Grèves des transports et manifestations sur les retraites
PARIS (Reuters) - Les transports publics et aériens français seront perturbés ce jeudi par une grève déclenchée pour protester contre le passage à 41 ans de cotisation pour une retraite à taux plein, et qui sera le premier test important de la loi sur le "service minimum".
Cette journée s'accompagnera de manifestations à Paris et en province à l'appel des cinq confédérations syndicales (CGT, FO, CFDT, CFDT, CFE-CGC) ainsi que l'Unsa, la FSU, Solidaires et l'Unef.
Le texte adopté juste après l'élection de Nicolas Sarkozy ne fixe pas le niveau de service mais encadre le droit de grève dans les transports, avec déclaration obligatoire des grévistes 48 heures à l'avance et information renforcée des usagers.
La RATP, la SNCF, 53 réseaux de transports urbains et les liaisons aériennes seront touchées par ce mouvement décidé par l'ensemble des confédérations syndicales. Les grèves commencent mercredi soir à 20h00 à la SNCF. Les syndicats appellent aussi à environ 80 manifestations jeudi dans tout le pays.
La SNCF annonce qu'elle fera circuler en moyenne un train sur deux. Les difficultés "vont se concentrer sur les TER et le Transilien", a déclaré une porte-parole de l'entreprise publique.
Le trafic international Thalys (Paris-Bruxelles) et Eurostar (Paris-Londres) devrait être normal, et "très peu de perturbations" sont annoncées sur les grandes lignes", deux TGV sur trois devant en principe circuler.
La RATP prévoit un trafic normal ou quasi-normal sur l'ensemble des réseaux de bus, métro et RER à l'exception de la ligne B du RER, où un train sur deux circulera. L'interconnexion SNCF-RATP à la gare du Nord sera suspendue.
Des préavis de grève 24 heures au moins ont été déposés dans 53 réseaux, dont Lyon, Marseille, Toulouse, Rouen, Nancy, Nantes ou Grenoble, selon l'Union des transports publics et ferroviaires.
S'agissant du trafic aérien, où les contrôleurs se joignent au mouvement des perturbations sont annoncées en début de journée par la Direction générale de l'aviation civile (DGAC). Air France précise que les vols intérieurs de et vers l'aéroport parisien d'Orly pourraient être touchés.
PAS MASSIVEMENT IMPOPULAIRE
Ce mouvement semble diversement apprécié par les Français.
Selon un sondage Ifop-Journal du Dimanche réalisée du 16 au 18 mai auprès de 1.000 personnes, 57% des sondés estiment que la grève est "plutôt pas" (23%) ou "pas du tout" (34%) justifiée.
Ils sont 43% à juger que ce mouvement est "tout à fait" ou "plutôt" justifié.
En revanche, selon une enquête Viavoice pour Libération diffusée mercredi, 60% des Français déclarent soutenir le mouvement de grève, contre 36%.
Le PS a annoncé mercredi qu'il soutenait le mouvement et s'est déclaré favorable au maintien des 40 ans de cotisation. Le porte-parole du gouvernement Luc Chatel a justifié la réforme.
"Nous gagnons trois mois d'espérance de vie par an, ce qui fait que, en moyenne, quand on part à la retraite, nous avons 22 ans à vivre à la retraite", a-t-il dit.
La réforme intervient après celle des régimes spéciaux ayant concerné 500.000 actifs et 1,1 million de retraités à EDF, GDF, la RATP, la SNCF notamment, et qui ont vu leur durée de cotisation portée de 37,5 années à 40 ans d'ici 2012.
Cette fois, les syndicats critiquent l'option du gouvernement de ne jouer que sur la durée de cotisation générale, sans mesures contraignantes pour l'emploi des seniors dans les entreprises et sans recours à la taxation des stocks-options, ces titres d'entreprises attribués à leurs dirigeants et cadres. Selon la Cour des comptes, cette mesure rapporterait trois milliards d'euros par an.
Les sociétés françaises font souvent partir leurs salariés peu après 50 ans et refusent les embauches de "seniors", si bien que selon les syndicats un allongement de la durée de cotisation n'aboutira qu'à affaiblir le niveau des pensions.
Les syndicats regrettent aussi qu'aucune modulation du régime de retraite suivant la pénibilité des métiers n'ait été envisagée dans la réforme.
Ce mouvement de grève sera le deuxième en une semaine après celui mené dans la fonction publique, et notamment l'Education nationale jeudi dernier, contre la suppression de 22.900 postes de fonctionnaires cette année.
Thierry Lévêque










