2 réactionsFace à la crise, l'Eurogroupe adopte un "cadre de référence"
par Emmanuel Jarry
PARIS (Reuters) - A défaut d'un véritable plan européen chiffré, l'Eurogroupe est parvenu à dessiner un "cadre de référence" pour l'intervention de ses 15 Etats membres face à la crise financière internationale.
Les chefs d'Etat et de gouvernement des pays de la zone euro, réunis au Palais de l'Elysée à Paris, se sont engagés d'une seule voix à aider leurs banques en difficultés via des apports en capitaux et des garanties sur leurs financements.
La crise est entrée dans une phase "qui rend intolérables atermoiements et cavaliers seuls", a expliqué le président français, Nicolas Sarkozy, président en exercice du conseil européen, lors d'une conférence de presse.
Le résultat de ce sommet est l'addition de plans nationaux qui seront annoncés dans les jours qui viennent.
"Nous avons adopté une boîte à outil qui est à la disposition des Etats membres pour y puiser dans le cadre d'une réglementation européenne", a expliqué le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker.
Les décisions prises par l'Eurogroupe ont vocation à s'appliquer dans chacun des Etats membres "avec la flexibilité que rend nécessaire la diversité de nos systèmes financiers et de nos règles nationales", a pour sa part dit Nicolas Sarkozy.
"Mais c'est bien une action commune que nous entreprenons. Nous préservons ainsi l'unité du marché unique et de la zone euro", a ajouté le président français.
RAPPROCHEMENT SARKOZY-TRICHET
Les décisions de l'Eurogroupe "vont nous permettre d'être sûrs que ce que fait l'un contribue aussi aux efforts des autres au lieu de poser des problèmes pour les voisins", a renchéri le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso.
La France, l'Allemagne et l'Italie devraient annoncer leur plan en même temps dès lundi. En France, Nicolas Sarkozy a convoqué pour ce faire un conseil des ministres exceptionnel.
Ce n'est que lors du conseil européen de mercredi et jeudi prochains, quand tous les pays concernés auront annoncé leur plan, qu'il sera possible d'avoir une idée du montant total de leurs interventions, ont déclaré Nicolas Sarkozy, José Manuel Barroso et Jean-Claude Juncker.
Nicolas Sarkozy a répondu par avance à d'éventuelles critiques sur la générosité des Etats à l'égard des banques.
Les garanties publiques à des opérations de refinancement de ces établissements sont temporaires et auront un coût pour les bénéficiaires, a-t-il ainsi précisé. "Il ne s'agit pas de faire un cadeau aux banques mais de leur permettre de fonctionner."
Le fait que l'Eurogroupe se soit réuni au niveau des chefs d'Etat et de gouvernement - une première dans l'histoire de la zone euro - est une victoire personnelle pour le président français, depuis longtemps partisan de tels sommets.
Il avait renoncé à en convoquer un pendant la présidence française de l'UE face à l'opposition résolue de l'Allemagne, inquiète que cela puisse remettre en cause l'indépendance de la Banque centrale européenne (BCE).
"La meilleure façon de foutre en l'air la présidence française, c'est de commencer un débat politique sans espoir. Cela ne servirait à rien", confiait-il en mai dernier.
BROWN A MIS UN PIED DANS L'EUROGROUPE
Crise financière internationale oblige, l'Allemagne a fini par accepter, face à la nécessité de restaurer la confiance sur des marchés pris de panique ces deux dernières semaines.
Nicolas Sarkozy a également réussi à associer au sommet de l'Eurogroupe le Premier ministre britannique, Gordon Brown, dont le pays ne fait pas parti de la zone euro, en le recevant en lever de rideau de cette rencontre.
Gordon Brown, dont le plan de sauvetage des banques britanniques a en partie inspiré les décisions de l'Eurogroupe, a participé à la première demi-heure de ses travaux.
"Last but not the least", la crise actuelle et le sommet de l'Eurogroupe ont permis un spectaculaire rapprochement entre Nicolas Sarkozy et le président de la BCE, dont les relations ont longtemps été pour le moins tendues.
"Jean-Claude Trichet nous a redit sa détermination absolue à tout mettre en oeuvre pour permettre le retour à la normale", a dit Nicolas Sarkozy. "Nous soutenons unanimement ses efforts."
Le président de la BCE s'est dit "impressionné par l'ampleur des décisions" prises par l'Eurogroupe et par "l'expression d'unité qui s'est manifestée sous la présidence de M. Sarkozy".
"Je suis aussi très impressionné par la coopération intime qui s'est établie entre les institutions européennes et la présidence (française de l'Union)", a-t-il ajouté.
"Nous n'attendons pas une solution miracle immédiate" à la crise, a cependant pris soin de dire José Manuel Barroso.
Edité par Yves Clarisse









