»
»
»
Consultation

Ecologie : le projet minier "Montagne d'Or" en Guyane sera-t-il enterré ?

Ecologie : le projet minier "Montagne d'Or" en Guyane sera-t-il enterré ?

Emmanuel Macron a jeté un doute sur l'avenir du projet de mine d'or "Montagne d'Or", en Guyane française. Le président a jugé qu'en l'état actuel, ce projet n'est "pas compatible" avec les nouvelles ambitions écologiques de la France.

Ecologie : le projet minier 'Montagne d'Or' en Guyane sera-t-il enterré ?
Crédit photo © Boursier.com

(Boursier.com) — Lorsqu'il a annoncé une série de mesures en faveur de la biodiversité, Emmanuel Macron a évoqué lundi en quelques phrases le projet controversé de mine d'or en Guyane, baptisé Montagne d'or.

L'avenir de ce qui se présente comme le plus grand projet de mine d'or à ciel ouvert jamais exploitée en France sera scellé dans les semaines qui viennent, mais le président a semé le doute en indiquant avoir demandé "une évaluation très claire" du projet...

Une évaluation complète attendue avant la fin du mois

Surtout, Emmanuel Macron a ajouté que "l'état de l'art du projet ne le rend pas compatible avec une ambition écologique". Cette évaluation "complète" sera prête pour le prochain conseil de défense écologique, nouvellement créé par le chef de l'Etat , et qui doit se tenir avant la fin du mois de mai.

Dans la foulée, une décision "formelle et définitive" sera prise "en concertation avec le territoire", a ajouté le président...

Vers un projet transformé, plus local ?

Le chef de l'Etat avait déjà émis des critiques, début février, devant les maires d'Outre-Mer. Il avait alors évoqué la nécessité d'un "travail", "peut-être pour qu'un consortium avec des acteurs plus locaux émerge, pour que ce projet soit transformé, adapté ; pour qu'un projet, s'il devait prospérer dans les années à venir, soit aux meilleurs standards environnementaux".

Le ministre de la Transition écologique, François de Rugy, se rendra en Guyane au début du mois de juin. "Je veux aller sur place rencontrer les communautés amérindiennes qui sont opposées à ce projet", a-t-il expliqué mardi sur la radio 'RTL'. "Et ensuite, nous serons amenés à prendre une décision".

3.750 emplois promis pour une exploitation limitée à 12 ans

Le projet Montagne d'or est porté par la CMO (compagnie Montagne d'or), un consortium formé par le producteur russe Nordgold et la société d'exploration canadienne Columbus Gold. Ce dernier promet une mine "responsable", qui créera 750 emplois directs et 3.000 indirects dans un département où le chômage frappe près de 20% de la population active.

En outre, 300 millions d'euros de retombées fiscales sont attendues du projet, qui consistera en l'exploitation à partir de 2022 d'une mine à ciel ouvert de 2,5 km de long, au sud de Saint-Laurent-du-Maroni, en pleine forêt tropicale, avec un procédé de récupération de l'or par cyanuration en circuit fermé.

La compagnie prévoit d'extraire pendant 12 ans, de 2022 à 2033, environ 85 tonnes d'or, disséminées dans 54 millions de tonnes de minerai, à raison de 6,7 tonnes par an.

François de Rugy attendu en Guyane en juin

Ce projet de plus grande mine d'or française à ciel ouvert est soutenu par le patronat local et une partie des élus, mais les populations locales et les associations environnementales sont vent debout contre lui. Nicolas Hulot, lorsqu'il était ministre de l'Ecologie, s'était déjà prononcé contre le projet minier. "Personnellement, il me semble surdimensionné pour des bénéfices économiques en termes d'emplois plutôt aléatoires, avec un impact écologique non négligeable", avait-il déclaré le 21 juin 2018 sur 'France Info'.

Son successeur au ministère de la Transition écologique, François de Rugy, se rendra en Guyane au début du mois de juin. Invité mardi sur la radio 'RTL', il a souligné que "sur la base des déclarations qu'il (le consortium) fait, j'ai déjà eu l'occasion de le dire, cela ne correspond pas à nos exigences environnementales". "Pour l'instant, le consortium Montagne d'Or, qui est russo-canadien, n'a même pas demandé d'autorisation sur un projet précis", a précisé le ministre.

De son côté, le WWF France a salué les déclarations d'Emmanuel Macron et a jugé qu'"il est [...] temps d'acter l'abandon de ce projet qui menace la biodiversité guyanaise". L'ancien directeur général du WWF France, Pascal Canfin --qui vient d'être placé numéro deux de la liste "En marche"-- pour les élections européennes, a lui aussi tweeté pour "saluer les annonces du président [...] pour protéger notre nature".

La Compagnie Montagne d'or défend son projet

La CMO a réagi mardi via un communiqué, affirmant être "plus que jamais ouverte à un échange constructif avec le gouvernement". "Depuis le lancement de ce projet, qui respecte les normes internationales les plus contraignantes", assure la société, CMO "n'a de cesse (...) d'oeuvrer à son amélioration pour en limiter les impacts environnementaux et favoriser le développement d'une activité créatrice de richesse et d'emplois pour le territoire guyanais".

En juillet 2018, Pierre Paris, le président de CMO, avait défendu le projet dans un entretien au 'Parisien-Aujourd'hui en France', affirmant que la zone de la future mine était "déjà déboisée à 55% car exploitée par les orpailleurs légaux comme illégaux depuis plus de cent quarante ans". Il a précisé que le cyanure (jugé moins nocif que le mercure) sera "utilisé en circuit fermé et détruit en fin de processus pour atteindre une concentration maximale de 10 ppm (parties par million) dans les résidus, soit moins que ce qu'impose la loi et moins que ce que l'on trouve dans le manioc vendu sur les étals des marchés !"

La CMO prévoit enfin de compenser son impact sur l'environnement en réhabilitant et en reboisant, et en "assurant le suivi et le contrôle du site trente ans après la fin de l'exploitation".

©2019,

Nombre de caractères autorisé : 500

Déjà inscrit ? Connectez-vous

Pas encore inscrit? Inscrivez-vous en quelques secondes !

Partenaires de Boursier.com