La braderie de Lille n'a pas besoin de la ch'ti mania
LILLE (Reuters) -La traditionnelle braderie de Lille qui transforme la ville en un immense marché aux puces, va attirer ce week-end entre deux et trois millions de visiteurs.
Ce rendez-vous populaire annuel est le premier depuis le triomphe de "Bienvenue chez les ch'tis", plus gros succès commercial de l'histoire du cinéma français avec plus de 20 millions d'entrées, et qui a lancé une ch'ti mania dont la braderie de Lille n'a pas besoin.
"Bien sur, on pense au film mais cela va être difficile de mesurer l'impact qu'il peut avoir. Nous avons reçu beaucoup de demandes de renseignements, l'activité est plus importante cette année en amont de la braderie", remarque Bruno Cappelle, de l'Office de tourisme de Lille.
L'office de tourisme note une augmentation de 9% des touristes à avoir franchi ses portes cet été par rapport à l'an passé.
C'est l'une des illustrations de la bonne saison touristique dans le Nord Pas-de-Calais, sans qu'il soit possible de déterminer quelle part revient au film de Dany Boon.
La braderie de Lille attire tous les ans une clientèle venue de toutes les régions de France, de Belgique, des Pays-Bas et de d'Angleterre et son succès tient plus à la tradition, à l'ambiance et au tiercé "moules-frites-bière" qu'à un phénomène de mode.
"Cela fait dix ans que je viens tous les ans, alors le film vous savez...", lâche Jacques, un Picard de 52 ans, déjà installé dans son camping-car aux abords de la citadelle Vauban en attendant le coup d'envoi et l'autorisation de déballer.
"La braderie de Lille, c'est l'un des symboles positifs de la région, elle illustre la culture populaire d'une région où se mélange l'élitisme et le populaire", note Elise Ovart-Baratte, chercheuse en histoire contemporaine à l'université de Lille 3, qui travaille sur l'image du Nord Pas-de-Calais.
"L'image que véhicule le film est une image d'il y a trente ans, une image passéiste, misérabiliste, éloignée de nombreuses réalités du Nord Pas-de-Calais d'aujourd'hui" estime Elise Ovart-Baratte qui pense que le film peut "desservir l'image de la région".
La braderie de Lille va cette année encore jouer la carte de la tradition, son périmètre ne change pas, une centaine de kilomètres de trottoirs seront occupés par les "bradeux" qui vont y vider leur grenier et les objets les plus divers et variés, collectés tout au long de l'année.
Vont se côtoyer sur les 10.000 emplacements recensés par la mairie, les enfants qui cherchent à se débarrasser de livres, jeux ou vêtements, les familles, et les professionnels de plus en plus -et trop- présents aux yeux des amoureux de la braderie qui regrettent les anciennes éditions, interdites aux professionnels.
Cinq cents tonnes de moules seront absorbées avec 40 tonnes de frites par plus de deux millions de personnes, surveillées par 2.000 policiers et pompiers.
Dimanche soir, lorsque les derniers bradeux quitteront le centre de Lille, le service de nettoyage commencera un ballet nocturne pour récolter 500 tonnes de déchets et nettoyer la ville.
Pierre Savary, édité par Pascal Liétout









