Cannes: troubles de l'âme à l'ombre du christianisme coréen
par Wilfrid Exbrayat
CANNES (Reuters) - "Secret Sunshine", deuxième film coréen en compétition à Cannes, réussit le tour de force d'être à la fois d'une grande complexité, par le mélange des thèmes et des genres, et d'une lecture limpide.
Là encore, un personnage féminin est remarquablement mis en valeur, celui de Shin-ae, splendidement interprétée par l'actrice Jeon Do-yeon, jeune mère qui quitte Séoul avec son fils pour venir donner des leçons de piano à Myriang, une ville provinciale banale, après la mort de son époux.
Elle n'y trouvera pas le repos, bien au contraire. Son fils est enlevé et retrouvé mort. Le coupable est arrêté et, dans un premier temps, Shin-ae ne trouve un répit à sa souffrance que grâce à l'Eglise chrétienne locale. Elle n'en aura pas terminé pour autant avec ses tourments.
"Une femme, à mon avis, pouvait se rapprocher davantage de la nature de la souffrance", a déclaré le cinéaste jeudi lors d'une conférence de presse, peu après la projection.
Lee Chang-dong n'était jamais venu à Cannes mais il est loin d'être un débutant. Celui qui fut ministre de la Culture et du Tourisme de Corée du Sud de 2002 à 2004 a déjà obtenu la reconnaissance internationale à Venise avec "Oasis" en 2002, prix de la mise en scène.
Sa présence en compétition, de surcroît en compagnie d'un de ses compatriotes, Kim Ki-duk, atteste de la montée en puissance d'autres nations asiatiques derrière, historiquement, le Japon puis la Chine.
Ce que lui-même tempère toutefois.
"Le nombre de films coréens en compétition au Festival de Cannes n'a finalement que peu de rapports avec une reconnaissance mondiale du cinéma coréen", a-t-il déclaré en conférence de presse jeudi. "Cela dit, cela permet d'attirer l'attention sur ce cinéma et de lui insuffler une nouvelle énergie".
RECHERCHE METAPHYSIQUE
Le personnage interprété par la populaire Jeon passe par une série de transformations mentales étonnantes, liées à la fois aux souffrances endurées et au choc produit par sa rencontre avec le christianisme, mais à aucun moment ces changements ne paraissent aberrants ou totalement fantaisistes.
Cela étant, la performance de l'actrice et sa capacité à restituer ces changements d'état n'en sont que plus remarquables.
Pareillement, si l'histoire de fond est tragique, Lee Chang-dong n'en oublie pas l'humour pour autant, comme s'il voulait englober toute la gamme des sentiments et expressions humains en deux heures et vingt-deux minutes.
L'originalité est constante, jusque dans le choix de la ville, dont la traduction anglaise du nom donne son titre au film.
"J'ai voulu montrer que même dans une ville ordinaire, tout à fait banale, il pouvait exister une certaine recherche métaphysique", a expliqué le réalisateur.
Ce contraste entre une agglomération sans caractéristiques particulières et le secret de son nom est déjà en soi l'un des éléments de mystère de cette histoire, tout comme la conversion de Shin-ae, qui se transforme, momentanément, en une croyante fervente.
"Il y a énormément de chrétiens en Corée. C'est une religion qui traite de thèmes comme le pardon, la réconciliation; elle propose des réponses à la souffrance humaine", a répondu Lee Chang-dong, à la question de savoir pourquoi il avait choisi une religion occidentale et non une croyance locale.
L'humour, lui, se manifeste de bien des manières et spécialement en la personne d'un homme, interprété par une star coréenne, Song Kang-ho, qui a visiblement le béguin pour la nouvelle venue et qui ira jusqu'à fréquenter les chrétiens assidûment dans l'espoir de la rallier à sa cause à lui.











