L'Eurogroupe au chevet des banques
par James Mackenzie, avec Emmanuel Jarry à Colombey-les-deux-Eglises
WASHINGTON (Reuters) - La France réunit ce dimanche à Paris une réunion extraordinaire des dirigeants de l'Eurogroupe dont la ministre française de l'Economie, Christine Lagarde, a promis qu'elle aboutirait à des mesures détaillées pour contrer la panique qui s'est emparée des marchés financiers.
Alors que le FMI a évoqué samedi soir un système financier mondial proche de l'éclatement, les membres des quinze pays partageant l'euro comme monnaie commune vont tenter rétablir la confiance sur les marchés et débloquer le crédit.
Le sommet de Paris, qui débutera à 17h00, fait suite à une série de rencontres à haut niveau à Washington, où les ministres des Finances et les banquiers centraux des sept pays les plus industrialisés de la planète (G7) ont adopté vendredi soir un plan en cinq points visant à rétablir la confiance des marchés.
Soulignant que "la situation actuelle réclame une action urgente et exceptionnelle", ce plan engage notamment les pays du G7 à "utiliser tous les outils disponibles" pour éviter les faillites de banques systémiques dont la chute aurait un effet domino, pour débloquer les marchés du crédit et permettre aux banques de lever des capitaux d'origine publique aussi bien que privée.
Samedi soir, les 185 Etats membres du FMI ont apporté leur soutien à ce plan.
"DE LA CHAIR ET DES MUSCLES"
A Colombey-les-deux-Eglises, en Haute-Marne, où ils se sont retrouvés samedi pour un déjeuner de travail, le président français Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande Angela Merkel ont annoncé avoir "préparé un certain nombre de décisions que nous soumettrons à nos partenaires" de l'Eurogroupe.
La chancelière fédérale a assuré que la solution ne pouvait en aucun cas être un fonds européen de soutien au système bancaire - une mesure à laquelle l'Allemagne est opposée et que Nicolas Sarkozy a de nouveau catégoriquement démenti avoir proposé.
"Il faut qu'il y ait une approche commune en Europe mais il faut aussi pouvoir s'adapter de façon flexible aux différentes situations nationales", a souligné Merkel.
Juste avant de quitter Washington, Christine Lagarde a promis que la réunion aboutirait à des décisions précises, qu'il y aurait "de la chair et des muscles". L'idée d'une garantie des prêts interbancaires sera débattue lors du sommet de l'Eurogroupe, a précisé la ministre française de l'Economie.
Selon une source proche du président français, les pays de l'Eurogroupe travailleraient à un dispositif "inspiré du plan britannique" de soutien au système bancaire.
Gordon Brown, dont le pays n'appartient pas à l'Eurogroupe, sera du reste reçu par Nicolas Sarkozy à 15h30. Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne (BCE), et José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, participeront à cette rencontre avant de prendre part également aux discussions de l'Eurogroupe.
Le Trésor britannique a annoncé mercredi la mise à la disposition des banques et établissements de crédit immobilier britanniques pour renforcer leurs fonds propres et restructurer leurs finances.
A en croire la presse allemande, Berlin préparerait un plan portant sur deux axes similaire: apporter une garantie aux prêts interbancaires et investir de l'argent public dans le capital de certaines banques.
Christine Lagarde a souligné toutefois que les garanties de ce genre (des prêts interbancaires ou des dépôts des particuliers) pouvaient présenter des inconvénients et qu'il fallait s'assurer qu'elles n'introduisent pas des distorsions de concurrence vis-à-vis d'autres pays.
Les Européens seront sous la pression du plongeon, la semaine passée, des Bourses de la planète et de la méfiance généralisée sur les marchés du crédit.
"Les inquiétudes qui s'intensifient sur la solvabilité d'un certain nombre des plus importantes institutions financières aux Etats-Unis et en Europe ont poussé le système financier mondial au bord d'un effondrement systémique", a prévenu samedi soir le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn.
Les marchés financiers ont besoin de temps afin de digérer la totalité des mesures prises à travers le monde pour riposter à la crise, soulignait vendredi soir Jean-Claude Trichet, évoquant un "processus normal de maturation".
Version française Henri-Pierre André









