Un clivage se forme entre pays riches et pauvres sur le climat

par Alister Doyle
ACCRA (Reuters) - La volonté des pays développés de voir ceux en développement jouer un rôle plus actif dans la lutte contre le réchauffement ouvre peu à peu une division entre les deux camps, dans les négociations de l'Onu sur le prochain accord climatique.
L'Union européenne souhaite ainsi que certains pays en développement, comme Singapour, l'Argentine ou des membres de l'Opep, devenus plus riches que certains pays développés, consentent à davantage d'efforts dans la réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre.
"Nous voulons que certains pays développés en fassent plus", a souhaité Brice Lalonde, qui dirigeait la délégation de l'Union européenne lors de la conférence d'Accra, au Ghana, du 21 au 27 août. Il a appelé à différencier davantage les pays en développement les uns des autres.
La réunion d'Accra s'inscrivait dans la série de conférences destinées à mettre sur pied avant fin 2009 un traité remplaçant le protocole de Kyoto, qui expire en 2012.
En vertu de Kyoto, 37 pays développés se sont engagés à réduire leurs émissions de 5% par rapport à leur niveau de 1990 à l'horizon 2008-2012. Les pays en développement, dont la Chine et l'Inde, ne sont astreints à aucun objectif. Les Etats-Unis, qui ont signé Kyoto mais ne l'ont jamais ratifié, sont le seul pays riche à ne pas être concerné.
NOUVEAUX PAYS RICHES
De nombreux pays pauvres, réunis en un bloc pour les négociations sous l'égide de l'Onu, s'opposent fermement à toute redéfinition du clivage riche/pauvre et dénoncent une tentative des pays développés de se dispenser d'un effort supplémentaire pour réduire leurs émissions.
"La Convention (des Nations unies sur le climat de 1992) n'envisage aucune différentiation entre les pays en développement", a souligné Byron Blake, représentant d'Antigua et Barbuda, qui préside un groupe de plus de 130 pays en développement, baptisé "G77 plus Chine". "Toute discussion en ce sens ne serait que "détournement des efforts", a-t-il déclaré à Reuters.
L'Union européenne, le Japon et l'Australie estiment injuste d'attendre du groupe des pays riches, tel que défini il y a vingt ans, de continuer à assumer l'essentiel des efforts.
Depuis le début des années 1990, des pays non signataires de Kyoto, comme le Mexique ou la Corée du Sud, ont fait leur entrée dans l'Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE), rejoignant ainsi le club des pays riches.
D'autres, comme l'Argentine ou le Qatar, disposent d'un revenu par habitant plus élevé que certains pays engagés par Kyoto, comme la Russie ou certains membres de l'UE en Europe de l'Est.
"La plupart des pays en développement ne sont pas favorables à la différentiation", a déclaré à Reuters Yvo de Boer, secrétaire exécutif de la convention-cadre des Nations unies sur le climat.
Le prochain traité devrait demander aux pays développés de réduire davantage leurs émissions pour 2020, et aux pays en développement d'entreprendre des "actions" pour ralentir la croissance des leurs.
Plusieurs pays non signataires de Kyoto ont promis de faire davantage d'efforts. La Corée du Sud a annoncé son intention de se fixer un objectif contraignant de réduction des émissions, et veut servir d'intermédiaire entre pays riches et pauvres.
L'Afrique du Sud a de son côté esquissé un scénario selon lequel ses émissions commenceraient à décroître à partir de 2020-2025.
Toutefois, les désaccords entre les deux grands groupes de pays "seront un problème lors des prochaines réunions", a prédit Harlan Watson, chef de la délégation américaine.
Version française Gregory Schwartz









