L'inflation, un phénomène temporaire, mais plus persistant que prévu...

L'inflation, un phénomène temporaire, mais plus persistant que prévu...

La crise du Covid-19 a débouché sur une reprise plus forte que prévu, et l'offre a du mal à suivre, entraînant une flambée des prix des matières premières. Le phénomène est jugé provisoire, mais il pourrait encore durer plusieurs mois...

L'inflation, un phénomène temporaire, mais plus persistant que prévu...
Crédit photo © Reuters

(Boursier.com) — La reprise économique mondiale plus vigoureuse que prévu, grâce au recul de la pandémie de coronavirus, a entraîné une poussée inattendue d'inflation dans le monde, provoquée par des perturbations dans les chaînes d'approvisionnement et une véritable flambée des cours des matières premières, qui seraient selon certains experts entrées dans un "nouveau supercycle haussier".

Mois après mois, la hausse des prix se traduit dans les indices d'inflation à travers le monde. En France, l'inflation est ainsi passée de 0,6% sur un an en janvier 2021, à 2,4% en août en données harmonisées aux normes européennes, selon l'Insee. Dans la zone euro, le taux d'inflation annuel est estimé à 3,4% en septembre, au plus haut depuis 13 ans, selon l'estimation rapide d'Eurostat publiée vendredi. Et aux Etats-Unis, la hausse des prix, mesurée par l'indice PCE (le plus pertinent selon la Réserve fédérale américaine) a atteint 4,3% sur un an en août, au plus haut depuis... 30 ans.

Des "puces" à l'uranium en passant par le soja, les prix grimpent

Ainsi, face à une forte demande mondiale, l'acier, l'aluminium, le pétrole et le gaz ont vu leurs cours s'envoler depuis le début de l'année, ainsi que ceux d'autres matières indispensables comme le bois, le carton, le silicium (dont sont faits les "puces" électroniques et les panneaux solaires) et même l'uranium, base du combustible nucléaire. La pression inflationniste atteint aussi les matières premières agricoles comme le blé, le soja, le maïs ou l'huile de palme.

Jusqu'ici, malgré ces tensions, la consommation s'est bien tenue, aussi bien en France qu'à l'étranger, mais les fortes hausses de prix de l'énergie, annoncées récemment, ainsi que la persistance des pénuries, notamment en Chine, où sont produits de très nombreux objets de grande consommation, font désormais craindre que l'inflation, toujours jugée temporaire par la grande majorité des économistes et par les principales banques centrales, ne se prolonge un peu plus longtemps que prévu...

Lundi, James Bullard, le président de la Réserve fédérale de St. Louis, n'a pas rassuré les marchés financiers, en émettant des doutes sur le fait que l'inflation allait revenir vers l'objectif de 2% de la Fed...

"L'inflation élevée pourrait ne pas se dissiper pour revenir vers les 2% (...) Nous allons avoir plus d'inflation que nous en avions l'habitude pendant un certain temps", a-t-il indiqué. Il a ajouté que selon ses informations, les entreprises n'ont pas de difficulté à relever leurs prix de vente, ce qui pourrait préfigurer un "changement de mentalité" concernant l'inflation.

Période chaotique de sortie de crise sanitaire

La semaine dernière, Christine Lagarde, la présidente de la Banque centrale européenne, et Jerome Powell, son homologue de la Fed américaine, ont eux aussi laissé entrevoir leurs doutes au sujet sur la durée de la poussée d'inflation. Ils ont toutefois répété que le phénomène, lié aux déséquilibres entre la demande et l'offre, allait se résorber lorsque l'économie mondiale reprendra son rythme plus habituel après la phase chaotique de sortie de la crise du Covid. Toute la question étant de savoir à quel moment, et si entre-temps, les banques centrales seront obligées d'agir pour freiner la hausse des prix, au risque de provoquer un choc sur les marchés financiers...

Lors d'un Forum des banques centrales organisé mercredi par la BCE, Jerome Powell a ainsi jugé "frustrant" que les goulets d'étranglement dans les chaînes d'approvisionnement ne se résorbent pas à ce stade de la reprise économique, et il a ajouté s'attendre à ce que cette situation se prolonge en 2022, alors qu'il y a quelques mois, il envisageait une amélioration fin 2021.

Christine Lagarde appelle à ne pas surréagir

Quant à Christine Lagarde, elle a estimé que ces tensions constituaient l'un des principaux risques pour les perspectives économiques de la zone euro. "Combien de temps faudra-t-il pour que ces goulets d'étranglement soient résorbés (...), c'est l'un des points d'interrogation", a-t-elle dit, avant d'évoquer les risques liés à la hausse des prix de l'énergie et ceux de nouvelles vagues de la pandémie de Covid-19.

Pour autant, Mme Lagarde a appelé à ne "pas surréagir" face aux chiffres de l'inflation, et a assuré que "nous n'observons aucun signe montrant que cette augmentation de l'inflation est en train de se généraliser à l'ensemble de l'économie".

Le risque d'une spirale de hausse des prix et des salaires

Vendredi, des analystes de Bank of America se sont montrés moins rassurants. Ils ont estimé dans une note à leurs clients que le cours du pétrole, actuellement autour de 80$ pour un baril de Brent, pourrait dépasser prochainement les 100$ pour la première fois depuis 2014, ce qui pourrait provoquer une inflation durable, voire une nouvelle crise économique mondiale.

Selon la banque, trois facteurs pourraient se conjuguer pour faire monter les cours du brut : un report du gaz vers le pétrole en raison des prix élevés du gaz ; une hausse de la demande énergétique en cas d'hiver rude ; la hausse de la demande de carburants dans le secteur aérien alors que les Etats-Unis viennent de rouvrir leurs frontières après la crise sanitaire.

"Si tous ces facteurs convergent, les prix du pétrole pourraient flamber et entraîner un effet de second tour d'inflation dans le monde", c'est à dire une spirale d'augmentation prix-salaires renforçant l'inflation, écrivent les analystes de BofA.

©2021

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