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Consultation

Brexit or Not Brexit ? Le référendum britannique en 10 questions !

46,5 millions d'électeurs britanniques doivent prendre ce jeudi une décision historique. Le Royaume-Uni doit-il ou non demeurer au sein de l'Union européenne ? En 10 points, voici le déroulement et les principaux enjeux de ce scrutin crucial.

Brexit or Not Brexit ? Le référendum britannique en 10 questions !
Crédit photo © Reuters

(Boursier.com) — Ce jeudi 23 juin, les Britanniques sont appelés aux urnes pour se prononcer par référendum sur le maintien ou non du Royaume Uni dans l'Union européenne. Sous la pression d'une frange de son parti et de la montée du parti eurosceptique Ukip, le Premier ministre David Cameron avait promis en 2013 d'organiser ce référendum s'il était réélu en 2015. En 10 questions, nous faisons le tour d'horizon de ce scrutin et de ses enjeux...

1) Quelle question sera posée aux Britanniques ?

Le texte sur lequel les Britanniques devront se prononcer est le suivant :

"Le Royaume-Uni doit-il rester membre de l'Union européenne ou quitter l'Union européenne ?" ("Should the United Kingdom remain a member of the European Union or leave the European Union ?")

Les votants auront le choix entre deux réponses : "Rester membre de l'Union européenne" ("Remain a member of the European Union"), ou "Quitter l'Union européenne" ("Leave the European Union").

2) Quels horaires pour les bureaux de vote ? A quand les résultats ?

Les bureaux de vote seront ouverts de 7 heures à 22 heures locales, soit de 8h à 23h heure française. Les résultats devraient être connus vendredi matin. Selon la presse britannique, la publication de premiers résultats fiables pourrait intervenir vers 3h30 à 4 heures du matin outre-Manche (4h30 à 5h en France). Les résultats définitifs devraient être annoncés vers 7h locales (8h à Paris)...

3) Qui peut voter ce jeudi ?

Le référendum a motivé les électeurs britanniques, qui sont environ 46,5 millions inscrits, selon la commission électorale britannique, soit 150.000 de plus que lors des élections générales de mai 2015. Peuvent voter, tous les Britanniques vivant au Royaume-Uni, ainsi que ceux vivant à l'étranger, mais ayant quitté leur pays depuis moins de quinze ans. Les Irlandais et les citoyens des pays membres du Commonwealth résidant au Royaume-Uni ou à Gibraltar, ainsi que les Irlandais nés en Irlande du Nord et ayant quitté le pays depuis moins de quinze ans peuvent aussi voter.

4) Quels sont les principaux thèmes de campagne ?

La campagne a été acrimonieuse, mais a pris un tour plus retenu après l'assassinat, le 16 juin,  de la députée travailliste Jo Cox, favorable au maintien dans l'UE, par un homme proche de l'extrême-droite. Les partisans du Brexit et ceux d'un maintien au sein de l'UE s'affrontent essentiellement autour de trois thèmes : l'immigration, l'économie et la souveraineté de leur pays. Sur fond de crise des migrants, qui divise l'Europe depuis l'été 2015, les partisans du Brexit veulent que Londres retrouve la capacité à contrôler ses frontières. Les partisans du "Bremain" ("de Britain et "Remain" : rester) affirment, études à l'appui, que les immigrants contribuent davantage en matière d'impôts qu'ils ne coûtent aux caisses de l'Etat, notamment parce qu'il s'agit d'une population jeune.

Sur le plan économique, les "pro-Brexit" font valoir que Londres n'aurait plus à verser de contribution au budget européen, soit près de 8,5 milliards de livres par an (environ 11 MdsE). Selon eux, le PIB britannique pourrait profiter d'un Brexit si le Royaume-Uni maintient ses relations commerciales avec l'UE via un accord de libre-échange, sur le modèle de la Suisse ou la Norvège, et s'il signe de nouveaux accords avec des partenaires "naturels" comme les Etats-Unis et l'Australie... La baisse de la livre sterling, prévisible en cas de Brexit, serait un facteur positif pour les exportations du pays

Une perte de 5.400 euros par an et par foyer en cas de Brexit ?

