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Consultation

L'Europe, un coup de retard

La douce euphorie qui régnait sur les marchés mondiaux s'est envolée avec les craintes entourant la dette de certains pays d'Europe. Le vieux continent est le plus sévèrement touché, d'autant que l'agence de notation Standard & Poor's a jeté de l'hui

L'Europe, un coup de retard
Crédit photo © Reuters

(Boursier.com) — Les économistes qui prévoyaient que le prochain défi de l'économie mondiale après la crise financière tournerait autour de la dette publique ne s'étaient pas trompés. Ils n'anticipaient cependant pas vraiment une telle rapidité dans l'enchaînement des événements, ni sans doute qu'ils seraient d'une amplitude aussi violente. Hier, les places financières mondiales ont été sévèrement secouées par une double annonce de l'agence Standard & Poor's, qui a lourdement dégradé la notation souveraine, c'est-à-dire la solidité financière, de la Grèce, et dans une moindre mesure celle du Portugal. La conséquence la plus visible de cette décision est la chute des marchés actions de la planète, de Paris à Londres en passant par New York, sans parler d'Athènes, où le principal indice s'est effondré de -6,8%.

Mais l'onde de choc va évidemment au-delà de la réaction des marchés boursiers. Le principal enseignement de la crise actuelle est que l'Europe est en danger, malade de n'avoir pas su imposer la rigueur budgétaire nécessaire avant même l'éclatement de l'affaire des "subprimes", qui a plongé la finance mondiale dans le chaos deux années durant. La Grèce porte évidemment une part de responsabilité, mais les institutions européennes sont coupables d'avoir laissé la situation se dégrader. Désormais, le salut passe par une action vigoureuse et par le FMI, puisqu'Athènes n'aura plus accès, la décision de S&P le confirme, au marché classique du financement.

L'agence de notation, dont la capacité à jeter de l'huile sur le feu risque de faire débat dans les prochaines semaines, a abaissé hier " BBB+" à "BB+", soit 3 crans, la notation souveraine grecque. Derrière ces codes, se cache une réalité financière : la solidité financière du pays est passée d'un rang relativement normal, quoique bas pour une nation occidentale, à la catégorie dite "spéculative", que l'on appelle parfois "obligation pourrie" ou "junk bond" en anglais. Cela a pour principale conséquence que les investisseurs traditionnels, déjà passablement échaudés, vont se détourner des emprunts du pays, qui seront de plus en plus chers à émettre. Par ricochet, cela affaiblit les banques et les entreprises privées grecques, donc encore davantage l'économie du pays... Le cercle vicieux est enclenché. "Les risques de financement de moyen terme liés à la lourde charge d'endettement du pays s'accroissent, malgré le programme déjà conséquent d'austérité fiscale du gouvernement", a expliqué Standard & Poor's à l'appui de sa dégradation. L'agence a en outre maintenu un biais négatif sur la notation, qui signale qu'elle tend toujours vers le bas. A "BB+", la solidité financière grecque est sur le même créneau de notation que l'Indonésie, les Philippines ou le Vietnam, ce qui sans faire injure à ces pays ne constitue pas un niveau normal pour une nation dite économiquement avancée.

Après les annonces de Standard & Poor's, les taux des emprunts d'Etat grecs et des produits de couverture contre le risque de défaut du pays, déjà très haut-perchés, ont explosé. Ceux de la dette portugaise se sont singulièrement tendus. La notation du pays a été abaissée de deux crans, de "A+" à "A-". Les spécialistes estiment que les autorités pourraient avoir du mal à stabiliser un niveau d'endettement relativement élevé, du fait des faiblesses structurelles et fiscales du Portugal. Là aussi, Standard & Poor's maintient un biais négatif pour l'avenir. Le marché obligataire s'est aussi tendu pour de nombreux autres pays dont les finances publiques sont en situation périlleuse, comme dans les pays d'Europe de l'Est ou en Russie. Cela explique pourquoi le terme de "contagion" est de plus en plus présent dans la presse et chez les économistes, terme qui pourrait s'accompagner de celui d'effet boule de neige, tant la mondialisation financière tend à démultiplier le moindre déséquilibre.

Le sentiment, ou du moins la crainte de "contagion" a tendance à mettre en lumière deux phénomènes sur le vieux continent, selon l'économiste Marco Annunziata, d'Unicredit. D'abord, le fait que les marchés financiers ont désormais davantage les yeux tournés vers la pérennité des situations d'endettement à long terme des Etats. A ce titre, quelques tensions sont apparues hier sur les dettes espagnole et italienne, mais le spécialiste pense que leur situation est bien plus enviable que celle de leurs voisins méditerranéens. Ensuite, cela fait naître des interrogations sur le manque d'appétit de l'Allemagne pour d'autres sauvetages, alors qu'il semble que la Grèce aura besoin de financements additionnels dans l'avenir pour survivre. Pourtant Berlin semble avoir mis de l'eau dans son vin depuis hier soir, après avoir maintenu un discours très ferme vis-à-vis d'Athènes. Le Ministre des Finances Wolfgang Schaeuble a ainsi lancé hier soir que l'Allemagne ne laisserait pas tomber la Grèce, et Jean-Claude Trichet, le patron de la Banque Centrale Européenne, est aujourd'hui même à Berlin avec Dominique Strauss-Kahn, le patron du FMI, pour tenter de boucler le plan de soutien à la Grèce, qui passe notamment par l'adhésion au projet de parlementaires allemands.

La BCE et l'Allemagne, qui ont pendant plusieurs mois adopté une attitude plutôt passive, voire d'opposition à un soutien direct à la Grèce, se retroussent donc les manches au dernier moment. Certains y verront le signe que la situation s'est considérablement dégradée depuis hier et qu'il faudra batailler pour la stabiliser. Il semble évident que les marchés financiers attendent désormais plus que le plan de 45 milliards d'euros proposé par l'Union Européenne et le FMI. Des rumeurs laissent déjà entendre que des montants additionnels pourraient être en discussions. En attendant, les sauveteurs ont toujours un coup de retard. Et l'on n'ose imaginer quelle serait la situation si la pression financière naissante qui frappe le Portugal allait jusqu'à compliquer le refinancement de la dette du pays.

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