Excuses du pape aux victimes de prêtres australiens
par Michael Perry
SYDNEY (Reuters) - Le pape Benoît XVI a présenté samedi les excuses de l'Eglise catholique aux victimes sexuellement abusées par des prêtres australiens et déclaré que les auteurs de ces crimes devaient être traduits en justice.
"Je suis profondément désolé pour la peine et les souffrances que les victimes ont endurées", a-t-il dit lors de son homélie pendant une messe à la cathédrale St Mary de Sydney.
"Ces délits, qui constituent une grave trahison de la confiance, méritent une condamnation sans équivoque", a-t-il poursuivi. "Les responsables de ces maux doivent être traduits en justice."
Depuis son élection, en 2005, Benoît XVI n'avait jamais parlé de façon aussi explicite de la question des abus sexuels commis par des membres du clergé ni dit aussi clairement que ces derniers devaient comparaître en justice. Les autorités ecclésiastiques ont plutôt eu tendance à étouffer les affaires de ce type en réaffectant les prêtres pédophiles présumés dans d'autres paroisses sans les radier du clergé ni les remettre à la justice.
Ces excuses publiques étaient très attendues en Australie, où le pape participe à Sydney aux Journées mondiales de la jeunesse.
Selon l'organisation Broken Rites, qui représente des victimes australiennes d'abus sexuels, 107 condamnations ont été prononcées contre des membres de l'Eglise catholique mais le nombre véritable de cas d'abus sexuels par des membres du clergé serait bien plus élevé.
Benoît XVI avait déjà été confronté au scandale des abus sexuels commis par des prêtres lors de sa visite à Washington, en avril dernier. Le chef de l'Eglise catholique avait rencontré des victimes et promis de tenir les pédophiles à distance du clergé.
"IL NE S'AGIT QUE DE MOTS"
A Sydney, il a dit "la honte que nous avons tous ressentis face aux abus sexuels de mineurs par certains membres du clergé et de l'Eglise dans ce pays". "Je demande à chacun d'entre vous de soutenir et d'aider vos évêques, d'oeuvrer avec eux pour combattre ce fléau. Les victimes devraient recevoir compassion et soin", a-t-il ajouté.
Des victimes ont estimé que le pape ne devait pas se contenter d'excuses, jugeant nécessaire la mise en place d'un mécanisme transparent permettant d'enquêter sur les cas d'abus sexuels.
"Des excuses ne suffisent pas. Les victimes attendent des actes, pas seulement des mots", a réagi l'organisation Broken Rites dans un communiqué. "Ce qu'il faut, c'est la justice, la possibilité pour les victimes de saisir les tribunaux", a ajouté le président de l'organisation, Chris MacIsaac.
"Il ne s'agit que d'excuses, il ne s'agit que de mots, cela n'engage pas toutes les ressources de l'Eglise sur ce problème", a déploré Anthony Foster, dont deux filles ont été violées par un prêtre de Melbourne. "Je l'ai entendu dire qu'il était profondément désolé, mais je ne crois pas qu'il comprenne vraiment l'ampleur du problème. Il faut qu'il rencontre des victimes et des groupes de soutien aux victimes pour qu'il réalise ce qui doit être fait."
La venue du pape en Australie n'est d'ailleurs pas du goût de tous. Un millier de manifestants se sont rassemblés samedi à Sydney pour protester contre la doctrine de l'Eglise catholique, en scandant "Le pape a tort, mettez un préservatif!" et en lançant en l'air des préservatifs gonflés.
Au même moment, 200.000 jeunes pèlerins chrétiens défilaient dans le port de Sydney, en direction d'un champ de courses, pour participer à une veillée en présence du souverain pontife.
La police a tenu à distance manifestants et pèlerins, mais un pèlerin a été arrêté pour avoir frappé au visage un manifestant anti-pape.
Michael Perry, version française Henri-Pierre André et Eric Faye









