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Wirecard : E&Y dans l'oeil du cyclone

Wirecard : E&Y dans l'oeil du cyclone
Wirecard : E&Y dans l'oeil du cyclone
Crédit photo © Reuters

(Boursier.com) — Et maintenant ? Alors que Wirecard a déposé le bilan, de nombreux regards sont désormais tournés vers E&Y. Et pour cause, l'ancien Ernst & Young est commissaire aux comptes de la fintech allemande depuis 2011. Du côté du cabinet d'audit on se défend de toute responsabilité, le groupe britannique accusant son client d'une "fraude élaborée et sophistiquée" qui a notamment permis la disparition de près de 2 milliards d'euros.

Une 'fraude élaborée et sophistiquée' pour E&Y

"Il y a des indications claires qu'il s'agissait d'une fraude élaborée et sophistiquée, impliquant de multiples parties à travers le monde dans différentes institutions, dans un but délibéré de tromperie", explique EY Germany, ajoutant que "même les procédures d'audit les plus robustes et les plus étendues peuvent ne pas mettre à jour une fraude collusoire".

Colère des investisseurs...

Mais tout le monde ne partage pas cet avis. "Ernst & Young porte la responsabilité de tout cela", affirme ainsi à 'Bloomberg' Neil Campling, analyste chez Mirabaud qui a un objectif de prix de zéro sur Wirecard depuis mars 2019. "Ils ont été escroqués comme tout le monde mais, en tant qu'auditeurs, ils auraient dû vérifier. Il est étonnant qu'ils aient signé les comptes 2018".

Chez les investisseurs, la colère gronde logiquement. "Il est effrayant de voir combien de temps Wirecard AG a pu fonctionner sans être contestée par les auditeurs", déclare Wolfgang Schirp, un avocat qui a intenté une action en justice contre EY au nom des actionnaires. La plainte de Schirp, qui a été déposée ce mois-ci avant que la fraude ne soit révélée, allègue que EY n'a pas signalé qu'un milliard d'euros d'actifs avait été incorrectement comptabilisé en 2018, souligne Bloomberg. VEB, une association qui représente les investisseurs européens privés et institutionnels, prépare également une action en justice contre EY, qu'elle prévoit de déposer en Allemagne dans les prochaines semaines.

Certains investisseurs sont furieux qu'EY n'ait pas cherché à clarifier les déclarations publiques antérieures de Wirecard, qui, selon eux, ont induit le marché en erreur. En mai, la firme allemande a par exemple déclaré qu'E&Y lui avait dit qu'elle n'avait encore été informée d'aucune constatation importante, bien que toutes les procédures d'audit n'aient pas été achevées. "Nous pensons que EY aurait dû expliquer au marché qu'ils n'avaient pas encore terminé l'audit", note Paul Koster, PDG de VEB. "C'est incroyable qu'EY ait laissé échapper ce commentaire", a-t-il déclaré, ajoutant que les commentaires avaient conduit les investisseurs à prendre des décisions sur la vente ou l'achat d'actions Wirecard qu'ils n'auraient pas prises autrement.

Et du monde politique

La révélation de cette affaire, sans aucun doute le plus grand scandale financier outre-Rhin, a également provoqué de nombreuses réactions du côté politique. Le ministre allemand des finances, Olaf Scholz, a ouvertement critiqué les auditeurs mais aussi les régulateurs du marché (Bafin en tête) alors que certains députés européens, dont Luis Garicano et Sven Giegold, se sont prononcés en faveur d'une modification des règles d'audit européennes. Selon eux, des incitations perverses apparaissent lorsque les sociétés contrôlées peuvent librement engager et licencier leurs propres auditeurs : "en conséquence, les cabinets d'audit sont fortement incités à satisfaire leurs clients plutôt qu'à exercer un contrôle". L'affaire n'a pas fini de faire des vagues.

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