1 réactionAccélération du plan pour les pêcheurs, appel à retourner en mer

PARIS (Reuters) - Le gouvernement français a annoncé une accélération du plan en faveur de la pêche, avec le versement de 110 millions d'euros d'ici la fin de l'année, et le Comité des pêches a appelé à la reprise du travail.
"Les professionnels que nous sommes, les responsables régionaux, locaux doivent appeler tous les bateaux de pêche à repartir en mer", a déclaré le président du Comité national des pêches, Pierre-Georges Dachicourt.
Le Premier ministre, François Fillon, a également appelé les pêcheurs à reprendre le travail.
"Il faut bien qu'ils voient et je pense qu'ils le constatent, leurs dirigeants en tout cas le constatent, qu'on fait un effort considérable, on est le plus réactif possible par rapport à cette profession qu'on ne veut pas voir disparaître", a-t-il déclaré sur France 2.
Mais ces appels ont été diversement appréciés.
A Marseille, les pêcheurs ont levé dans la soirée leurs barrages devant les dépôts pétroliers le temps d'examiner les propositions du gouvernement tout en laissant planer la menace d'un nouveau blocage.
"Rien ne nous convient, on est en colère. On n'exclut pas de 'rebloquer' les sites, probablement dès cette nuit", a affirmé le président du syndicat des chalutiers de Martigues, Frédéric Matéo.
A La Rochelle, des pêcheurs se sont dits déterminés à poursuivre leur mouvement. "Les barrages devant les dépôts de pétrole et les blocage des ports sont maintenus. Nous nous réunissons tous demain matin, mais les propositions ne paraissent pas être de nature à améliorer la situation", a déclaré Jean-Luc Jauffrais, un patron-pêcheur impliqué dans le conflit.
A l'issue de négociations avec les représentants des armateurs et des pêcheurs, Michel Barnier a annoncé que 110 millions d'euros seraient engagés cette année pour venir en aide au secteur.
"Le plan pour une pêche durable d'un montant de 310 millions initialement pour trois ans sera mis en oeuvre en deux années. Dès cette année 110 millions sont engagés", a-t-il précisé.
Le ministre a souligné que l'ensemble du dispositif avait été approuvé mardi par la Commission européenne.
"Quatre mois de négociations, de dialogue, d'allers et retours à Bruxelles ont été nécessaires pour obtenir hier, sur l'ensemble des 15 mesures de ce plan, l'approbation de la Commission européenne", a-t-il dit aux journalistes.
40 MILLIONS POUR LES MARINS
"Notre choix, celui du président de la République et du Premier ministre pour répondre à l'angoisse et l'inquiétude qui s'exprime, est d'amplifier, d'intensifier, d'accélérer la mise en oeuvre du plan", a encore expliqué Michel Barnier.
Concernant les salariés, une aide sociale de 40 millions d'euros sera versée à partir du mois de juin aux marins-pêcheurs sur une période de six mois. Elle est destinée à compenser la hausse du gazole pour les marins. Le coût du carburant est en effet supporté à la fois par l'armateur du bateau et par l'équipage.
"C'est une aide sociale au revenu individuel des marins-pêcheurs, des gens qui n'ont plus de revenus pour beaucoup d'entre eux, donc c'est une aide qui rentre dans le cadre des aides autorisées par Bruxelles", a dit Michel Barnier.
Selon François Fillon, "c'est une aide d'urgence, c'est une aide sociale, nous la mettons en place de manière unilatérale, nous en avons informé Bruxelles".
Pour les entreprises de pêche, les aides d'urgence seront renforcées à hauteur de 22 millions d'euros tandis que 15 millions seront consacrés aux pêcheries connaissant des problèmes financiers.
INCIDENTS LORS DE LA MANIFESTATION À PARIS
Les discussions au ministère avaient débuté dans la matinée et, à la mi-journée, Michel Barnier s'était rendu à l'Elysée pour consulter Nicolas Sarkozy.
Les pêcheurs avaient maintenu la pression sur le gouvernement pendant toute la journée.
Le terminal Transmanche de Calais a été bloqué par plusieurs dizaines de chalutiers qui ont pris position dans la matinée à son entrée, et le trafic avec l'Angleterre était totalement paralysé, a-t-on appris à la capitainerie.
Les pêcheurs ont également bloqué les accès à de nouveaux dépôts pétroliers à Fos-sur-Mer et à Berre, et contrôlaient tous les accès des dépôts des Bouches-du-Rhône, comme celui de Shell à Berre, celui d'Ineos à Lavera et de Total à La Mède.
Des incidents entre policiers et pêcheurs ont éclaté dans la matinée avant la réunion près du ministère de l'Agriculture et de la Pêche, dans le VIIe arrondissement de Paris.
Selon la préfecture, quatre policiers ayant reçu des projectiles ont été blessés, dont trois sérieusement, par des tirs tendus de fusées de détresse.
Dans une lettre adressée mardi au président du Comité national des pêches, Nicolas Sarkozy avait affirmé sa "détermination à défendre ce secteur essentiel" et annoncé une "adaptation" des aides existantes, mais pas de mesures nouvelles.
Sur fond d'une crise de "surpêche" qui menace selon les scientifiques la reconstitution des stocks de poisson, les 24.000 marins-pêcheurs français se disent en danger de mort économique en raison de la hausse des prix du gazole, conjuguée à des prix de vente à la criée selon eux en baisse.
Thierry Lévêque et Jean-Baptiste Vey, avec les correspondants régionaux de Reuters










