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Logistique : vers la fin de la mondialisation ?

Logistique : vers la fin de la mondialisation ?

Les problèmes d'approvisionnement ont touché les entreprises de plein fouet...

Logistique : vers la fin de la mondialisation ?
Crédit photo © Exel Industries

(Boursier.com) — Puces électroniques, matériaux de construction, matières premières, médicaments et même moutarde... Qui n'a pas entendu parler de pénurie depuis la crise sanitaire et le début de la guerre en Ukraine ? Depuis plusieurs mois la liste s'allonge et les prix s'affolent : Selon un rapport publié par un cabinet Accenture, le coût des ruptures des chaînes d'approvisionnement pourrait représenter une perte cumulée du PIB de l'ordre de 920 milliards d'euros pour l'ensemble de la zone euro d'ici 2023. Cette perte potentielle équivaudrait à près de 8% du produit intérieur brut de la zone euro...

Depuis la fin du siècle dernier, le monde des affaires s'est internationalisé à l'extrême, à la recherche de moindres coûts de production, grâce à des prix de transports toujours plus compétitifs... Un mécanisme qui s'est grippé, au point de rendre certains pays européens dépendants de l'Asie pour la production de biens aussi simples que le paracétamol, comme on a pu le constater dès le début de la crise sanitaire en 2020 qui a servi de révélateur et d'accélérateur, alors que certaines tensions étaient déjà perceptibles depuis plusieurs années.

Dans l'esprit des Français, avant même la crise du Covid, l'image de la mondialisation était déjà largement écornée : Interrogés par OpinionWay avant la crise sanitaire, 60% des sondés avaient déjà une mauvaise opinion de la mondialisation, voire une " très mauvaise opinion " pour 14% d'entre eux... Plus encore, au-delà des inégalités qu'elle engendre, "la mondialisation nuit à l'environnement et favorise l'uniformisation des modes de vie alors qu'elle ne contribue que partiellement à l'amélioration des conditions de vie", estimaient les personnes interrogées. Ainsi, 66% des Français souhaitent que des règles plus strictes soient imposées sur les produits en circulation...

Les problèmes d'approvisionnement ont touché les entreprises de plein fouet

L'été dernier en France, tous secteurs confondus, les pénuries ont touché jusqu'à 60% des entreprises industrielles et 56% des entreprises du bâtiment, selon une étude de la Banque de France. Les grèves qui s'étendent depuis le mois de septembre dans le secteur de l'énergie menacent désormais de paralysie certains pans entiers de l'économie : En première ligne, le secteur agroalimentaire, déjà pénalisé par la guerre en Ukraine, Kiev et Moscou étant de gros producteurs de céréales et d'huiles alimentaire...

Autre acteur durement touché : l'automobile. Déjà en manque de semi-conducteurs depuis le début de la crise du coronavirus, l'industrie a ensuite subi des pénuries d'acier et de métaux rares en raison de la guerre dans l'est de l'Europe, puis des multiples confinements en Chine.

Pour contourner certaines pénuries et l'envolée des prix, les gouvernements occidentaux appellent à la relocalisation des productions : plus facile à dire qu'à faire ! L'idée a été relancée dès le début de la crise du coronavirus, sur fond de pénurie de médicaments, particulièrement inquiétante au coeur d'une pandémie mondiale. Ainsi, la France a-t-elle rapidement mis sur pied un plan d'action pour la relocalisation des industries de santé en France, avec un objectif : "gagner en indépendance industrielle et sanitaire".

Deux axes de travail

Deux axes de travail ont par la suite été mis en avant : augmenter la production de médicaments et renforcer la recherche, mais aussi mettre en place une coordination européenne pour soutenir la capacité de l'UE à faire face à des crises sanitaires...

Selon le cabinet AgileBuyer et le Conseil national des achats, 47% des entreprises françaises souhaitaient au printemps 2022 rapatrier une partie de leurs achats au plus près de leur lieu de production. Agroalimentaire et hôtellerie-restauration, industrie automobile, métallurgie, mais aussi mode et luxe... D'après cette étude, tous les secteurs sont concernés, la finance et l'informatique/télécoms étant néanmoins globalement épargnés.

