Des diplomates constatent l'immensité des dégâts en Birmanie

par Aung Hla Tun
RANGOUN (Reuters) - La junte birmane a organisé un déplacement dans le delta de l'Irrawaddy pour des diplomates étrangers, qui ont pu constater l'immensité des dégâts causés par le passage du cyclone Nargis dont le bilan dépasse désormais les 133.000 morts et disparus.
"C'était utile pour saisir l'ampleur de la dévastation. C'est immense", a déclaré le responsable de l'aide humanitaire de la Commission européenne à Rangoun, Bernard Delpuech, à l'issue du survol de la région en hélicoptère.
"Pour la reconstruction, il ne faut pas s'attendre à un délai de six mois ou un an. Ce sera plus long", a-t-il ajouté.
Des hélicoptères ont transporté 60 à 70 diplomates étrangers en trois groupes dans différents secteurs du delta. Les itinéraires avaient été déterminés à l'avance par la junte au pouvoir, qui assure être en mesure de gérer seule l'acheminement et la distribution de l'aide aux 2,5 millions de Birmans durement affectés par le cyclone.
"L'objectif (des militaires) était de montrer qu'ils contrôlent la situation. Là où nous sommes allés, rien n'a été caché mais, évidemment, ils avaient sélectionné les endroits que nous avons visités", a déclaré Delpuech.
"NAVIRE DE GUERRE"
L'armée, qui dirige la Birmanie depuis 1962, refuse d'ouvrir le pays à une opération humanitaire de grande ampleur. Les généraux semblent redouter l'arrivée massive de secouristes et de logisticiens étrangers sur son sol.
Delpuech a précisé qu'à chaque opportunité, samedi, les diplomates étrangers avaient tenté de convaincre les autorités birmanes d'ouvrir en grand leurs portes à l'aide internationale.
"Oui, ils veulent (de l'aide), mais ils ne veulent pas de gens qui créeront davantage de problèmes", a déclaré le diplomate européen.
Illustration de l'intransigeance de Rangoun, l'ambassadeur birman aux Nations unies a accusé vendredi la France d'avoir dépêché "un navire de guerre" au large de ses côtes.
Le Mistral, porte-hélicoptères de la marine française utilisé de manière ponctuelle dans le cadre de missions humanitaires, est arrivé au sud du delta de l'Irrawaddy samedi à 4h00 locales (vendredi 21h30 GMT) et se trouve à l'extérieur des eaux territoriales birmanes, a précisé le ministère français de la Défense. Il avait appareillé dans la nuit de jeudi à vendredi du port indien de Chennai (ex-Madras) avec 1.000 tonnes de fret humanitaire destinées aux victimes du cyclone.
"Les modalités de délivrance de cette aide ne sont pas encore définies. Elles font l'objet de négociations avec les autorités birmanes", ajoute le ministère dans un communiqué diffusé samedi matin.
LE BRAS DROIT DE BAN KI-MOON DIMANCHE À RANGOUN
Selon Paris, l'aide transportée par le Mistral permettrait de nourrir 100.000 personnes pendant quinze jours et de fournir un abri à 60.000 sinistrés.
Pour l'ambassadeur de France aux Nations unies, Jean-Maurice Ripert, la catastrophe humanitaire actuelle pourrait se transformer en "une situation risquant de déboucher sur ce qui pourrait s'apparenter à un véritable crime contre l'humanité".
John Holmes, secrétaire général adjoint de l'Onu chargé des questions humanitaires, est attendu dimanche à Rangoun pour tenter de nouer le contact avec la junte militaire. Michèle Montas, porte-parole des Nations unies, a indiqué que l'émissaire serait porteur d'une troisième lettre du secrétaire général, Ban Ki-moon, au généralissime Than Shwe.
Ce dernier a refusé de prendre à trois reprises au téléphone le secrétaire général de l'Onu, qui s'était publiquement déclaré lundi "immensément frustré" par la "lenteur inacceptable" de la distribution de l'aide aux victimes.
Sur le terrain, les moines bouddhistes jouent un rôle important dans la distribution de l'aide. De nombreux déplacés ont trouvé refuge dans des monastères ou des écoles et dépendent de l'aide fournie par des bénévoles ou des donateurs locaux.
La télévision birmane a relevé vendredi soir le bilan officiel du cyclone à 77.738 morts et 55.917 disparus. Des experts indépendants estiment qu'il est probablement beaucoup plus lourd. Des responsables britanniques évoquent l'hypothèse de 200.000 morts ou disparus.
Au cours des cinquante dernières années, seuls deux cyclones ont été plus meurtriers en Asie: en 1970, on avait dénombré un demi-million de morts au Bangladesh; en 1991, il y avait eu 143.000 morts, toujours au Bangladesh.
Avec Ed Cropley et Jerry Norton, version française Henri-Pierre André et Clément Dossin










