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Reuters07/10/2008 à 13h44 - Soyez le premier à réagir à cet article !

Vers un procès avec Villepin dans l'affaire Clearstream

LE TRIBUNAL SE RAPPROCHE POUR DOMINIQUE DE VILLEPIN DANS L'AFFAIRE CLEARSTREAM

PARIS (Reuters) - L'ancien Premier ministre Dominique de Villepin devrait être jugé en correctionnelle dans l'affaire d'une manipulation ayant visé en 2004 des centaines de personnalités, dont Nicolas Sarkozy, au moyen de fausses listes de comptes bancaires de la société Clearstream.

Après quatre ans de procédure, le procureur de Paris, Jean-Claude Marin, devait demander mardi le renvoi en correctionnelle de l'ex-Premier ministre pour "complicité de dénonciation calomnieuse", a-t-on appris de source judiciaire.

Le juge d'instruction Jean-Marie d'Huy rendra la décision finale, qui devrait confirmer le renvoi. Compte tenu des délais habituels, le procès ne devrait pas se tenir avant fin 2009, et plus vraisemblablement en 2010.

Le procureur va aussi demander le renvoi devant le tribunal des quatre autres protagonistes de l'affaire, l'ex-vice-président d'EADS Jean-Louis Gergorin, Imad Lahoud, ancien cadre de cette société, le journaliste Denis Robert et l'ancien consultant Florian Bourges.

Ces faux listings Clearstream, société financière du Luxembourg, imputaient la détention de comptes bancaires secrets, recelant des fonds de corruption, à des dizaines de personnalités, dont Nicolas Sarkozy. Ils avaient été transmis en 2004 à la justice, qui n'avait pu mettre au jour la manipulation qu'après plus d'un an d'enquête.

Le réquisitoire marque un revirement de Jean-Claude Marin, qui avait demandé d'abord un statut de témoin pour Dominique de Villepin et n'avait pas soutenu sa mise en examen en juillet 2007 pour "complicité d'usage de faux et de dénonciation calomnieuse, recel de vol et recel d'abus de confiance".

Officiellement, le procureur a changé d'avis après un complément d'enquête mené l'été dernier à sa demande mais l'ancien Premier ministre de Jacques Chirac a une autre interprétation. Il estime que Nicolas Sarkozy, son ancien rival, veut le voir au tribunal.

Le chef de l'Etat a une position inédite dans cette affaire, puisqu'il est partie civile dans le dossier et peut donner des consignes au procureur, via le ministre de la Justice, Rachida Dati, qui revendique la position de "chef des procureurs".

L'ENQUÊTE N'A PAS TOUT ÉCLAIRCI

L'enquête, qui a véritablement démarré début 2006 après la plainte fin 2005 de Nicolas Sarkozy, n'a pas fait toute la lumière sur le mobile véritable de cette manipulation.

Après une quinzaine de perquisitions dans les endroits les plus sensibles - ministères, services secrets - a pu être reconstitué en partie l'itinéraire des fausses listes, qui comportaient le nom de l'actuel président de la République mais aussi ceux de Dominique Strauss-Kahn, Jean-Pierre Chevènement, Alain Madelin, de magistrats, d'avocats, de policiers, d'industriels ou encore d'artistes comme Laetita Casta.

Des éléments matériels, notamment des expertises informatiques, semblent désigner Imad Lahoud, un Libanais déjà condamné pour escroquerie, comme l'auteur de ces fausses listes. Il les aurait fabriquées à partir d'authentiques documents soustraits chez Clearstream en 2002 par Florian Bourges, qui réalisait alors un audit. Ce dernier les avait donnés aussi à Denis Robert, auteur d'un livre sur Clearstream.

Imad Lahoud a remis les listes à Jean-Louis Gergorin, qui a sollicité d'abord le ministère de la Défense, puis Dominique de Villepin, ministre des Affaires étrangères puis de l'Intérieur.

Dominique de Villepin a commandé en 2004 deux enquêtes, l'une au général Philippe Rondot, l'autre à la DST, qui ont toutes deux conclu à la falsification. Pourtant, Jean-Louis Gergorin a remis les listes au juge d'instruction Renaud Van Ruymbeke au printemps 2004, par le biais de lettres anonymes.

Le magistrat a alors lancé une commission rogatoire en Italie pour vérifier l'existence éventuelle d'un compte de Nicolas Sarkozy, qui s'est révélé être imaginaire.

Jean-Louis Gergorin a affirmé lors de la procédure que c'est Dominique de Villepin qui lui avait suggéré sa démarche chez le juge, mais l'ex-Premier ministre nie. Il dit avoir fait enquêter pour les seuls intérêts économiques français.

Thierry Lévêque, édité par Gilles Trequesser

read below for restriction, ©2008 ReutersReuters

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