L'idée d'une relocalisation est loin d'être nouvelle puisque dès 2013, le ministre du Redressement productif de l'époque, Arnaud Montebourg, avait lancé le fameux logiciel Colbert 2.0, qui devait permettre aux entrepreneurs de "tester le potentiel de relocalisation productive sur le territoire national"...

Ce logiciel permettait notamment aux entreprises d'évaluer les coûts "cachés" d'une installation à l'étrange en prenant en compte la hausse des coûts salariaux dans les pays émergents, l'augmentation des tarifs des transports, des prix de l'énergie ou encore des coûts du capital...

Plus près de nous, sur fond de crise du Covid, mi-2020, Emmanuel Macron a présenté un plan de relance de 100 milliards d'euros avec un volet de 15 milliards d'euros dédié à l'investissement et aux relocalisations.

"Cette stratégie France Relance, ça n'est pas pour faire face aux difficultés du moment, ça nous l'avons déjà fait, mais préparer la France de 2030 pour plus d'indépendance et donc les relocalisations, pour bâtir un monde d'avenir, fondé sur le savoir, sur l'écologie et sur les compétences", a expliqué le chef de l'Etat.

Dans le secteur de la santé et des médicaments, l'objectif est en particulier de "réduire drastiquement les délais" d'obtention des autorisations temporaires d'utilisation (ATU), qui permettent d'utiliser de façon exceptionnelle des traitements ne bénéficiant pas encore d'une autorisation de mise sur le marché (AMM).

Vers un rapatriement de la moutarde en guise de symbole ?

Les prises d'initiatives se sont donc multipliées ces derniers mois, dans des domaines aussi divers que l'industrie, la mode, ou l'agriculture... Certains exemples, qui pourraient sembler anecdotiques, montrent que le mouvement est bien lancé : Face à une pénurie de moutarde dans les rayons des supermarchés français, les cultivateurs bourguignons de graines utilisées pour la fabrication du condiment ont ainsi décidé de doubler leur production... Les fabricants ont en effet été privés d'une partie de la récolte canadienne après des épisodes de très forte chaleur dans le pays en 2021...

Mais ce qui est possible pour la moutarde est-il adaptable à tous les produits ? "Si on produit en Chine où à l'autre bout du monde, c'est parce que cela coûte moins cher", rappelle Sylvain Bersinger, du cabinet Asterès. "Quand le prix du fret était un peu élevé, cela rebattait les cartes, mais maintenant que la situation est revenue quasiment à la normale, le problème c'est l'inflation", selon l'économiste. Difficile en effet, dans le contexte de flambée actuelle, de demander aux consommateurs de payer 15 ou 20% plus cher leurs chemises car elles vont être produites en France...

"Les consommateurs vont continuer d'acheter chinois ou bengalais... Si on a inventé la mondialisation, c'est parce que la spécialisation par pays coûte beaucoup moins cher. Cette raison existe toujours, même si elle est fragilisée par la guerre en Ukraine, et un contexte qui fait que le commerce peut être bloqué pour des raisons géopolitiques" poursuit l'économiste qui met notamment en garde face à la situation "hautement inflammable" entre la Chine et Taïwan. "Si demain Pékin attaque, cela entraînera des sanctions commerciales, qui peuvent changer beaucoup de choses... Le conflit entre la Russie et l'Ukraine pose des problèmes d'importation de gaz et de pétrole, mais avec la Chine, c'est une multitude de produits qui viendraient à manquer". Pour Sylvain Bersinger, ce conflit constitue donc le gros facteur d'incertitude aujourd'hui...

L'énergie au coeur de l'équation à résoudre

L'invasion de l'Ukraine par la Russie a profondément bouleversé le secteur énergétique, en particulier en Europe. Elle s'est traduite par un affolement des prix du gaz et de l'électricité et par la mise en place d'un " bouclier " à l'attention des particuliers à l'image de la France qui a pu limiter par ce biais l'envolée des factures énergétiques.

