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Cotation du 01/12/2020 à 19h11 AIG - American International Group +3,07% 39,620$
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AIG : vers le démantèlement ?

AIG : vers le démantèlement ?

(Boursier.com) — La semaine dernière, les américains se sont émus des sommes astronomiques versées par l'assureur AIG à plusieurs banques dans le monde pour remplir ses engagements contractuels. 94 Milliards de Dollars ont ainsi quittés ses caisses à destination de ses contreparties bancaires, dont 19,1 Milliards de Dollars pour les 3 principaux établissements français cotés, Crédit Agricole, [US:]BNP Paribas[:US] et Société Générale. Cela représente plus de la moitié des 173 Milliards de Dollars d'aides reçues par le groupe en provenance du plan de soutien décidé par Washington, et qui frappe les contribuables américains au portefeuille.

En voilà qu'au cours du week-end, le 'Wall Street Journal' a révélé qu'AIG, qui a publié la plus forte perte de l'histoire du capitalisme au titre de son exercice 2008 (99,3 Milliards de Dollars !), paiera quand même des bonus à certains de ses dirigeants. Pour ajouter l'injure à l'outrage, ou le contraire, une bonne partie de ces primes (165 Millions de Dollars environ, dans un premier temps du moins) est destinée à AIG Financial Products, la filiale qui a contribué à la chute du géant en vendant des produits d'assurance contre les défauts de crédit à risque. L'annonce a évidemment provoqué un tollé, tollé unanime d'ailleurs, chez les particuliers, les politiques et dans les milieux judiciaires. Andrew Cuomo, le procureur général de New York, qui est en charge du dossier, a révélé que 73 cadres et dirigeants auraient ainsi reçu un bonus dépassant le Million de Dollars, dont un haut dirigeant crédité de 6,4 Millions de Dollars. "Ces paiements ont tous été effectués en faveur de personnes dans la filiale dont la performance a provoqué des pertes terribles et failli provoquer la faillite d'AIG", a écrit Cuomo à Barney Frank, le parlementaire démocrate qui préside la Commission des Services Financiers de la chambre, sans hésiter à enfoncer le clou "ainsi, la semaine dernière, AIG a fait plus de 73 Millionnaires dans l'unité qui a perdu tant d'argent qu'elle a mis la firme à genoux, forçant à un sauvetage par les contribuables". Le procureur général entend également se pencher sur 11 salariés ayant reçu de copieuses "primes de rétention" (primes destinées à les faire rester dans l'entreprise) mais... qui ne font plus partie des effectifs ! Son homologue du Connecticut, où est basée la division incriminée, n'entend pas non plus rester les bras croisés sur l'affaire des bonus et a promis de prendre "toutes les mesures nécessaires pour combattre cette énorme utilisation indue de l'argent des contribuables".

Le nouveau patron d'AIG a affirmé qu'il était lié par des accords signés antérieurement à son arrivée. Des accords signés au printemps 2008 qui ont laissé pantois Cuomo, qui y a eu accès. Il souligne notamment que certains d'entre eux présentent une hausse des bonus de 100% par rapport à 2007, alors qu'il était déjà manifeste que la situation financière de la société devenait "désastreuse". L'affaire s'est désormais déplacée sur le terrain politique. Les leaders républicains tirent à boulets rouges sur Tim Geithner, le Secrétaire au Trésor de Barack Obama, à qui ils reprochent d'avoir fait une rallonge de 30 Milliards de Dollars à AIG il y a 15 jours sans l'avoir assortie de conditions assez strictes. Geithner s'est défendu dans une lettre à Nancy Pelosi, la patronne de la Chambre des Représentants, en affirmant avoir examiné avec des juristes de quelle façon il était possible de faire annuler juridiquement ces bonus, mais avoir conclu que cela était impossible. Il a en outre demandé à Ed Liddy, le patron d'AIG, de faire en sorte d'éliminer le reste des primes prévues cette année, mais rien ne dit que l'intéressé aura la marge de manoeuvre nécessaire pour s'exécuter. En compensation, les parlementaires prévoient déjà des mesures de récupération des fonds, allant d'un retour de fonds sur la dernière aide octroyée à des propositions de taxation exorbitante des bonus versés. Certains osent même suggérer que les bénéficiaires pourraient avoir suffisamment de décence pour rétrocéder leurs bonus, histoire que la morale soit plus ou moins sauve.

Mais au-delà de cette épineuse affaire, c'est l'avenir même d'AIG qui est en jeu. Et force est de constater que tout semble avoir été fait pour que personne ne prenne en pitié l'assureur. De toute façon, le Secrétaire au Trésor a également indiqué dans le courrier adressé à Nancy Pelosi qu'il "explorera chacun des moyens responsables destinés à accélérer le processus de démantèlement" de la firme. Car dès l'origine, et même si les autorités ne voulaient pas l'avouer, l'objectif de l'administration était de fournir un enterrement de première classe à AIG. Le patron de la Réserve Fédérale Ben Bernanke n'avait pas hésité à affirmer au début du mois de mars devant le Sénat "s'il y a un épisode sur les 18 derniers mois qui m'a rendu furieux, je ne peux penser à autre chose qu'à AIG", jugeant que l'assureur opérait "comme un hedge fund" (fonds spéculatif). Le dirigeant avait justifié le sauvetage, contraint, d'AIG, par les conséquences terribles qu'une faillite aurait eue sur le système financier, mais a bien laissé comprendre qu'il n'avait pas été réalisé de gaieté de coeur. Il semble donc que la porte de sortie la plus honorable, s'il reste une once d'honorabilité dans cette affaire, consisterait à accélérer le démantèlement de l'assureur pour solder l'un des fiascos les plus retentissants du capitalisme financier. Il sera alors temps, pour le contribuable américain, de refaire ses comptes.

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