Pénuries alimentaires : vers une crise majeure dès cet été ?

Pénuries alimentaires : vers une crise majeure dès cet été ?

Guerre en Ukraine, canicules, Covid, le cocktail se met en place pour assister à une crise mondiale

Pénuries alimentaires : vers une crise majeure dès cet été ?
Crédit photo © Reuters

(Boursier.com) — "Il ne manquerait plus qu'une canicule en Europe et le cocktail serait complet pour assister à une crise alimentaire mondiale historique"... Cette remarque d'un trader sur les matières premières vient alimenter les discussions sur de probables pénuries alimentaires qui se profilent à l'horizon... Sur les marchés, les cours du blé ont rejoint des sommets en début de semaine après l'annonce par l'Inde de l'interdiction de ses exportations, tandis que l'invasion militaire de l'Ukraine par la Russie menace les futures récoltes. "L'embargo indien est justifié par la vague de chaleur qui devrait réduire la production nationale. Or, certains pays comptaient sur Delhi pour compenser la chute de la production de blé ukrainien".

50 degrés à l'ombre !

Les températures ont atteint les 50 degrés dans certaines régions indiennes ces dernières semaines, tandis qu'en Europe, les prévisionnistes tirent la sonnette d'alarme : en France comme aux Etats-Unis, plusieurs grandes régions productrices souffrent déjà de la sécheresse, ce qui compromet d'autant les prévisions de production. Pour certains experts, ce début de saison ressemble à celle de 1976...

"Pas d'amortisseurs"

De son côté, le ministère de l'Agriculture américain avait annoncé la semaine dernière que les stocks mondiaux devraient tomber sur la période 2022-2023 à leur plus bas niveau depuis six ans... "Il y a une conjonction de facteurs inédits qui est très inquiétante" commente un analyste basé à Londres. Les foyers de Covid en Chine ont du mal à se dégonfler, tandis que la Corée du Nord a confirmé son premier foyer d'infections, déclarant la "plus grave urgence nationale" et imposant un confinement généralisé.

Là-bas aussi, l'épidémie survient alors que le pays intensifie sa lutte contre la sécheresse, Kim Jong-un ayant mis en garde contre une situation alimentaire "très tendue".

"En Corée du Nord, l'activité économique nécessite de nombreux déplacements de personnes, et il ne faut pas s'attendre à des échanges commerciaux ou à une aide importante de la part de la Chine" estime ainsi Lim Eul-chul, professeur d'études nord-coréennes à l'Université Kyungnam en Corée du Sud. "L'activité agricole pourrait être réduite et la distribution d'engrais, de matières premières et d'équipements deviendrait difficile", estime-t-il...

Pays "à risque"

En Ukraine, le rendement de la prochaine moisson de blé devrait baisser sensiblement par rapport à 2021. Le pays serait en capacité de produire 21 millions de tonnes de blé sur l'année en cours, soit 12 millions de moins qu'en 2021. Plus globalement, entre 20% et 30% des champs de céréales d'hiver, de maïs et de tournesol ne seront pas plantés ou récoltés en Ukraine pendant la saison 2022-23, tandis que les exportations russes devraient être encore gravement perturbées par les sanctions internationales.

Tandis que Moscou maintient son blocus des ports ukrainiens, les échanges commerciaux se font très difficilement... Les pays les plus à risque de par leur grande dépendance alimentaire sont ici l'Egypte, la Somalie ou encore la République démocratique du Congo. "Nous nous engageons à travailler ensemble pour assurer qu'il y ait de la nourriture en quantité suffisante pour tout le monde, y compris les plus pauvres, les plus vulnérables et les personnes déplacées", ont annoncé les 51 membres de l'Organisation mondiale du commerce dans un communiqué récent, promettant aussi de garder les marchés alimentaires ouverts...

Flambée des prix

Les prix alimentaires mondiaux pourraient enregistrer des hausses comprises entre 8% et 20% dans le sillage de la guerre en Ukraine, a estimé l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), qui alerte sur une progression prévisible de la malnutrition à l'échelle mondiale. Rappelons que la Russie est le premier exportateur mondial de blé et que l'Ukraine se situe à la cinquième place : Ensemble, les deux pays fournissent plus du tiers des exportations mondiales de céréales (19% pour l'orge, 14% pour le blé et 4% pour le maïs). "Les probables perturbations des activités agricoles de ces deux exportateurs majeurs de produits de base pourraient sérieusement aggraver l'insécurité alimentaire à l'échelle internationale", avait prévenu le mois dernier le directeur général de la FAO, Qu Dongyu.

Dans son évaluation préliminaire de l'impact de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, la FAO soulignait les incertitudes qui entourent les récoltes en Ukraine, mais aussi les exportations agricoles russes, sans compter que la Russie est également un exportateur majeur de produits fertilisants...

Désastre en vue ?

Toujours d'après la FAO, 50 pays, dont une bonne partie figurent parmi les plus pauvres du monde, dépendent de la Russie et de l'Ukraine pour 30% au plus de leur approvisionnement en blé et vont donc être particulièrement vulnérables face à la crise en cours... "8 à 13 millions de personnes supplémentaires pourraient souffrir de sous-nutrition à travers le monde en 2022/23", alerte la FAO en précisant que la progression de la malnutrition sera particulièrement marquée dans les régions d'Asie-Pacifique et d'Afrique subsaharienne...

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