Interview
Romain Burnand04/07/2008

Entretien avec Romain Burnand

Gérant du fonds Moneta Multi Cap«Nous sommes des investisseurs contrariants»
Boursier.com : Quels sont votre univers d'investissement et votre stratégie de gestion?
Romain BURNAND: Pure sélection de valeurs sur leurs mérites propres, à partir d'un univers d'entreprises de toutes tailles, d'où le nom de "Moneta Multi Caps". Nous investissons sur des titres que nous connaissons bien, mais qui de préférence sont moins bien suivis par l'ensemble de la communauté financière souvent focalisée sur les sociétés les plus visibles et celles qui communiquent le plus. Nous investissons essentiellement en France car nous n'avons pas épuisé l'important de gisement de sociétés dignes d'intérêt, mais aussi à l'étranger, principalement en Europe. Dans tous les cas, nous nous efforçons d'avoir un angle, une valeur ajoutée qui justifie la présence de la valeur dans le portefeuille.
Boursier.com : Comment est organisée l'équipe de gestion?
RB: L'équipe de gestion de Moneta Multi Caps est la même que celle du FCP Moneta Micro Entreprises. Nous sommes 4, Thomas Perrotin et Andrzej Kawalec présents depuis plus de 3 ans à mes cotés, et Alexandre Sanchini, récemment arrivé. Nous bénéficions aussi des apports de nos trois collègues de la gestion alternative dirigés par Patrice Courty. Nous sommes analystes avant tout, qui suivons de près 150 valeurs dont nous approfondissons la connaissance dans la durée. Nous sommes avant tout des analystes car notre méthode consiste à établir nos propres modèles de prévision de résultats et de valorisation. Nous cherchons ainsi a avoir un avantage, avantage lié à notre travail, par rapport à la plupart des intervenants du marché, qui eux sont souvent dépendants d'analyses réalisées par des banques ou sociétés de bourse. Il arrive que ces analyses soient excellentes... mais elles ont le défaut d'être disponibles au même moment pour tout le monde. Pas facile dans ce cas pour constituer une grosse position à bon prix quand l'idée le mérite. Même si les analyses disponibles par ailleurs nous sont utiles pour compléter notre propre travail et voir si notre point de vue est consensuel ou atypique, notre travail nous permet de nous faire une opinion avant les autres sur des valeurs peu ou mal suivies.
Boursier.com : Comment trouvez-vous la valorisation actuelle des marchés actions ? Comment voyez-vous le second semestre?
RB: Les actions ne sont fondamentalement pas chères, mais ce n'est pas suffisant sauf dans une perspective de très long terme. L'environnement est incertain et vraisemblablement en voie de dégradation. Et nous savons que les marchés sont souvent excessifs, à la hausse comme à la baisse. Nous avons donc une attitude défensive, nous concentrant sur des valeurs que nous pensons avoir une visibilité relativement bonne.
Boursier.com : Quelles sont vos plus fortes convictions en terme de secteurs et de valeurs?
RB: En terme de secteur, il est probablement trop tôt pour se positionner sur les financières et les cycliques, même si les cours ont beaucoup baissé par rapport aux plus hauts récents. Reste à trouver des valeurs qui soient réellement défensives et à un prix abordable, sinon toute déception ou crainte seraient vivement sanctionnées. On en a eu l'illustration récemment avec le parcours de Danone... Des valeurs comme Téléperformance et Alten sont à un prix intermédiaire entre défensives et cycliques, n'ont pas de dettes, sont en croissance et ont des opportunités de croissance externe. C'est un investissement raisonnable. Eurotunnel est en train d'être redécouvert par le marché et le prix reste intéressant.
Boursier.com : royez-vous à un rebond du dollar et à une baisse des matières premières?
RB: Oui, cela arrivera forcément un jour. Nous évitons les sociétés trop sensibles à des facteurs externes comme ceux que vous citez.
Boursier.com : Votre fonds surperforme les indices d'actions françaises lorsque ces derniers sont haussiers et baissiers. Comment parvenez-vous à ce résultat?
RB: Nous mettons tout en oeuvre pour continuer à nous démarquer de manière positive même si nous ne sommes évidemment pas à l'abri de mauvaises performances dans les années qui viennent. Nous faisons l'essentiel de notre performance sur des valeurs délaissées, mal comprises, sous-cotées que nous avons su déceler grâce à nos propres analyses. Et nous nous concentrons sur nos convictions pour prendre nos risques d'investisseurs et profiter à plein des résultats de notre travail les fois où nous avons raison. Nous n'avons en effet pas plus que 4 ou 5 très bonnes idées par an, alors autant les utiliser à plein. Nous sommes des investisseurs contrariants et nos opposés sont les investisseurs " momentum " (ceux qui suivent une tendance). Notre style d'investissement est généralement bien adapté à des marchés incertains ou inquiets, moins bien à des marchés de tendance.

Thierry Crovetto
©2008-2009 www.boursier.com

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