Les partisans du "In" affirment, études à l'appui, que l'économie britannique souffrirait au contraire gravement d'un Brexit, chasserait les investisseurs étrangers et affaiblirait la City de Londres, première place financière mondiale avec Wall Street. Pour George Osborne, le ministre des Finances, chaque foyer britannique perdrait environ 4.300 livres de revenus par an (5.400 euros) en cas de Brexit...

Sur le thème de la souveraineté, les pro-Brexit souhaitent que leur pays retrouve le contrôle de sa politique, notamment migratoire et commerciale, ce qu'ils attendent en cas de divorce avec l'Union européenne. Les anti-Brexit sont en revanche convaincus que sortir de l'UE ferait perdre de l'influence au Royaume-Uni dans le monde, et estiment que le pays sera plus fort s'il reste au sein de l'UE.

5) Quelles sont les positions des principaux partis politiques ?

A droite de l'échiquier politique, les Conservateurs (Tories, principale force politique outre-Manche) sont divisés à 50/50 sur le Brexit, tandis que les Libéraux sont en majorité pour un maintien dans l'UE et que le parti eurosceptique Ukip milite vigoureusement pour un Brexit. Au sein des Tories, le Premier ministre David Cameron, à l'origine du référendum, fait campagne pour le "In" mais son principal rival, Boris Johnson, ancien maire de Londres, est le chef de file du camp du "Out'...

A gauche, le Parti travailliste (Labour, 2ème force politique du pays) est engagé de façon quasi-unanime en faveur du "Bremain". Pourtant, le leader du Labour, Jeremy Corbyn, a lui-même un peu de mal à convaincre ses électeurs, dans la mesure où il a longtemps affiché des opinions eurosceptiques...

Les Britanniques qui votent jeudi pour ou contre le maintien de leur pays dans l'Union européenne, ne suivront pas forcément les consignes du parti dont ils sont sympathisants... Pour le référendum sur le Brexit, les clivages électoraux vont bien au-delà des partis traditionnels, qui sont eux même divisés de l'intérieur sur la position à tenir.

Parmi les personnalités favorables au "Bremain" (de Britain et "Remain" : rester), on trouve notamment le footballeur David Beckham, le patron de Virgin, Richard Branson, le cinéaste Ken Loach ou encore l'archevêque de Canterbury, Justin Welby. Dans le camp du Brexit, on trouve notamment l'ancien maire de Londres, Boris Johnson, le leader du parti eurosceptique Ukip, Nigel Farage, le fondateur de Wikileaks Julian Assange,  ou encore James Dyson, créateur de l'aspirateur du même nom.

6) Que disent les derniers sondages ?

Jusqu'au meurtre de la députée travailliste Jo Cox, le 16 juin, les sondages donnaient une avance au "Out", puis cet événement dramatique a fait remonter la pente aux partisans du "In", avant une nouvelle poussée du "Out" à partir du 21 juin. Cependant, compte-tenu d'un nombre élevé d'électeurs indécis (au moins 11%), ces sondages restent peu fiables.

Dans ces conditions, les marchés financiers, qui ont rebondi depuis le 17 juin, ont préféré se fier aux paris placés chez les "bookmakers" londoniens. Deux des plus importants, William Hill et Paddy Power, calculaient le 20 juin que le "Bremain" avait une probabilité de 82% de l'emporter. Or, ces bookmakers avaient vu juste en 2014, lors du référendum écossais, pour lequel les sondages étaient également imprécis.

7) Quelle sera la réaction des marchés financiers ?

Les résultats du référendum seront connus vendredi matin et auront un impact important sur les valeurs mobilières dès l'ouverture des marchés. Si le Brexit l'emporte, les plus pessimistes envisagent des turbulences financières semblables à celles qui ont succédé à la faillite de la banque américaine Lehman Brothers en septembre 2008...

