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Alexandre Baradez, Responsable de l'analyse marché chez IG

Alexandre Baradez Responsable de l'analyse marché chez IG

Une fois que le Marché sera convaincu que le point sanitaire extrême est touché...
Alexandre Baradez, Responsable de l'analyse marché chez IG

Boursier.com : Il y a un mois le risque sanitaire n'était plus un sujet pour les marchés. Le fait que Donald Trump a été contaminé à son tour par la Covid-19 et que la contamination reprenne de l'ampleur en Europe ramène t-il la question sanitaire au premier plan sur les marchés ?

A.B. : C'est le cas depuis la baisse des Marchés de la deuxième moitié de septembre. Les craintes de reconfinement et d'éventuelles lourdes conséquences sur l'activité économique du quatrième trimestre pèsent de nouveau. Pour autant, le reflux des Marchés s'est avéré relativement modeste par rapport à l'ampleur du nombre de nouveaux cas de contamination et du nombre de secteurs économiques concernés par les mesures de restriction. Et le rebond engagé depuis quelques séances permet même de regagner une grande partie du terrain perdu en septembre! La relance économique via les plans de soutien continue de constituer une sorte d'assurance pour les marchés. Dans ce contexte, il y a peu de risque d'assister à une rechute forte sur les Marchés. Attention toutefois, si les politiques devaient prendre des décisions plus dures et des mesures encore plus strictes, je ne vois pas comment le Marché pourrait tenir sur ses niveaux actuels.

Boursier.com : Joe Biden fait toujours assez largement la course en tête dans les sondages. Le Marché commence t-il à acter sa victoire ?

A.B. : L'élection rajoute de la pression sur le Marché. Le stress de marché de septembre est arrivé par les valeurs technologiques. Le Nasdaq a d'abord corrigé, mais pas le CAC40 ou le DAX. Selon moi, c'est lié à l'accroissement de l'avance de Biden dans les sondages. Le Marché craint une hausse des impôts pesant sur les groupes ayant le plus de moyen d'en payer! Les grands groupes technologiques apparaissent visés... De plus, les scénarii de démantèlement de certains de ces groupes pèsent aussi. En outre, il y a aussi un risque d'accroissement de la fiscalité sur les foyers américains les plus riches. Cela pourrait jouer sur les arbitrages de portefeuilles de fin d'année aux Etats-Unis. Et on sait que les investisseurs particuliers pèsent assez fort sur le Marché américain.

Boursier.com : Les parcours des valeurs "tech" de croissance sont donc désormais menacés ?

A.B. : Je pense que le Dow Jones pourrait faire mieux que le Nasdaq en cette fin d'année! Je ne dis pas qu'il y aura une vraie rotation sectorielle entre les "techs" et la "value", mais on peut assister à une certaine stagnation des valeurs de croissance, alors que les "value" peuvent se reprendre, elles qui ont déjà largement été vendues... Les secteurs qui ont le plus performé pourraient souffrir d'une forme d'arbitrage en leurs défaveurs, de part une victoire de Biden, de leur prix, au profit de certains secteurs "value", massacrés.

Boursier.com : Dans ce contexte les Marchés européens peuvent-ils tirer leur épingle du jeu ?

A.B. : Je le crois. Le MIB italien, l'Ibex espagnol ont vraiment sous-performé ces derniers mois et lorsque la crise sanitaire se calmera il y a fort à parier que ce sont ces indices du sud de l'Europe qui surperformeront.

Boursier.com : Les secteurs les plus pénalisés peuvent-ils enfin se reprendre ?

A.B. : Les bancaires, massacrées, commencent à rebondir. On assiste à des rapprochements en Espagne, de même qu'en Suisse... On voit aussi que Société Générale pourrait céder Lyxor. Bref, on peut assister à une petite restructuration du secteur ce qui serait bon, boursièrement parlant. De la même façon, le secteur aérien, les loisirs, le tourisme, souffrent énormément, mais des mesures d'économies de coûts sont prises, en sus des aides des Etats. Une fois que le Marché sera convaincu que le point sanitaire extrême est touché, et que les groupes ne peuvent pas aller plus mal que ça, il se repositionnera fortement sur ces secteurs. La sous-valorisation de certains titres "value", avec des ratios de cours sur bénéfices de 8 ou 10 fois, est assez criante.

Boursier.com : Quels sont vos scénarii boursiers pour les semaines à venir ?

A.B. : La question est la suivante : est-ce qu'à 4.700 points, le CAC40 a touché un point bas sur lequel il rebondit vers les 5.000 points avant d'envisager d'aller au-delà, ou bien était-ce une première alerte avant des répliques baissières à venir ? A mon sens, la probabilité de ce deuxième scénario est réel, mais je ne parlerais pas pour autant de chute comme en février/mars. En raison de la persistance de soutiens forts au Marché que constituent les mesures d'aide à l'économie des pouvoirs publics. Si le CAC40 revient sur les 5.100 / 5.200 points sur lesquels il a plafonné en fin d'été, et à les franchir, alors ce serait un bon signe et cela permettrait de viser plus haut, en direction des 6.000 points.

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