Selon le ministère de l'industrie, près de 300 entreprises, parmi les plus énergivores, comme les producteurs d'aluminium ou d'ammoniac, les briqueteries, pourraient mettre en veille leur production pendant quelques semaines cet hiver si les prix de l'électricité venaient à demeurer élevés. Chez certains groupes verriers, la production est déjà arrêtée ou au mieux allégée...

Pour faire face à court terme à cette situation de tension extrême, la "mobilisation générale", avec pour mot d'ordre la sobriété énergétique, a été décrétée par les gouvernements européens. La France par exemple souhaite réduire de 10% d'ici à deux ans sa consommation d'énergie par rapport à celle enregistrée en 2019, et l'Europe de 15% sa consommation de gaz entre le 1er août 2022 et le 31 mars 2023...

Les groupes industriels de leur côté multiplient les initiatives pour améliorer leur efficacité énergétique : Michelin, dont la plupart des usines sont alimentées par des chaudières au gaz, fera appel au fuel comme combustible de remplacement en cas de rupture, et le pneumaticien travaille à plus long terme à l'électrification de ses fours. Forvia (ex-Faurecia), de son côté, veut diminuer de 22% sa consommation d'énergie d'ici à fin 2023, et produire à cette échéance 7% de ses besoins électriques. Outre le recours accru au télétravail et la modification des heures de travail dans les usines, Airbus s'est aussi mis en quête de fournisseurs d'électricité alternatifs pour moins dépendre du gaz pour ses besoins en électricité...

Ces tensions géopolitiques vont aussi accélérer la transition écologique. Pour accroître leur indépendance au gaz russe, les pays européens vont chercher à produire sur leur territoire l'énergie dont ils ont besoin. Cette recherche de la souveraineté énergétique nécessitera le déploiement à grande échelle des énergies renouvelables, d'autant qu'elles sont devenues très compétitives en termes de prix avec la flambée des prix du gaz. Les procédures pour décider de l'implantation d'une ferme éolienne ou solaire devraient être accélérées par les Etats membres de l'Union pour diminuer le délai d'études des projets...

Du temps au temps...

Enfin, ces différentes crises (pandémie, guerre en Ukraine, ...) font prendre conscience aux Etats de l'urgence de devenir autonomes dans certains secteurs critiques : santé, composants électroniques, matières premières.... Mais le mouvement de réindustrialisation va prendre du temps, car il est freiné par les coûts de production plus élevés dans les pays occidentaux. Selon le cabinet Trendeo, 46 relocalisations (il s'agit d'activités développées à l'étranger qui ont été rapatriées ou internalisées) ont eu lieu en 2021 dans l'Hexagone, un niveau relativement modeste qu'il faut néanmoins comparer à la moyenne d'avant la crise sanitaire de moins de 10.

Plus sûrement, selon la PDG de la banque américaine Citi, Jane Fraser?: "il y a un rééquilibrage en faveur des pays proches des grands lieux de consommation dotés de bonnes infrastructures et d'une main d'oeuvre de qualité". En d'autres termes, pour atténuer les risques politiques et logistiques, les entreprises ont décidé de diversifier leurs fournisseurs et de rapprocher leur production des zones de consommation.

Les grands gagnants pour le moment sont... le Mexique pour son accès facilité au marché américain, l'Inde et le Vietnam pour les groupes voulant s'émanciper de la Chine. Selon JPMorgan par exemple, 5% de la production de l'iPhone 14 devrait être transférée en Inde à partir de la fin de l'année, un niveau qui devrait atteindre 25% en 2025, et ce au détriment de la Chine... Parler de relocalisation massive est donc sans doute prématuré, mais une redistribution des cartes a bel et bien commencé !

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Qui n’a pas entendu parler des ruptures de chaînes d’approvisionnement depuis la crise sanitaire et le début de la guerre en Ukraine ? Pénurie de puces électroniques ou de médicaments, manque de bois, de gaz, ou de certaines denrées alimentaires… La liste est longue et les prix s’envolent face à certaines pénuries ! Le coût des ruptures des chaînes d’approvisionnement pourrait représenter une perte cumulée du PIB de l’ordre de 920 milliards d’euros pour l’ensemble de la zone euro d’ici 2023, ...

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