Le bilan s'alourdit en Birmanie, Paris en contact avec la junte

par Aung Hla Tun
RANGOUN (Reuters) - La junte birmane a organisé samedi pour des diplomates étrangers un déplacement dans le delta de l'Irrawaddy, où le bilan du passage du cyclone Nargis dépasse désormais les 133.000 morts et disparus.
Mais le bilan risque de s'alourdir encore: 2,5 millions de Birmans ont été durement affectés par le cyclone et la junte birmane refuse d'ouvrir le pays à une opération humanitaire de grande ampleur à la hauteur de la catastrophe.
L'armée, qui dirige la Birmanie depuis 1962, affirme qu'elle est en mesure de gérer seule l'acheminement et la distribution de l'aide aux populations démunies. Les généraux semblent redouter l'arrivée massive de secouristes et de logisticiens étrangers sur son sol.
Illustration de leur intransigeance, l'ambassadeur birman aux Nations unies a accusé vendredi la France d'avoir dépêché "un navire de guerre" au large de ses côtes.
Le Mistral, porte-hélicoptères de la marine française utilisé de manière ponctuelle dans le cadre de missions humanitaires, est arrivé au sud du delta de l'Irrawaddy samedi à 4h00 locales (vendredi 21h30 GMT) et se trouve à l'extérieur des eaux territoriales birmanes, a précisé le ministère français de la Défense.
Il avait appareillé dans la nuit de jeudi à vendredi du port indien de Chennai (ex-Madras) avec 1.000 tonnes de fret humanitaire destiné aux victimes du cyclone.
"Les modalités de délivrance de cette aide ne sont pas encore définies. Elles font l'objet de négociations avec les autorités birmanes", ajoute le ministère dans un communiqué diffusé samedi matin.
UN CRIME CONTRE L'HUMANITÉ ?
Selon Paris, l'aide transportée par le Mistral permettrait de nourrir 100.000 personnes pendant quinze jours et de fournir un abri à 60.000 sinistrés.
Pour l'ambassadeur de France aux Nations unies, Jean-Maurice Ripert, la catastrophe humanitaire actuelle pourrait se transformer en "une situation risquant de déboucher sur ce qui pourrait s'apparenter à un véritable crime contre l'humanité".
John Holmes, secrétaire général adjoint de l'Onu chargé des questions humanitaires, est attendu dimanche à Rangoun pour tenter de nouer le contact avec la junte militaire.
Michèle Montas, porte-parole des Nations unies, a indiqué que l'émissaire serait porteur d'une troisième lettre du secrétaire général, Ban Ki-moon, au généralissime Than Shwe.
Ce dernier a refusé de prendre à trois reprises au téléphone le secrétaire général de l'Onu, qui s'était publiquement déclaré lundi "immensément frustré" par la "lenteur inacceptable" de la distribution de l'aide aux victimes.
La junte a accepté que quelques vols humanitaires atterrissent à Rangoun, dont des avions américains. Mais des agences humanitaires estiment qu'une partie seulement de l'aide déchargée à Rangoun arrive jusqu'aux zones inondées du delta de l'Irrawaddy, où les besoins sont les plus importants.
La télévision birmane a relevé vendredi soir le bilan officiel du cyclone à 77.738 morts et 55.917 disparus. Des experts indépendants estiment qu'il est probablement beaucoup plus lourd. Des responsables britanniques évoquent l'hypothèse de 200.000 morts ou disparus.
Au cours des cinquante dernières années, seuls deux cyclones ont été plus meurtriers en Asie: en 1970, on avait dénombré un demi-million de morts au Bangladesh; en 1991, il y avait eu 143.000 morts, toujours au Bangladesh.
Avec Louis Charbonneau au siège de l'Onu, version française Henri-Pierre André









