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Commerce : l'UE croit à un accord avec les Etats-Unis avant le 31/10

Commerce : l'UE croit à un accord avec les Etats-Unis avant le 31/10

La commissaire à la Concurrence, Cecilia Malmström, estime pouvoir parvenir à un accord avec Washington avant la fin du mandat du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker...

Commerce : l'UE croit à un accord avec les Etats-Unis avant le 31/10
Crédit photo © Reuters

(Boursier.com) — Sans surprise les Etats membres de l'UE ont donné leur accord définitif à l'ouverture de négociations commerciales avec les Etats-Unis ce lundi, malgré l'opposition affichée de la France. Les gouvernements européens ont voté à une large majorité en faveur du mandat de négociations proposé par la Commission européenne puisque seule la France a voté contre, tandis que la Belgique s'est abstenue...

La commissaire à la Concurrence, Cecilia Malmström, estime en effet pouvoir parvenir à un accord avec Washington avant la fin du mandat du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, prévue le 31 octobre prochain. "Je pense que cela peut aller assez vite... Nous sommes absolument déterminés à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour terminer les négociations pendant la Commission Juncker", a-t-elle déclaré.

Deux objectifs

La Commission veut entamer des négociations avec l'administration Trump avec deux objectifs : obtenir une baisse des droits de douane sur les produits industriels, et faciliter la tâche des entreprises qui doivent démontrer que leurs produits respectent les normes européennes ou américaines...

Emmanuel Macron avait fait savoir haut et fort lors du dernier sommet européen à Bruxelles que Paris refuserait l'ouverture de ces négociations, en invoquant le chantage exercé par Donald Trump et sa décision de retirer les Etats-Unis de l'accord de Paris sur le climat...

A l'inverse, l'Allemagne est pressée de voir les négociations démarrer pour tenter de mettre ses constructeurs automobiles à l'abri d'une forte hausse des droits de douane aux Etats-Unis. Jean-Claude Juncker avait réussi à obtenir une trêve avec le président américain à ce sujet en juillet dernier, mais Donald Trump a depuis de nouveau menacé de s'en prendre aux intérêts européens.

L'automobile allemande sous haute tension

Rappelons que les exportations de voitures et de pièces détachées par les constructeurs allemands Volkswagen, Daimler, maison mère de Mercedes, et BMW représentent plus de la moitié de l'ensemble des exportations européennes dans ce secteur !

La semaine passée, Donald Trump avait brandi la menace de taxer 11 milliards de dollars de produits européens. Ces mesures sont présentées comme des représailles aux subventions que Boeing accuse Airbus d'avoir touché illégalement, lui donnant un avantage concurrentiel au détriment de l'avionneur américain, a expliqué l'administration Trump...

L'économie mondiale en danger ?

Une nouvelle guerre commerciale induite par des droits de douane américains sur l'automobile pourrait ainsi causer d'importants dommages à l'économie mondiale, supérieurs au conflit actuel entre Pékin et Washington, a prévenu l'économiste en chef du FMI, Gita Gopinath. Dans un entretien à Reuters, elle a expliqué qu'un tel conflit pénaliserait les exportations de beaucoup plus de pays et provoquerait une levée de barrières douanières en représailles sur des biens américains par plusieurs partenaires commerciaux des Etats-Unis.

"Nous sommes inquiets de ce que des tarifs douaniers sur l'automobile pourraient faire à l'économie mondiale à un moment où nous sommes plutôt dans une phase de reprise", a-t-elle expliqué en marge des réunions du FMI et de la Banque mondiale à Washington.

Si les tensions commerciales devaient se propager à l'automobile, cela perturberait aussi de larges pans de la chaîne d'approvisionnement manufacturière mondiale... "Donc ce serait de fait beaucoup plus coûteux pour l'économie mondiale que simplement les tensions commerciales que nous avons entre les Etats-Unis et la Chine", a encore estimé Gita Gopinath qui enseigne à l'Université de Harvard.

Un prétexte ?

Donald Trump a menacé de mettre en place des droits de douane de 25% sur les importations de voitures et de pièces détachées automobiles, évoquant la sûreté nationale avec une loi de 1962 destinée à protéger les bases industrielles militaires pendant la Guerre froide. Le président américain a ouvertement admis qu'il se servait de cette menace pour pousser ses partenaires, dont le Japon et l'Union européenne, à engager des négociations commerciales plus larges...

Le département du Commerce a soumis à la Maison blanche des recommandations dans son étude "Section 232" quant au fait de savoir si les importations d'automobiles constituaient une menace pour la sécurité nationale mais il n'en a pas révélé le contenu...

