3 réactionsNicolas Sarkozy confirme la généralisation du RSA en 2009
par Emmanuel Jarry
CHANGE, Mayenne (Reuters) - Nicolas Sarkozy a pris à contre-pied l'opposition mais également une partie de sa majorité en confirmant la généralisation en 2009 du revenu de solidarité active (RSA) et son financement par la taxation des revenus du capital et du patrimoine.
Lors d'un déplacement en Mayenne, où ce mécanisme d'incitation de retour à l'emploi et d'aide aux travailleurs pauvres a été expérimenté, le chef de l'Etat a confirmé qu'une surtaxe de 1,1 point serait appliquée à partir de début 2009 sur les revenus du patrimoine et de placements.
Objectif : financer le coût supplémentaire, évalué à 1,5 milliard d'euros en année pleine, du RSA, qui remplacera le revenu minimum d'insertion (RMI) et l'allocation parent isolé.
"Ce ne sont pas les déficits qui financeront la réforme", a dit Nicolas Sarkozy dans un discours à Changé, près de Laval.
A ceux qui s'élèvent, à droite et dans le patronat, contre la création d'un nouvel impôt, il a rappelé qu'il avait supprimé les droits de succession "pour 95% des Français", permis aux contribuables assujettis à l'impôt de solidarité sur la fortune de convertir cet ISF en investissement et baissé le plafond du "bouclier fiscal" - des mesures qui lui ont valu d'être accusé par la gauche de faire des "cadeaux aux riches".
"J'estime qu'il est normal, dans un effort de solidarité, que chacun contribue à sortir trois millions de nos compatriotes de la pauvreté ou de l'exclusion", a-t-il expliqué. "Ce n'est pas une allocation de plus ; c'est le travail qu'on récompense."
"S'il y a de l'argent pour le haut il doit aussi y avoir de l'argent pour le bas", a-t-il ajouté.
Outre Laurence Parisot, présidente du Medef, plusieurs élus de la majorité, l'ex-Premier ministre Edouard Balladur en tête, ont exprimé leur désaccord sur la voie de financement choisie.
"C'est une voie qui est mauvaise, c'est une démission de l'exécutif par rapport à la mauvaise gestion des flux financiers dont il dispose", a ainsi déclaré sur LCI le sénateur UMP et ancien ministre délégué au Budget Alain Lambert.
Pour le député UMP Hervé Mariton, le mode de financement du RSA "n'est pas acceptable" car "on a pas envie de créer des impôts." Un autre député de la majorité, Lionnel Luca, parle d'une "annonce incongrue" qu'il attribue à l'influence de certaines ministres de l'ouverture à gauche.
En revanche, l'ex-Premier ministre Alain Juppé estime que la gouvernement a choisi "la moins mauvaise solution."
LE PS PERPLEXE
Pris à revers, le premier secrétaire du Parti socialiste François Hollande a reconnu qu'il y avait "plus de légitimité à faire financer les revenus des plus modestes par une contribution des plus riches."
Mais dans un communiqué, le PS estime que les solutions de financement avancées par Nicolas Sarkozy "laissent perplexes." "Le gel de la prime pour l'emploi (PPE) en 2009 n'est pas admissible au moment où les salariés modestes subissent les effets de la hausse des prix notamment de ceux des produits de première nécessité", avance-t-il.
A l'inverse, la direction de l'UMP s'est employée depuis mercredi à défendre une façon de "répartir le pouvoir d'achat de manière plus juste."
"Je suis sûr que la majorité sera contente d'avoir fait cette réforme et l'opposition aussi, peut-être", a dit pour sa part aux journalistes Martin Hirsch, Haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté.
Le chef de l'Etat a choisi de faire ces annonces à l'orée d'une rentrée sociale qui risque d'être tendue par le ralentissement de la croissance économique et les inquiétudes des Français en matière de pouvoir d'achat.
Le RSA a été conçu par Martin Hirsch, un des symboles de l'ouverture à gauche du gouvernement de Nicolas Sarkozy.
Ce mécanisme offre un complément de revenu aux bénéficiaires du RMI ou aux travailleurs pauvres, jusqu'à 1,04 smic pour une personne seule et jusqu'à 1.800 euros de revenus pour un couple avec deux enfants. Il est essentiellement destiné aux personnes qui prennent un emploi à temps partiel ou aux ménages dont les revenus ne dépassent pas le seuil de pauvreté.
"A la différence du RMI où il n'y a aucune obligation (...) ceux qui refuseront deux offres d'emplois ou de formation seront pénalisés et ne toucheront plus le RSA", a expliqué Nicolas Sarkozy à des journalistes à l'issue de son discours.
Contrairement à ce que craignaient l'opposition et les syndicats, la prime pour l'emploi, autre mécanisme d'incitation au retour sur le marché du travail, ne sera pas supprimée, mais elle ne sera pas indexée sur l'inflation en 2009. A l'avenir, les ménages éligibles au RSA et à la PPE choisiront le mécanisme le plus favorable pour eux.
Cette réforme sera débattue au Parlement à partir du 22 septembre, dans le cadre de la session extraordinaire.
"Il n'y a pas de grosses critiques, il y a un débat, ce qui est tout à fait normal", a déclaré Nicolas Sarkozy, interrogé sur les voix discordantes dans sa majorité sur cette réforme.
Edité par Sophie Louet









