Otages en Colombie: lorsque la réalité tutoie le cinéma

par Hugh Bronstein
BOGOTA (Reuters) - Les soldats de l'armée colombienne qui ont libéré mercredi Ingrid Betancourt et quatorze autres otages des mains des Farc avaient répété leurs rôles à maintes reprises avant de se jeter dans la gueule du loup.
En tête d'affiche de ce scénario digne des grands films à suspense figurait le chef de l'opération de sauvetage, un soldat colombien à qui l'on avait demandé de se faire passer pour un humanitaire italien.
Introduit avec son équipe au sein de la jungle colombienne, véritable fief des Farc où personne n'ose s'aventurer d'ordinaire, le soldat reconverti en acteur de cinéma est parvenu à persuader les rebelles de l'utilité de transférer les otages dans un autre camp, afin de rencontrer le chef de la guérilla.
Crédible, l'homme a même réussi à désarmer l'un des rebelles censés accompagner les prisonniers à bord d'hélicoptères peints en rouge et blanc, de la même couleur que les appareils utilisés traditionnellement par les organisations humanitaires.
JOURNALISTES FICTIFS
La suite de l'histoire est connue. Piégés comme des rats par les soldats colombiens, les Farc ont perdu leur otage la plus célèbre ainsi que trois ressortissants américains dont la rébellion comptait se servir pour continuer à faire pression sur Bogota et Washington.
Dans une vidéo dévoilée vendredi par le ministre de la Défense colombien Manuel Santos, chacun peut constater l'incrédulité puis la joie ressenties par les otages lorsque le rideau rouge est tombé.
"Il s'agissait beaucoup plus d'une opération des services secrets que d'une opération militaire", a rappelé le ministre.
La vidéo d'une durée de trois minutes a été tournée encore une fois par des journalistes fictifs, membres de l'armée colombienne.
Dans cet extrait, on aperçoit les otages attachés montant à bord de l'hélicoptère, certains d'entre eux s'adressant à la caméra afin de délivrer des messages à leurs proches.
L'idée d'attacher les otages est venue des soldats colombiens, a précisé le ministre, et ce dans un souci de se rendre encore plus crédibles vis-à-vis des Farc.
Autre détail anecdotique, Manuel Santos a expliqué que les soldats du commando d'élite avaient regardé de nombreux films d'actions ces derniers mois, étudiant notamment les exemples de prises d'otages à travers le monde avec attention.
Version française Olivier Guillemain










