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Bourse : à quoi s'attendre en 2019 ?

Bourse : à quoi s'attendre en 2019 ?

William Davies, responsable marchés actions de Columbia Threadneedle Investments, fait le point...

Bourse : à quoi s'attendre en 2019 ?
Crédit photo © Reuters

(Boursier.com) — William Davies, responsable marchés actions de Columbia Threadneedle Investments, fait le point sur la situation financière mondiale pour aborder l'exercice 2019... Il examine ainsi dans une étude les perspectives de marché avec les tensions commerciales qui restent au centre des préoccupations.

Les actions ont fortement corrigé à l'issue d'une année 2018 décevante. Malgré une croissance des bénéfices de plus de 20% aux Etats-Unis (et d'environ 10% dans les autres pays développés), le marché actions américain a corrigé en fin d'année, tandis que les autres marchés développés ont cédé dans l'ensemble près de 10% en dollars, effaçant ainsi les solides performances enregistrées en 2017.

Tirs croisés

Plusieurs facteurs d'inquiétude - guerre commerciale totale, hausse des rendements, ralentissement de l'économie chinoise et accroissement des risques géopolitiques, du fait notamment de problèmes locaux tels que la crise budgétaire en Italie et le Brexit - se sont conjugués pour déstabiliser les marchés et entraîner un repli des actions...

"Si l'une ou l'ensemble de ces craintes devaient se concrétiser, nos prévisions de croissance pour 2019-20 seraient remises en cause. Cela pourrait en outre être le signe que le cycle touche à sa fin, ce qui serait totalement cohérent avec la baisse des actions... Mais tout ceci nous amène à une question centrale : à quoi devons-nous nous attendre concrètement en 2019 ?" commente le spécialiste.

Analyse des facteurs d'inquiétude

Commerce

"Le commerce est notre principale préoccupation, et les développements en la matière seront déterminants à tous les autres égards. Si une issue est trouvée à l'impasse actuelle, les perspectives plus larges s'en trouveront améliorées - et vice versa. Le pire scénario prévoit une poursuite de l'augmentation progressive et de l'élargissement des droits de douane, et les marchés sont lucides quant aux conséquences relativement désastreuses que cela pourrait avoir".

Mais en arriverons-nous là ? Avec une personnalité aussi versatile à la Maison-Blanche, rien ne sert de se perdre en conjectures... Cependant, le président Trump a laissé entendre par le passé qu'il opterait plus volontiers pour des droits de douane faibles, voire nuls, plutôt qu'élevés, mais son moyen privilégié pour parvenir à un accord satisfaisant du point de vue des Etats-Unis a été de brandir des menaces - et celles-ci ont été suivies d'effets très concrets. Toutefois, l'accord conclu - au terme de 11 heures de pourparlers - entre les Etats-Unis, le Mexique et le Canada (AEUMC) dans le cadre de la renégociation de l'Accord de libre-échange nord-américain, alors qu'aucune solution ne semblait se dessiner, démontre qu'il reste très possible que les tensions avec la Chine et d'autres pays trouvent une issue similaire...

N'oublions pas que des élections présidentielles auront lieu aux Etats-Unis fin 2020, et Donald Trump ne se risquera pas à provoquer un ralentissement marqué de l'économie, voire une récession, à l'approche de cette échéance. Cela ne veut pas dire pour autant qu'il doive remédier immédiatement aux conflits commerciaux, mais il lui faudra assurément veiller à ce que la situation ne s'envenime pas en 2019.

"Il est peu probable selon nous que le pire scénario se concrétise, et des avancées peuvent survenir subitement, mais il est difficile de les anticiper"...

Taux d'intérêt

Les rendements des obligations américaines ont dépassé 3% en 2018, et ils risquent fort d'augmenter encore en 2019. En effet, les mesures de relance budgétaire adoptées aux Etats-Unis fin 2017 et mises en oeuvre en 2018 - à un stade du cycle où de nouveaux stimuli n'étaient pas nécessaires - laissent craindre une nouvelle hausse...