Dans ce scénario, le cours de la livre sterling plongerait dans la nuit (les marchés des changes étant les seuls à rester ouverts  24h sur 24), et les marchés boursiers asiatiques pourraient accuser le coup. Dès l'ouverture des marchés européens, les actions devraient souffrir, les taux des obligations d'Etat britanniques se tendraient, et les banques centrales britannique et européenne (BCE) se tiendraient prêtes à intervenir pour éviter un assèchement brutal du crédit sur les marchés interbancaires.

A l'inverse, si le camp du "Bremain' l'emporte, les marchés boursiers mondiaux, de même que la livre sterling, devraient saluer cette décision par une forte hausse.

8) En cas de Brexit, quel sera le calendrier ?

Si les Britanniques choisissent la voie du Brexit, ils engageront leur pays dans un vaste chantier semé d'embûches juridiques, car les traités européens qui permettent notamment l'union douanière et la libre-circulation des biens et des personnes, cesseront de s'appliquer.

Le couperet ne tombera pas pour autant du jour au lendemain, loin de là. Le retrait volontaire et unilatéral de l'UE est prévu par le traité de Lisbonne de 2009, dans son article 50. Cet article stipule qu'en cas de retrait, "les traités cessent de s'appliquer à l'Etat qui en fait la demande, dès l'entrée en vigueur de l'accord, ou au plus tard deux ans après la notification du retrait". Si nécessaire, le Conseil européen peut même décider à l'unanimité de prolonger cette période "en accord avec l'Etat membre concerné".

Concrètement, les règles actuelles continueraient de s'appliquer jusqu'à la conclusion de ce délai de deux ans, au cours duquel la Grande-Bretagne devra s'atteler à la tâche titanesque de renégocier de nouveaux accords avec l'UE.

9) Y a-t-il un risque de "contagion" en Europe ?

Si le Royaume-Uni quittait l'UE, d'autres pays pourraient être tentés de suivre le même chemin. Dans plusieurs pays européens, les partis eurosceptiques affûtent déjà leurs arguments en faveur d'un référendum sur le modèle britannique. C'est notamment le cas au Danemark, en Suède, aux Pays-Bas, en Hongrie et même en Tchéquie...

Même en cas de maintien de Londres dans le groupe des 28, certains pays pourraient être tentés d'obtenir de Bruxelles des dérogations du même type que celles accordées au Royaume-Uni en février dernier.

Le Premier ministre britannique David Cameron, était alors parvenu à arracher un accord sur un statut spécifique pour le Royaume-Uni, qui prévoit notamment un "mécanisme de sauvegarde" en matière d'immigration. Londres pourra ainsi suspendre le versement d'allocations sociales à des ressortissants de l'UE pendant une durée maximale de 7 ans, si ses services publics ou sa sécurité sociale se trouvent débordés par un afflux d'ampleur exceptionnelle de travailleurs venus d'autres Etats membres

10) Que deviendront les expatriés en cas de Brexit ?

Un Brexit mettrait fin à tous les avantages prévus par les traités européens pour les pays membres de l'Union, notamment l'union douanière et la libre-circulation des biens et des personnes. Les expatriés pourraient ainsi être à nouveau soumis à des obligations de permis de séjour et de travail, ce qui n'est pas le cas au sein de l'UE, où ils peuvent s'installer et travailler sans contraintes...

Dans les faits, il ne serait pas dans l'intérêt de Londres de créer des ennuis à la communauté française, qui s'élève à plus de 300.000 personnes, dont 200.000 à Londres. Le Royaume-Uni négocierait rapidement avec de nombreux pays de l'Union européenne des accords permettant de maintenir grosse modo les règles actuelles. En revanche, elle s'appliquerait à limiter l'immigration massive en provenance de certains pays d'Europe de l'est.

Les expatriés français au Royaume-Uni seraient davantage menacés si leur employeurs, notamment les grandes banques, décidaient de déménager de Londres vers le Continent (Francfort, Luxembourg, Paris...) en raison des nombreuses incertitudes créées par le Brexit...

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