Visite historique du président turc en Arménie
par Paul de Bendern
EREVAN (Reuters) - Abdullah Gül effectuait samedi à Erevan la première visite d'un chef de l'Etat turc en Arménie dans l'espoir que sa venue contribue au rapprochement entre deux pays sans relations diplomatiques et déchirés par le souvenir des massacres d'Arméniens par les Ottomans pendant la Première Guerre mondiale.
Des hélicoptères de combat de l'armée arménienne ont escorté l'avion de Gül à son arrivée au-dessus de la capitale, où les mesures de sécurité ont été renforcées.
Le convoi du président turc a ensuite pris la direction du centre-ville, vide de toute circulation sur le trajet. Des manifestants, certains brandissant des pancartes "1915 - Plus jamais ça" et "Nous voulons la justice", s'étaient rendus sur le parcours.
A l'invitation de son homologue arménien, Gül assistera dans la soirée au match Arménie-Turquie qui compte pour les éliminatoires de la Coupe du monde de football 2010.
Dans une interview accordée à Reuters à Avignon, la France, en marge d'une réunion ministérielle de l'UE, le chef de la diplomatie turque Ali Babacan a estimé que cette visite du président à Erevan pourrait ouvrir la voie à une reprise des relations diplomatiques entre les deux pays.
A son départ d'Ankara, Abdullah Gül a également souligné l'importance de ce déplacement.
"Ce match est important, au-delà du fait qu'il s'agit de la première rencontre entre les équipes nationales arménienne et turque. Il a une signification qui peut amener d'importantes opportunités", a-t-il dit lors d'une conférence de presse.
"J'espère que le match d'aujourd'hui contribuera à lever les obstacles au rapprochement de deux peuples qui ont une histoire commune et contribuera à la paix et à la stabilité dans la région", a poursuivi Gül.
DECLIC APRES LA CRISE GEORGIENNE
"Nous avons vu il y a un mois comment les questions irrésolues dans le Caucase menaçaient la paix (...) Effectuer ce voyage en un tel moment renforce encore son importance", a-t-il ajouté, faisant allusion au récent conflit entre la Géorgie et la Russie.
Abdullah Gül a précisé que ses entretiens avec son homologue arménien Serj Sarksian porteraient notamment sur les relations bilatérales et le dossier du Haut-Karabakh, région d'Azerbaïdjan peuplée majoritairement d'Arméniens et qui a proclamé son indépendance en 1991.
La Turquie n'a jamais ouvert d'ambassade en Arménie et en 1993 a fermé sa frontière terrestre avec ce pays, en signe de solidarité avec l'Azerbaïdjan turcophone sur le dossier du Haut-Karabakh.
Mais la crise entre la Russie et la Géorgie le mois dernier à propos de l'Ossétie du Sud a convaincu Ankara et Erevan qu'il était temps d'opérer un rapprochement.
Parlant avec des journalistes à bord de l'avion qui le conduisait à Erevan, Gül a salué la décision "courageuse" de son homologue arménien de l'inviter au match de samedi soir, une initiative qui, a-t-il espéré, créera un climat favorable à un futur dialogue.
A Erevan, la police a renforcé les mesures de sécurité en interdisant notamment la circulation à proximité du stade Hrazdan et de la présidence.
Le parti nationaliste arménien Dachnaktsoutioune a annoncé qu'il manifesterait contre la venue du président turc.
Ses militants se rassembleront devant un mémorial érigé en souvenir des Arméniens victimes des Turcs pendant la Première Guerre mondiale, sur une colline dominant le stade, et allumeront des bougies.
Avec Hasmik Mkrtchian à Erevan et Paul Taylor à Avignon, version française Guy Kerivel









