Interview
Valérie Cazaban12/09/2007

Entretien avec Valérie Cazaban

Présidente de Stratège Finance«L'annonce de la valorisation trimestrielle des positions des hedge funds pourrait créer de nouveaux remous boursiers»
Boursier.com : Comment voyez-vous les marchés évoluer après la purge estivale ?
Va.C. : Nous sommes prudents. Nous attendons d'avoir plus d'éléments de jugement sur les conséquences de la crise du marché du crédit venue des Etats-Unis.
Boursier.com : Que pensez-vous de la reconduction des taux de la BCE la semaine dernière ?
Va.C. : Jean-Claude Trichet a visiblement adapté son discours aux circonstances de marché, mais je note que le patron de la BCE n'a pas renoncé à son biais haussier sur les taux d'intérêt... On sent très bien que dans les rangs des autorités monétaires on souhaite aussi en savoir plus sur les retombées de la crise pour prendre les mesures qui s'imposent. Cela dit, concernant la reconduction des taux de la BCE, cela aurait été un comble que la banque relève ses taux après les injections massives de liquidité opérées ces dernières semaines sur le marché monétaire !
Boursier.com : La crise couvait depuis un moment au rythme de la baisse des prix de l'immobilier aux Etats-Unis et de la hausse des taux. Comment expliquez-vous l'aveuglement de certains investisseurs ?
Va.C. : Les utilisateurs des produits monétaires en question n'ont pas bien maîtrisé le risque dans le cadre de opérations de titrisations, ce qui a fait se répandre le problème de façon sournoise. Les agences, non plus, n'ont pas eu les moyens de prévenir ce risque faute de lisibilité. Les investisseurs n'étaient donc pas totalement informés de la transparence de certains produits monétaires... Il est vrai que la hausse des taux aurait dû rendre méfiants les investisseurs les plus aventureux.
Boursier.com : Comment voyez-vous évoluer les taux américains désormais ?
Va.C. : La Réserve fédérale américaine devrait baisser ses taux de l'ordre de 0,5 point d'ici la fin d'année, c'est ce que le marché anticipe.
Boursier.com : Quelle est votre stratégie d'investissement dans ce contexte ?
Va.C. : Nous sommes prudents, je le répète. Le secteur bancaire reste sous pression, le risque est difficile à mesurer, ce qui explique la grande volatilité des places financières actuellement. Aujourd'hui, les banques disposent de toute la "monnaie centrale" nécessaire, pourtant elles refusent de se prêter de l'argent, ce qui tend le marché du refinancement interbancaire, et plus grave, ferme progressivement le robinet du crédit aux emprunteurs habituels, particuliers et entreprises, brusquement devenus suspects, au risque de priver les marchés d'un de ses moteurs essentiels... Il y a un manque de confiance dans les salles de marché qui est palpable et qui alimente les rumeurs au gré des séances de cotations... Pour notre part, nous avions commencé à alléger les positions en mai-juin avant de prendre plus franchement nos profits en juillet. Nous ne sommes pas encore revenus sur le marché... Nous attendons en particulier de voir les publications de positions des "hedge funds" à la fin septembre qui vont devoir cette fois jouer cartes sur table.
Boursier.com : Vous attendez-vous à d'autres mauvaises nouvelles à cette occasion ?
Va.C. : On aura disons une meilleure idée à ce moment là sur l'ampleur des dégâts... L'annonce de la valorisation trimestrielle des positions des hedge funds pourrait effectivement créer de nouveaux remous boursiers, peut-être une troisième vague de baisse sur le marché, auquel cas nous pourrions en profiter pour nous replacer de façon sélective...
Boursier.com : Certains analystes estiment que quelques gros dossiers sont déjà revenus à des cours abordables actuellement sur la base des publications semestrielles...
Va.C. : Le problème réside dans le fait que l'on a sous les yeux des comptes qui sont le reflet d'une situation passée. La crise a changé la donne dans certains secteurs comme la Banque/finance par exemple. Pour le moment je préfère rester en retrait avant d'avoir plus d'éléments de jugement en ma possession...
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