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Brexit : Londres se prépare au pire

Brexit : Londres se prépare au pire

Boris Johnson est déjà au pied du mur...

Brexit : Londres se prépare au pire
Crédit photo © Reuters

(Boursier.com) — Après ses trois premiers déplacements officiels en Irlande du Sud, en Ecosse et en Irlande du Nord, marqués à chaque fois par un accueil glacial voire hostile, Boris Johnson veut passer la vitesse supérieure en vue du Brexit.. ! Londres a ainsi annoncé hier soir qu'il comptait investir 2,1 Milliards de livres supplémentaires pour le stockage de médicaments, l'embauche de douaniers et initier une vaste campagne d'information dans l'éventualité d'un Brexit sans accord...

Le nouveau Premier ministre, qui a succédé à Theresa May la semaine dernière à la tête du gouvernement, le clame haut et fort : il y aura bien un Brexit fin octobre, quelque soit le prix à payer ! Johnson s'est en effet engagé à plusieurs reprises à quitter l'Union européenne d'ici trois mois, quoi qu'il arrive... "Cela signifie que la Grande-Bretagne doit se préparer à une sortie sans mesures d'accompagnement... sauf si les autres Etats membres de l'UE acceptent de renégocier l'accord conclu avec Theresa May en novembre dernier" estime Boris Johnson, hypothèse dont Bruxelles ne veut pas entendre parler.

Point de blocage

Parmi les principaux points de blocage, celui de la frontière irlandaise reste majeur, voire inextricable : Le nouveau gouvernement veut en effet supprimer la fameuse clause de sauvegarde qui doit empêcher en dernier recours le rétablissement d'une frontière physique entre la République d'Irlande et l'Irlande du Nord...

Les dépenses supplémentaires, annoncées par le nouveau ministre des Finances Sajid Javid, permettront ainsi d'engager 500 fonctionnaires des douanes supplémentaires et d'améliorer l'infrastructure autour des points de passage et en particulier des ports, alors que certains scénarios font état de blocages possibles en cas de "Brexit dur"...

Pour préparer la population à ce "Brexit dur", 138 millions de livres seront consacrés à une vaste campagne de publicité. "Avec 92 jours restant avant que le Royaume-Uni ne quitte l'Union européenne, il est essentiel d'intensifier notre planification pour que nous soyons prêts", a expliqué Sajid Javid.

Cela porte ainsi à 6,3 milliards de livres les sommes allouées aux préparatifs du Brexit.

"Madness"

Pour l'opposition, "this is madness"... Les travaillistes parlent d'un grand gaspillage consternant de l'argent des contribuables, tandis que nombre d'économistes estiment qu'un Brexit sans accord fera basculer la Grande-Bretagne en récession, déstabilisera les marchés financiers et affaiblira la position de Londres en tant que centre financier international de premier plan...

L'économie britannique est à l'arrêt, a ainsi estimé le mois dernier l'Institut d'études économiques britannique NIESR qui chiffre à 25% la probabilité qu'elle bascule dans la récession du fait d'une crise du Brexit qui se prolonge...

Vers une récession ?

L'institut national de recherche économique et sociale souligne que les risques pour la croissance sont "lourdement orientés à la baisse" alors qu'il chiffre à 40% la probabilité d'une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne sans accord... Le NIESR a déjà estimé que l'économie britannique s'était contractée au deuxième semestre. Un nouveau trimestre de contraction correspondrait techniquement à une récession, la première depuis la grande crise financière de 2008-2009.

L'Office for Budget Responsibility (OBR), organisme indépendant qui détermine le cadre macroéconomique du budget, a estimé la semaine dernière que le pays pourrait entrer en récession... "Les perspectives au-delà du mois d'octobre, au terme duquel le Royaume-Uni doit quitter l'Union européenne, sont vraiment très sombres avec le risque d'une contraction sévère en cas d'un Brexit sans accord et désordonné", a prévenu l'institut.

La tête dans le sac

Le NIESR a abaissé sa prévision de croissance de l'économie britannique à 1,2% en 2019 et 1,1% en 2020 contre respectivement 1,4% et 1,6% précédemment... "Il n'y aura pas de croissance tangible pendant quelques années après un Brexit sans accord", a déclaré son directeur général Jagit Chadha.

Même en cas d'accord conclu à l'arrachée par le Premier ministre, les finances publiques souffriront, prévoit encore le NIESR. "Un certain relâchement des finances publiques apparaît inévitable et nous nous attendons à ce que le déficit public atteigne 2% du PIB avec le risque de dépassements substantiels des objectifs budgétaires du gouvernement en cas de Brexit sans accord."

La Banque d'Angleterre elle-même vient d'abaisser ses prévisions de croissance pour les années 2019 et 2020 à 1,3%, contre respectivement 1,5% et 1,6% précédemment, pour tenir compte des incertitudes du Brexit et du ralentissement de la croissance mondiale, sans envisager pour le moment un "Brexit dur".

Impasse sur la facture

Pendant la campagne en vue de remplacer Theresa May, Boris Johnson avait plusieurs fois menacé de ne pas payer la "facture" du Brexit s'il devenait Premier ministre, dans le but d'obtenir un "meilleur accord de sortie" de l'Union européenne. Ces propos lui avait valu une réponse cinglante de la France, qui a averti qu'une telle attitude serait "équivalente" à un défaut sur la dette souveraine...

Le non paiement des 39 milliards de livres (44 milliards d'euros) promis par Londres à l'Union européenne dans le cadre du projet initial de Brexit ne constituerait pas un défaut souverain, avaient cependant rétorqué les trois principales agences de notation. "Nos notes s'appliquent en effet aux obligations de dette commerciale".

"Les notes souveraines concernent les risques encourus par les investisseurs privés et non ceux assumés par des entités officielles", avait fait savoir Moody's en 2015 quand la Grèce renégociait les termes de prêts obtenus de la zone euro et du Fonds monétaire international dans le cadre de ses plans de sauvetage...

Engagements financiers

"Je pense que nos amis et partenaires doivent comprendre que l'argent sera conservé jusqu'à ce que nous soyons plus au clair sur ce qui nous attend. Pour obtenir un bon accord, l'argent est un excellent solvant et un très bon lubrifiant", avait déclaré Boris Johnson dans une interview accordée au Sunday Times le mois dernier.

La "facture du Brexit" correspond à la part des engagements financiers que Theresa May a accepté en décembre de verser aux prochains budgets européens, soit une somme de 35 à 39 milliards de livres (39 à 44 milliards d'euros) - l'Union européenne n'a jamais validé ce montant...

Vers une pénurie de médicaments ?

L'une des grandes craintes des britanniques est une possible pénurie de médicaments à grande échelle si aucun n'accord de sortie du pays de l'Union européenne n'est trouvé, avait déclaré le directeur général du géant pharmaceutique AstraZeneca, Pascal Soriot, cité par le Sunday Times en début d'année.

Certains groupes ont constitué des stocks de médicaments en vue du Brexit, mais la complexité de la chaîne d'approvisionnement dans le secteur pharmaceutique complique la situation : "Nous avons des produits qui font des aller-retours entre la Grande-Bretagne et l'Union européenne à de différents stages de fabrication. S'ils sont bloques quelque part, nous allons avoir un problème".

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