Interview
Vincent Guenzi21/11/2008

Entretien avec Vincent Guenzi

Responsable de la stratégie d'investissement chez Cholet Dupont«La défaillance d'une grande société industrielle comme General Motors est susceptible de provoquer de grosses pertes liées aux CDS»
Boursier.com : Comment voyez-vous évoluer l'économie mondiale ?
V.G. : Il y a aujourd'hui unanimité sur un fort ralentissement de l'économie mondiale. Alors que la croissance du Pib s'élevait au cours des dernières années entre 4 et 5%, elle devrait revenir autour de +2% en 2009.
Boursier.com : Que pensez-vous de la situation du marché immobilier ?
V.G. : La situation de chaque marché est assez différente. Le rythme de la dégradation diminue aux Etats-Unis et on peut imaginer que la stabilisation interviendra courant 2009. Depuis les points hauts, la baisse des prix outre Atlantique dépasse les 20%...En France, on ne pourra pas éviter un reflux des prix immobiliers avec la baisse de revenus des ménages. On pourrait avoir une baisse des prix de l'ordre de 10% en 2009.
Boursier.com : L'élection d'Obama est elle de nature à relancer l'économie américaine ?
V.G. : Le programme du nouveau président est assez largement apprécié et une relance de type keynésien paraissait inévitable. Les démocrates iront plus loin dans ce sens que les républicains. Mais il convient aussi de rassurer le marché en pérennisant les mesures visant à stabiliser la sphère financière et à dégeler le marché du crédit. Parmi les mesures attendues, l'assouplissement des remboursements d'emprunts des ménages sur endettés, visant à limiter les saisies immobilières, devrait accélérer la stabilisation des prix. C'est important car la stabilisation des prix de l'immobilier est nécessaire pour stabiliser le marché des actifs toxiques.
Boursier.com : Craignez-vous de nouvelles défaillances bancaires ?
V.G. : A posteriori, la faillite de Lehman Brothers aurait du être évitée. On doit maintenant tout faire afin qu'aucune grande institution financière ne fasse défaut. Globalement, on a tout de même du mal à apprécier l'ampleur des risques pesant sur la finance mondiale. Ainsi, les swaps de défaut de paiement ou CDS pèsent 50.000 Milliards de Dollars soit 1 fois le PIB mondial...Il s'agit de produits d'assurance contre la faillite d'une entreprise. La défaillance d'une grande société industrielle comme General Motors est susceptible de provoquer de grosses pertes liées à ces produits.
Boursier.com : Cette situation est donc potentiellement très dangereuse...
V.G. : Les pouvoirs publics sont heureusement conscients de ce problème et une régulation de ce marché est envisagée de même que la création d'une chambre de compensation qui réduirait les risques de contreparties et de pertes en cascade. Mais pour l'instant, la situation est encore très incertaine.
Boursier.com : Pensez-vous que la baisse des indices soit en partie liée à l'action des 'hedge funds' ?
V.G. : Le monde des 'hedge funds' est très opaque. La baisse de l'effet de levier ainsi que les demandes de rachat ont obligé de nombreux fonds à déboucler une partie de leurs positions, ce qui a provoqué certains mouvements de baisse.
Boursier.com : Comment voyez-vous évoluer le Cac ?
V.G. : Nous sommes dans une zone d'incertitude qui peut durer une ou plusieurs années. A court terme, la fourchette de variation du Cac40 devrait s'établir entre 3.000 et 3.800 points. Le marché rebondira durablement lorsque les investisseurs seront convaincus que le ralentissement économique touche à sa fin...à l'heure actuelle, on en est loin.
Boursier.com : Quelles valeurs recommandez-vous ?
V.G. : Les valeurs cycliques ont beaucoup baissé. Les cours sont très bas et on peut acheter maintenant si on a un horizon d'investissement de long terme. Nous préférons tout de même nous concentrer sur les secteurs défensifs avec des valeurs comme Sanofi, Essilor ou Roche. Dans l'agroalimentaire, la baisse des prix de matières premières est une bonne nouvelle, on peut ainsi s'intéresser à Nestlé. Dans la distribution, on suivra Carrefour alors que dans les 'utilities', Suez Environnement et GDF Suez sont à des cours d'achat. On peut jouer également le thème de la relance des infrastructures avec Alstom, Vinci ou Lafarge.

Christophe Voisin
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