Sarkozy et Merkel s'invitent mutuellement à coopérer
par Emmanuel Jarry
COLOMBEY-LES-DEUX-EGLISES, Haute-Marne (Reuters) - Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont déclaré samedi que la coopération et la confiance entre la France et l'Allemagne constituaient une des clefs de la réponse de l'Europe à la crise financière internationale, qui a mis ces dernières semaines les relations entre les deux pays à l'épreuve.
La chancelière allemande a apporté son soutien aux initiatives du président français, également président du Conseil européen, qui a convoqué dimanche à Paris un sommet de l'Eurogroupe, à l'issue d'une semaine de chute infernale pour les bourses européennes.
Tous deux se sont retrouvés à Colombey-les-Deux-Eglises, en Champagne-Ardenne, pour inaugurer un mémorial consacré au général Charles de Gaulle mais, surtout, pour accorder leurs violons à la veille de ce sommet.
L'un et l'autre ont invoqué les mânes de Charles de Gaulle et du chancelier Konrad Adenauer, qui ont scellé le 14 septembre 1958 à Colombey-les-Deux-Eglises, dans la résidence familiale du fondateur de la Ve République française, la réconciliation franco-allemande, après la seconde guerre mondiale.
"Nous ne trouverons pas chez le général de Gaulle les réponses toutes faites aux questions que nous nous posons aujourd'hui", a déclaré Nicolas Sarkozy dans une allocution. "Mais en essayant d'être à la hauteur de l'exemple qu'il nous a donné, nous aurons une chance d'être à la hauteur des événements auxquels l'histoire nous confronte aujourd'hui."
"Mme la Chancelière, travaillons ensemble à la grandeur de nos deux pays (...), travaillons ensemble comme le firent le chancelier Adenauer et le général de Gaulle (...) et nous ferons le bonheur de nos deux peuples et nous assumerons alors le bonheur de toute l'Europe", a-t-il poursuivi.
DÉJEUNER DE TRAVAIL
L'Europe, bousculée par une "crise sans précédent", ne gardera son unité et ne pourra agir que si la France et l'Allemagne travaillent ensemble "dans la confiance la plus totale et dans l'amitié la plus exemplaire", a-t-il insisté.
Angela Merkel a abondé dans son sens et estimé que la "remarquable coopération politique" entre la France et l'Allemagne jouait un "rôle déterminant" en Europe.
"Nous savons tous que l'Europe ne peut réussir qu'ensemble. C'est ce qui nous motive, quand bien même avons-nous parfois des divergences", a-t-elle déclaré. "En ayant conscience de cela, nous soutenons la France face aux défis difficiles qui ont été posés à l'actuelle présidence française (de l'UE)."
"Est-ce que nous saurons organiser les marchés pour qu'ils servent l'homme et ne le ruine pas ?" Telle est une des questions qui se posent aujourd'hui à l'Europe et à ses institutions, a poursuivi la chancelière allemande.
"Ce que nous vivons actuellement, c'est un excès des marchés qu'il faut contenir et remettre dans un ordre social (...) qui doit caractériser l'Europe", a-t-elle ajouté. "Telle est en tout cas notre conviction partagée."
Les deux dirigeants avaient ensuite un déjeuner de travail.
Le président français, accompagné notamment par le Premier ministre François Fillon, avait accueilli en fin de matinée la chancelière allemande et sa délégation au pied de l'immense croix de Lorraine en granit qui domine le village de 650 âmes devenu un lieu de pèlerinage pour les nostalgiques du gaullisme.
Nicolas Sarkozy a embrassé Angela Merkel à sa descente de voiture, puis serré la main des conseillers de la chancelière.
"J'ai beaucoup de mal avec eux !" a-t-il lancé en riant. "Tous les gross, gross problèmes sont ici !"
A quelque pas, en retrait, le secrétaire général adjoint de l'Elysée, François Pérol, chef de la cellule économique de la présidence française, avait l'oreille vissée à son téléphone portable. Interrogé sur ce que pourrait donner le sommet de l'Eurogroupe, ce très proche collaborateur de Nicolas Sarkozy n'avait qu'une réponse : "Work in progress !" ("Travaux en cours").
Emmanuel Jarry, édité par Elizabeth Pineau









