Une colonne de blindés russes a quitté la Géorgie
par Aïdar Bouribaïev et Margarita Antidze
SOTCHI, Russie (Reuters) - Une colonne de blindés russes s'est retirée du centre de la Géorgie pour rejoindre le territoire russe, mouvement présenté par Moscou comme le début d'un repli sur les positions antérieures au conflit, alors que Washington manifeste une impatience de plus en plus vive.
Le numéro deux de l'état-major russe, le général Anatoli Nogovitsine, a assuré que les forces russes "se trouveront à l'intérieur de notre zone de responsabilité" d'ici la fin de journée, vendredi.
Mais le commandant Vladimir Boldirev, responsable des opérations sur le terrain, a fait savoir plus tard que "le retrait des troupes russes (...) serait achevé d'ici dix jours", précisant que ces troupes "se replieront en territoire russe".
Nogovitsine a en outre souligné que l'armée n'envisageait pas de quitter l'Ossétie du Sud et la zone tampon autour des limites administratives de la province séparatiste de Géorgie.
Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a précisé à Sotchi, sur les bords de la mer Noire, que la Russie comptait maintenir 500 militaires dans cette zone tampon et que cela était conforme à l'accord conclu la semaine dernière sous les auspices de la France.
"Il n'y aura pas de zone tampon", a aussitôt réagit le président Géorgien Mikhaïl Saakachvili, interrogé par Reuters.
Près de Verkhni Zaramag, ville russe à la frontière de l'Ossétie du Sud, un correspondant de Reuters a vu une colonne d'une vingtaine de chars, de pièces d'artillerie et de véhicules blindés de transport de troupes rentrer en territoire russe.
LES DOUTES DE TBILISSI
Plus au sud, à Tskhinvali, capitale de l'Ossétie du Sud, un caméraman de Reuters avait vu au petit matin ce convoi traverser la ville, en provenance du sud.
Saakachvili, dont la tentative de reprise de contrôle de l'Ossétie du Sud, il y a deux semaines a entraîné la violente riposte de Moscou, a quant à lui affirmé n'avoir toujours pas constaté de retrait significatif des forces russes.
"Ils ne donnent aucun signe de vouloir renoncer au contrôle" d'une partie de la Géorgie, a-t-il dit lors d'une conférence de presse à Tbilissi. "On a l'impression que le mot 'retrait' est compris de façon différente selon les pays."
La Géorgie se plaint notamment de voir les troupes russes installer des points de contrôle à la limite de la zone tampon entre l'Ossétie du Sud et le reste du pays, ce qui leur permettrait de contrôler la route qui traverse le pays d'Est en Ouest, un axe essentiel à l'économie nationale.
Les Etats-Unis ont lancé un nouvel appel au retrait immédiat des forces russes. "Le retrait doit avoir lieu et il doit avoir lieu maintenant", a dit le porte-parole de la Maison blanche, Gordon Johndroe.
L'accord de cessez-le-feu en six points négocié par la France prévoit notamment un retour des forces russes sur les positions qu'elles occupaient avant le début des hostilités.
"MESURES DE SÉCURITÉ ADDITIONNELLES"
Il autorise toutefois les soldats de la paix russes à prendre "des mesures de sécurité additionnelles" dans l'attente de la mise en place nouveaux mécanismes internationaux.
L'Ouest redoute que Moscou n'exploite cette ambiguïté pour maintenir un nombre conséquent de militaires à l'intérieur des limites administratives de l'Ossétie du Sud, où l'armée russe est présente depuis 1992, mais aussi sur le territoire géorgien proprement dit.
Selon le général américain John Craddock, commandant opérationnel de l'Otan en Europe, les Etats-Unis vont probablement aider la Géorgie à reconstruire son armée après le conflit avec la Russie.
A l'Onu, la Russie a mis en échec mardi soir un projet de résolution présenté au Conseil de sécurité et appelant au respect de l'intégrité territoriale de la Géorgie. La délégation russe a fait circuler mercredi son propre projet de résolution demandant d'avaliser l'accord en six points.
L'Otan a décidé de geler en début de semaine ses contacts réguliers avec la Russie, qui en réponse a informé l'Alliance qu'elle suspendait aussi sa coopération avec elle, a déclaré jeudi à Bruxelles Carmen Romero, porte-parole de l'organisation.
Sergueï Lavrov a toutefois déclaré aux journalistes à Sotchi que la Russie ne voulait pas "fermer la porte" à l'Otan. Il a rappelé qu'une partie du matériel destiné à la force internationale en Afghanistan transitait par le territoire russe.
L'Abkhazie, autre province géorgienne sécessionniste soutenue par Moscou, a demandé mercredi que la Russie reconnaisse son indépendance. L'Ossétie du Sud entend faire prochainement de même, a dit jeudi son dirigeant Edouard Kokoïti, lors d'une manifestation à Tskhinvali en hommage aux victimes du conflit.
Avec Kazbek Bassaïev à Tskhinvali, version française Henri-Pierre André et Guy Kerivel









