Bruxelles coupe les ailes de la filière avicole

Bruxelles coupe les ailes de la filière avicole

Paris monte sur ses ergots...

Bruxelles coupe les ailes de la filière avicole
Crédit photo © Reuters

(Boursier.com) — La décision de la Commission européenne de couper intégralement le montant unitaire des aides à l'exportation de volailles était attendue... Ces aides de soutien de la filière exportatrice avicole étaient en sursis depuis l'été dernier quand l'Union européenne avait déjà menacé de les arrêter. La décision n'en suscite pas moins le tollé en France au sein d'une filière en lourdes difficultés économiques.

Une aide de 50 ME...
Ce principe de "restitutions" a été mis en place pour à combler le différentiel de compétitivité entre les pays européens et les autres exportateurs mondiaux. Pour les volaillers français, ce différentiel est d'autant plus important, car la France a récupéré pour sa filière plus de 50 Millions d'Euros de l'enveloppe globale de 55 ME de l'Union européenne pour l'exercice 2012-2013. Les volaillers bretons, avec notamment Doux et Tilly-Sabco, sont les premiers bénéficiaires de ces 'restitutions'. Ces dernières sont attribuées par Bruxelles pour l'exportation de poulets entiers congelés vers certains marchés spécifiques, à l'image des pays de l'ancienne URSS et vers le Moyen-Orient. Ces aides de 'restitution', qui avaient déjà bien fondu depuis janvier en étant ramenées de 217 à 108 Euros/tonne, vont cette fois être totalement supprimées. Bruxelles justifie sa décision par la baisse des cours des aliments et de bonnes perspectives d'exportation vers les pays tiers à l'Union européenne.

"Rien ne justifie cette décision brutale"
Bien évidemment, côté français, la décision fait caqueter... Ces 'restitutions' à la filière avicole française ont déjà près de 50 ans d'existence. "Rien ne justifie cette décision brutale", s'insurge d'ailleurs le Ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, qui au risque de tomber sur un bec  justifie : "L'environnement économique du marché international du poulet congelé s'est dégradé depuis la dernière fixation du montant des restitutions". Notamment, la parité monétaire entre l'Euro et le Real creuse le différentiel de coûts de production avec le Brésil, qui est le principal concurrent de la France à l'export. D'ailleurs selon Stéphane Le Foll, "le maintien du dispositif dans sa configuration actuelle sur l'année 2013 était possible", parce que le compromis adopté fin juin sur la réforme de la PAC prévoyait de modifier les conditions de mise en oeuvre des restitutions "à compter de l'entrée en vigueur de la nouvelle PAC 2014-2020", soit à compter de 2015.

Des grains à picorer...
Concrètement, cette décision risque une nouvelle fois de fragiliser la dynamique de restructuration engagée depuis quelques mois par les opérateurs de la filière avicole, notamment après l'alerte chez le volailler breton Doux. Le Gouvernement, les collectivités territoriales, et la filière s'étaient d'ailleurs réunis à la mi-janvier afin chercher collectivement des solutions de compétitivité pour la filière, dans la perspective de la fin du dispositif actuel et d'une adaptation au nouveau contexte mondial des marchés. Le Gouvernement étudie avec les opérateurs les voies de recours tout en poursuivant le travail d'adaptation la filière

Voler dans les plumes de Bruxelles ?
Les volaillers bretons Doux et Tilly-Sabco demandent dans un communiqué commun "des mesures d'urgence permettant le maintien du système des restitutions le temps que les différents acteurs du marché puissent adapter leurs structures opérationnelle et financière" expliquent les groupes. Pour sa part, la Confédération française de l'Aviculture (CFA) dénonce "un coup de poignard dans le dos de l'aviculture". Christian Marinov alerte : "Une telle décision va tuer l'emploi". Xavier Beulin, qui est le Président de la FNSEA, principal syndicat des agriculteurs, dénonce des mesures anticoncurrentielles de Bruxelles : "L'Union européenne continue d'appliquer ses engagements pris en 2005" de démanteler les dispositifs d'aide à l'export, "pendant que nos concurrents américains, brésiliens et autres utilisent ces mêmes armes pour être plus performants". Le Président de la FNSEA appelle d'ailleurs le Chef de l'Etat à davantage d'implication sur le dossier: "C'est au président François Hollande de jouer : il doit mettre tout son poids dans le dossier pour obtenir de Barroso, sinon une remise en cause au moins un aménagement de cette décision".

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