Conjuguée à un chômage au plus bas depuis 49 ans outre-Atlantique, il s'ensuivrait des conséquences inflationnistes, qui pourraient se traduire par une montée des revendications salariales (une nette tendance haussière des salaires étant observée aux Etats-Unis et au Japon) et une poussée des prix. "Cependant, les autres facteurs d'inquiétude, associés à des problèmes structurels tels que le vieillissement démographique ainsi que la technologie et ses effets disruptifs, contribuent à ralentir la hausse des rendements, qui n'ont pas évolué comme nous l'attendions".

Si une solution est apportée aux conflits commerciaux, la perspective d'une accélération de la croissance pourrait nous amener à craindre une légère hausse des rendements obligataires au cours de 12 prochains mois, mais en l'absence de solution, un tel scénario semble objectivement peu probable...

Chine et marchés émergents

Les frictions commerciales ont entraîné un ralentissement de certains secteurs de l'économie de consommation chinoise, qui continue cependant d'afficher une croissance relativement solide. Pékin a adopté quelques mesures de relance budgétaire, qui visent toutefois davantage à soutenir l'économie qu'à la doper... En cas de résolution des différends commerciaux, le gouvernement chinois pourrait de nouveau durcir sa politique, ou du moins mettre fin à ses stimuli. En revanche, si les tensions persistent, on peut s'attendre à ce qu'il continue d'adoucir le ton dans un souci de relance. "Si ce ralentissement a certes des conséquences, elles ne sont pas, selon nous, de nature à déstabiliser fortement l'économie mondiale à l'heure actuelle"...

Les marchés émergents ont notamment été durement touchés au cours de l'année écoulée, du fait en partie de la vigueur du dollar. Cependant, le billet vert semble perdre de son allant à mesure que l'effet des propres mesures de relance budgétaire de Donald Trump s'estompe, de sorte que les marchés émergents devraient retrouver du tonus dans les mois à venir.

Géopolitique

Plusieurs pays ont actuellement à leur tête des dirigeants résolus, voire dominateurs, et Donald Trump, Vladimir Poutine, Xi Jinping ou même Shinzo Abe montrent des tendances plus nationalistes. Lorsque des dirigeants de cette trempe recourent à la menace pour atteindre leurs buts, il en résulte inévitablement des tensions, ce qui augure d'une hausse de la prime de risque des actions...

Là encore, toutefois, un désamorçage des conflits commerciaux pourrait permettre d'apaiser quelque peu ces tensions... Mais il reste tout à fait possible que d'autres problèmes imprévus - attaques de cybersécurité ou troubles consécutifs à des élections, par exemple - surgissent dans le courant de l'année et viennent assombrir un peu plus le climat international...

En Europe, notamment, deux facteurs restent susceptibles de déstabiliser les marchés, quoique dans une moindre mesure que la guerre commerciale à l'échelle planétaire. "En Italie, la crise budgétaire pourrait s'amplifier, bien que nous ne voyions aucune raison à cela, car la marge de désaccord entre Rome et la Commission européenne est ténue". Le Brexit, en revanche, est un véritable imbroglio, dont les scénarios de sortie sont multiples. Mais en toute objectivité, ça n'est pas un problème mondial : c'est un point d'achoppement interne à l'Europe et un problème propre au Royaume-Uni, susceptible toutefois d'être lourd de conséquences au niveau régional...

Le commerce d'abord

"Si l'on considère tous ces facteurs dans leur globalité, le thème central qui focalise notre attention à l'horizon 2019 reste le commerce... Selon nous, une avancée sur ce front serait très bénéfique pour les marchés actions, mais, à l'inverse, si la situation se détériore, les marchés en pâtiront et l'environnement mondial s'en trouvera affaibli".

"Bien que, selon notre scénario de base, nous soyons à un stade avancé du cycle, nous ne sommes pas pour autant proches de la fin de celui-ci. La croissance a été faible en Europe et au Japon au cours de ce cycle, et bien qu'elle ait été un peu plus vigoureuse aux Etats-Unis, nous ne pouvons nous résoudre à penser qu'elle a atteint un plus haut sachant que des élections auront lieu outre-Atlantique en 2020 et qu'il est dans l'intérêt du président d'aborder cette échéance dans un contexte de croissance".

Si les tensions commerciales sont gérées de manière à éviter le pire - et les leaders mondiaux sont assurément en mesure de trouver une solution -, les perspectives pour 2019 pourraient s'avérer plus favorables pour les marchés actions, qui seraient dès lors à même d'afficher des rendements positifs...

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