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La rigueur budgétaire, une 'boulette' d'universitaires ?

La rigueur budgétaire, une 'boulette' d'universitaires ?

Nouveau pavé dans la mare...

La rigueur budgétaire, une 'boulette' d'universitaires ?
Crédit photo © Reuters

(Boursier.com) — Un nouveau pavé dans la mare des politiques d''austérité ! Les travaux de Kenneth Rogoff et de Carmen Reinhardt, tous deux économistes à Harvard, qui justifiaient le rigueur budgétaire à tout crin, viennent d'être contredits par un professeur de l'Université Amherst du Massachusetts. Michael Ash, alerté par un de ses élèves sur d'apparentes anomalies, a refait les calculs de l'étude Rogoff-Reinhardt avec deux autres collègues, et a conclu qu'ils étaient truffés de "graves erreurs". Or, cette affaire va plus loin qu'une simple querelle d'universitaires, dans la mesure où l'étude Rogoff/Reinhardt a été largement citée pour justifier les politiques d'austérité depuis 2008 un peu partout dans le monde, en particulier en Europe...

Poids de la dette

Les deux économistes de Harvard concluaient que les périodes où la dette publique des pays riches avait dépassé 90% de leur produit intérieur brut correspondaient, en moyenne, à des récessions de l'ordre de -0,1%. Une dette supérieure à 90% ferait ainsi perdre environ 1% de croissance annuelle en raison notamment du poids du service de la dette. Or, les travaux publiés cette semaine par M. Ash et ses collègues aboutissent à une conclusion radicalement différente : en étudiant la même période, ils estiment que la croissance économique des pays avec ce ratio de dette a en réalité été de ... +2,2% ! Ils accusent même leurs collègues d'Harvard d'avoir procédé "à exclusion sélective de certaines données disponibles", et assurent que leurs nouvelles conclusions doivent conduire à revoir "les objectifs d'austérité" défendus en Europe ou aux Etats-Unis, car il n'y aurait finalement "pas de lien de cause à effet" entre une dette élevée et une croissance faible, voire une récession...

Erreur regrettable

Embarrassés, Mme Reinhart et M. Rogoff ont admis hier qu'ils avaient fait une "erreur regrettable" mais non intentionnelle de calcul dans un de leurs tableaux, mais ils ont estimé que cela ne changeait rien à la conclusion générale de leur étude, à savoir qu'une dette trop lourde pèse sur la croissance économique d'un pays. Ils soulignent que les résultats détaillés, pays par pays, sont semblables dans les deux études.

De son côté Paul Krugman, prix Nobel d'économie et adversaire déclaré des politiques d'austérité, a fait irruption dans le débat en estimant que "quelque chose est allé complètement de travers" dans l'étude de Kenneth Rogoff (ancien chef économiste du FMI entre 2001 et 2003) et a ajouté que "détourner l'attention vers d'autres chiffres n'est pas une bonne défense"...

Rigueur à tout prix

Le débat autour de l'austérité se fait de plus en plus vif ces dernières semaines, notamment en Europe, où la rigueur à tout prix est accusée d'aggraver la crise économique, au risque de provoquer de graves troubles sociaux. Le FMI lui-même a tiré la sonnette d'alarme en début de semaine : Olivier Blanchard, le chef économiste du fonds s'est inquiété d'une "fatigue" liée à l'austérité en Europe. "Si un pays en a la possibilité, il faut penser à ce qui peut être fait pour réduire le rythme de l'assainissement budgétaire afin qu'il reste crédible mais qu'il n'ait pas trop d'impact négatif sur la demande", a estimé M. Blanchard. Il a notamment cité le cas de la Grande-Bretagne, qui frôle la rechute dans la récession sous le joug d'un politique de rigueur menée par le Premier ministre conservateur David Cameron...

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