télétravail souhaité est le plus faible. Une hypothèse d'explication réside dans le fort clivage social observé précédemment. Il en résulterait une forme de résignation partagée par une partie des actifs qui aurait intégré le fait qu'elle y serait difficilement éligible", estime l'Ifop.

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