Les "superprofits" des entreprises existent-ils vraiment ?

Les "superprofits" des entreprises existent-ils vraiment ?

À l'occasion du lancement de son nouveau site, l'Observatoire des multinationales se penche sur les rapports financiers semestriels du CAC40.

Les 'superprofits' des entreprises existent-ils vraiment ?
Crédit photo © Reuters

(Boursier.com) — À l'occasion du lancement de son nouveau site, l'Observatoire des multinationales s'est penché sur les rapports financiers semestriels du CAC40. Depuis plusieurs semaines, la polémique enfle autour de ce sujet brûlant, Bruno Le Maire ayant même pris ses distances avec Elisabeth Borne, en affirmant ne pas savoir ce qu'est un "superprofit".

"Je ne sais pas ce que c'est qu'un superprofit... Je sais que les entreprises doivent être profitables, c'est tout ce que je sais", avait-il lancé en marge de l'événement REF du Medef le mois dernier, excluant ainsi cette mesure réclamée en particulier par la NUPES.

À près de 73 milliards d'euros au premier semestre 2022, les profits du CAC40 ont en attendant progressé de 23% par rapport au premier semestre 2021, de 53% par rapport au premier semestre 2019, et représentent plus de quatre fois les bénéfices réalisés durant la première moitié de 2020, en pleine première vague de la pandémie de Covid-19...

Malgré la Russie...

Plusieurs groupes du CAC40 ont enregistré au premier semestre 2022 des pertes liées à leurs cessions d'actifs en Russie du fait des sanctions occidentales, comme Renault ou la Société générale, mais cela a peu affecté la dynamique de croissance générale des profits : Sans la dépréciation partielle de ses actifs en Russie, TotalEnergies aurait même enregistré 18 milliards d'euros de profits au premier semestre, davantage que pour toute l'année 2021 qui était pourtant son record historique de bénéfices...

Au-delà des cas très médiatisés de TotalEnergies (10,4 milliards de profits consolidés au 1er semestre) ou CMA-CGM (14,8 milliards de bénéfices sur la première moitié de l'année), bien d'autres groupes affichent des résultats record, dans des secteurs pourtant peu exposés dans le contexte géopolitique actuel, comme Stellantis (8 milliards de bénéfices sur 6 mois), ArcelorMittal (7,7 milliards), LVMH (6,5 milliards) ou BNP Paribas (5,3 milliards).

Taux de profitabilité

Les groupes du CAC40 qui ont affiché les profits les plus importants au premier semestre 2022 connaissent une augmentation spectaculaire de leur taux de profitabilité : Celui de STMicroelectronics est passé de 4,2% en 2015-2019 à 26,4% en 2022, celui d'ArcelorMittal de 3,1 à 18,1%, une multiplication par 6, celui d'Engie de 4,1 à 11,6%, et celui de Stellantis de 4% à 9%.

Chez TotalEnergies, la hausse du taux de profitabilité est réelle mais plus modeste : de 5,9 à 7,6%. Hors CAC40, CMA-CGM a connu, certes, une augmentation continue de son chiffre d'affaires, mais a surtout aussi vu exploser son taux de profitabilité. Alors que celui-ci était en moyenne de 0,7% entre 2015 et 2019, il atteint pas moins de 39,3% au premier semestre 2022...

L'Observatoire des multinationales poursuit : "Parmi les principaux "superprofiteurs" du CAC40, STMicroelectronics, entreprise franco-italienne, est une société de droit néerlandais ayant son siège social en Suisse, Stellantis a son siège social aux Pays-Bas et ArcelorMittal au Luxembourg, deux pays également réputés pour leurs régimes fiscaux avantageux pour les multinationales. Leur taux réel d'imposition sur les profits en 2021 est d'ailleurs parmi les plus bas du CAC40 - entre 13 et 14% pour les trois groupes... La question des "superprofits" est donc bien aussi un enjeu de justice fiscale, et le débat sur leur taxation n'en apparaît que plus légitime" estime l'organisme...

Elisabeth Borne "ne ferme pas la porte" !

L'idée d'une taxe sur les super profits fait débat depuis plusieurs semaines en France, y compris au sein de la majorité... La Première ministre Elisabeth Borne s'est exprimée sur la question en affirmant ne pas être "hostile" à ce principe... "Je ne ferme pas la porte à taxer les superprofits", a-t-elle affirmé, estimant que "personne ne comprendrait que des entreprises dégagent des profits exceptionnels alors même que les Français peuvent être inquiets pour leur pouvoir d'achat".

Toutefois, elle a jugé plus efficace une baisse volontaire des prix par les entreprises afin de protéger le pouvoir d'achat des consommateurs. "Mais je pense que le plus efficace et le plus concret pour les Français, c'est quand une entreprise, quand elle le peut, baisse les prix pour le consommateur et donne du pouvoir d'achat à ses salariés", avait-elle ajouté...

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