Une dizaine de morts dans un attentat à Islamabad
par Zeeshan Haider
ISLAMABAD (Reuters) - Une dizaine de personnes ont trouvé la mort dimanche dans un attentat suicide contre des policiers qui surveillaient une manifestation de plusieurs milliers d'islamistes aux abords de la Mosquée rouge d'Islamabad, prise d'assaut il y a un an par l'armée pakistanaise.
Rehman Malik, chef de cabinet du ministère de l'Intérieur, a confirmé devant les journalistes, sur les lieux de l'attentat, qu'il s'agissait d'un attentat suicide et a évoqué un bilan de huit morts et 22 blessés.
Selon Kamran Adil, un haut responsable de la police, les policiers étaient directement visés par l'attentat qui a fait selon lui plus de dix morts, pour la plupart des policiers.
L'explosion s'est produite à quelques centaines de mètres de la Mosquée rouge à la fin de la manifestation qui s'est déroulée sous haute surveillance.
Juste après l'explosion, un flot de fidèles s'est échappé de la mosquée. Toute la ville d'Islamabad résonnait du hurlement des sirènes des ambulances qui se sont précipitées sur les lieux.
"Les policiers retournaient à leurs commissariats lorsque c'est arrivé", a déclaré Adil. "Nous avons récupéré une dizaine de corps, il y a aussi de nombreux blessés, pour la plupart des policiers. Nos hommes étaient la principale cible", a-t-il dit.
Des restes humains, des mares de sang et des bérets de policiers jonchaient la rue où a eu lieu l'attentat.
Selon le chef de cabinet du ministère de l'Intérieur, le kamikaze était un homme d'une trentaine d'années portant une courte barbe.
"Nous avons retrouvé la partie supérieure (du corps) du kamikaze", a-t-il dit sur la chaîne de télévision Geo.
Plusieurs milliers d'islamistes, réunis aux abords de la mosquée, avaient auparavant appelé au djihad (guerre sainte), à l'occasion du premier anniversaire de l'assaut donné par l'armée pakistanaise contre l'édifice religieux.
APPEL AU DJIHAD
La prise du vaste complexe, qui abritait une école coranique ou madrassa, avait fait une centaine de morts, le 10 juillet 2007, après un siège d'une semaine causé par des heurts entre les défenseurs armés de la mosquée et les policiers.
Des orateurs ont harangué la foule, de plusieurs milliers d'hommes, surtout des étudiants islamistes et accusé le président Pervez Musharraf d'être à l'origine du massacre.
"Pervez Musharraf, tu croyais pouvoir écraser le mouvement islamique en attaquant Lal Masjid (la Mosquée rouge) mais nous te le disons, tu as échoué", a déclaré devant la foule l'imam Shah Abdul Aziz, ancien député.
L'assaut "a été donné sur ordre de l'Amérique et de Bush. Mais je veux dire à l'Amérique que le djihad se poursuit et qu'il ne s'arrêtera jamais", a-t-il poursuivi.
Les étudiants de la Mosquée rouge avaient entrepris de faire appliquer à Islamabad des règles inspirées des taliban, enlevant des femmes accusées de prostitution et des policiers et attaquant les magasins de musique et les salons de beauté.
Ils avaient de plus accumulé un arsenal dans la mosquée, située au coeur de la capitale pakistanaise, non loin des bâtiments de l'administration.
En réaction à l'assaut de l'armée, les islamistes ont lancé une vague d'attentats suicides ayant fait plusieurs centaines de morts.
La sécurité avait été renforcée dimanche autour de la mosquée. La police a installé des barrages routiers, des rouleaux de barbelés et des détecteurs de métaux tout autour du quartier.
Les orateurs ont appelé le gouvernement issu des législatives de février à libérer l'ancien imam de la Mosquée rouge, Abdul Aziz, emprisonné après l'assaut de l'armée, et à reconstruire la madrassa pour femmes, rasée au même moment.
Le Pakistan fait face depuis quelques semaines à de nouvelles tentatives des islamistes d'imposer le mode de vie des taliban, cette fois dans le nord-ouest du pays, autour de Peshawar.
L'armée a lancé une vaste opération contre les bases des activistes dans la région de Khyber, proche de la grande ville du nord-ouest du pays.
Avec Kamran Haider, version française Jean-Philippe Lefief et Gwénaëlle Barzic