Dans le cadre de la "Section 232", Donald Trump a jusqu'au 17 mai pour agir sur une éventuelle recommandation à instaurer des tarifs douaniers qui serait contenue dans le rapport. S'il devait mettre en oeuvre des droits de douane sur l'automobile, ces tarifs pénaliseraient l'économie au second semestre 2019... En première ligne, les voitures haut de gamme allemandes seraient les plus menacées, comme l'a souligné à plusieurs reprises Angela Merkel.

Un différend vieux de plus de 14 ans

Dans le conflit ouvert depuis 14 ans devant l'OMC (Organisation mondiale du commerce) entre Boeing et Airbus, les deux constructeurs rivaux d'avions s'accusent mutuellement de bénéficier de façon illicite de soutiens publics...

Soulever ce dossier est sans doute une façon pour Washington de se présenter aux futures négociations avec l'UE en position de force, selon les observateurs, qui soulignent cependant que l'Union européenne a elle aussi déposé plainte devant l'OMC concernant les soutiens publics à Boeing.

Ainsi, fin mars, l'OMC avait donné raison à Airbus en relevant un avantage fiscal illégal accordé à Boeing aux Etats-Unis. Mais, plus tôt, en mai 2018, l'OMC avait au contraire soutenu Boeing en estimant que l'Union européenne n'avait pas tenu compte des demandes de suppression de toutes les aides publiques accordées à Airbus...

La France hausse le ton

L'opposition de la France n'empêchera donc pas l'ouverture des négociations, la décision se prenant côté européen à la majorité qualifiée.

Le président américain avait accepté en juillet dernier de surseoir à l'imposition de droits de douane punitifs sur les voitures importées de l'Union européenne... Toutefois, des droits de douane continuent de s'appliquer sur l'acier et l'aluminium importés de l'Union et Donald Trump a donc menacé mardi d'imposer des droits de douane sur 11 milliards de dollars de produits européens, arguant de l'impact négatif des subventions européennes accordées à Airbus.

Emmanuel Macron, dans ce dossier, comme sur le Brexit, juge indispensable de respecter les valeurs sur lesquelles il appuie son action : l'environnement et les relations multilatérales apaisées dans le premier cas et la protection des intérêts européens dans le second...

Washington veut taxer l'aéronautique, mais aussi l'huile d'olive ou les fromages européens !

Le représentant américain au commerce, Robert Lighthizer, a fait publier une liste de produits européens potentiellement visés par des taxes d'importation, dont des hélicoptères, avions et pièces aéronautiques, mais aussi des steaks d'espadon, les filets de saumon, des fromages, des fruits, de l'huile d'olive, des vins ou encore des vêtements, des produits laitiers ou des motos...

Bruxelles prépare des représailles... tout en appelant au dialogue

A Bruxelles, la Commission européenne a réagi en faisant savoir qu'elle envisageait à son tour des représailles contre les subventions américaines accordées à Boeing, tout en restant prête à la discussion...

"La Commission entame des préparatifs afin de faire en sorte que l'Union européenne puisse agir rapidement à la suite de la décision de l'arbitre (de l'OMC) en matière de droits à des représailles dans le dossier (Boeing)", a dit un porte-parole de l'exécutif européen.

L'UE "reste ouverte à la discussion avec les Etats-Unis, sous réserve qu'il n'y ait pas de conditions préalables et que le but soit d'aboutir à un résultat équitable, a-t-il ajouté...

Bruno Le Maire plaide pour un accord à l'amiable

De son côté, Airbus a déclaré ne voir aucune base légale à la menace américaine. "Airbus a pris les mesures nécessaires pour se conformer aux éléments relativement mineurs qui subsistaient (...) en ce qui concerne les subventions à Airbus", a ajouté son porte-parole Rainer Ohler.

"Le montant est largement exagéré et sera de toute façon défini par l'OMC et pas les Etats-Unis", a ajouté le porte-parole. "Tout cela conduit à des tensions commerciales inutiles et montre que la seule solution raisonnable dans ce long différend commercial est un règlement."

Le ministre français de l'Economie Bruno Le Maire a lui aussi plaidé pour un compromis entre les Etats-Unis et l'UE... "L'intérêt des Etats-Unis comme l'intérêt du continent européen et de la France, c'est de trouver un accord à l'amiable", a-t-il dit à la presse. "Quand je vois la situation de la croissance mondiale, je ne pense pas que nous puissions nous permettre un conflit commercial, même sur les seules questions de l'industrie aéronautique, entre les Etats-Unis et l'Europe", a ajouté le ministre...

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